
Mme Delorme, interprétée par Nathalie Bouchard dans le cadre de la fête de la Saint-Éloi au lieu historique national des Forges-du-Saint-Maurice en juin 2009. (Source : collection personnelle de Nathalie Bouchard)
Incarner les oubliées : les femmes aux forges du Saint-Maurice
Derrière les événements ayant marqué l’histoire se cachent des personnages oubliés. Par le biais de l’animation historique, il est possible de les mettre en lumière et de les faire revivre.
Lorsque j’ai commencé à travailler au lieu historique national des Forges-du-Saint-Maurice, c’est ce que j’ai découvert. Passionnée d’histoire, mais pas historienne, j’ai eu plaisir à fouiller dans les archives de la première industrie sidérurgique du pays. On y parlait beaucoup des maîtres de forges, fondeurs, forgerons et marteleurs, mais bien peu des femmes. Et pourtant, l’importance de celles-ci dans la vie de cette communauté était primordiale.
Par le biais des monographies d’employés[1], un rapport rédigé par Luce Vermette, je me suis prise d’affection pour l’une d’entre elles, soit Marie-Louise Frigon (1725-1797). Personne ne se souvient de cette femme alors que l’histoire a retenu le nom de son mari, le maître-fondeur Jean-Baptiste Delorme. C’est lui qui a procédé au premier allumage du haut fourneau le 22 août 1738.
Native de Batiscan, Marie-Louise Frigon, fille de Jean-François Frigon et de Gertrude Perrot, a épousé le fondeur Delorme le 19 avril 1751. Elle était la deuxième épouse de l’ouvrier, devenu veuf un an auparavant. Ensemble, ils ont eu 10 enfants, dont 3 sont décédés en bas âge. Leur famille comptait également Charlotte, l’enfant issu du premier mariage de Delorme.
Les documents d’archives des Forges parlent beaucoup du fondeur Delorme et très peu de son épouse. Pour une interprète de l’histoire comme moi, cela permet une certaine liberté pour donner vie à cette oubliée.
Pendant près de 14 ans, j’ai eu le bonheur de faire revivre Mme Delorme sur les lieux même où elle a vécu et même, de l’incarner à la télévision pendant 4 saisons de Passionnés d’histoire. Elle est même devenue plus célèbre que moi! Les visiteurs et téléspectateurs ont vite adopté Mme Delorme, cette femme sociable qui parle de son mari « pris de la poitrine » et de ses enfants, dont ses 3 filles qui avaient aussi épousé des ouvriers des Forges.
En plus, un an avant le mariage de Jean-Baptiste Delorme et Marie-Louise Frigon, la sœur de celle-ci, Gertrude Frigon, avait, elle aussi, épousé un ouvrier du même village, le marteleur Pierre Marchand. Encore ici, plusieurs archives parlent de ce travailleur, mais très peu de Gertrude, une autre oubliée de l’histoire des Forges.
[1] Vermette, Luce. « Jean-Baptiste Delorme », dans Monographies d’employés aux Forges du Saint-Maurice, Parcs Canada, rapport inédit, 1978, p. 49-58. Le rapport peut être consulté sur Trois-Rivières Numérique : https://troisrivieresnumerique.ca/documents/monographies-d-employes-aux-forges-du-saint-maurice-1979/