Dans la région de Montréal, plus précisément à Saint-Vincent-de-Paul appelé "Les Écorres", le maître-architecte et maître-sculpteur Louis Quévillon provoqua vers 1800 une véritable renaissance de la sculpture et de l'architecture en fondant une maîtrise d'art et une association professionnelle. Quévillon pratiquait surtout le style rococo, en vogue sous Louis XV et au début du règne de Louis XVI, auquel on donne le nom de "Quévillonnage". Dans la région de Québec, les deux Baillairgé, Thomas et François, fidèles au style classique, firent aussi école. Les élèves de Quévillon et des Baillairgé inspirèrent la construction de nombreuses églises et de plusieurs édifices publics. François Baillairgé fut lui-même l'auteur des plans de construction de la prison de Trois-Rivières (1816-1822) et probablement aussi du palais de justice (1818-1822).
Jusque vers 1840, les marchés de construction parlaient surtout de maisons construites de bois équarri, de pieux, de bois de charpente, etc. En 1815, par exemple, l'arpenteur du Bas-Canada, Joseph Bouchette, signalait que
"la plupart des maisons particulières sont bâties en bois; les plus anciennes n'ont
qu'un étage, avec de petits jardins adjacents; mais les plus modernes sont d'un bien
meilleur style, plusieurs sont plus hautes que les anciennes et ont une assez belle
apparence".
Dans les années 1840, cependant, plusieurs architectes se lancèrent dans l'architecture "archéologique" qui consistait à imiter les styles gothique, roman, byzantin, renaissant, etc. Avec le bois, la tôle, le plâtre, on imitait la pierre, le marbre, les bois précieux. On créait une impression de grandeur et on voulait faire riche avec des moyens pauvres.
En 1850, le bois demeurait le matériau privilégié: 84% des 605 maisons de la ville étaient en bois. Mais dans le centre-ville de Trois-Rivières, ravagé par de fréquents incendies, particulièrement ceux de 1856 et 1863, la brique s'imposait de plus en plus comme matériau de construction chez les classes plus aisées. Près de 68% des maisons trifluviennes étaient encore en bois en 1895 et 66% en 1921. Ce n'est qu'en 1931 que le nombre de maisons en brique (47%) surpassa le nombre de maisons en bois (45%) à Trois-Rivières.
De 1851 à 1901, plus de 1000 maisons étaient érigées à Trois-Rivières. Plusieurs d'entre elles avaient été bâties par de nouveaux citoyens d'origine rurale, selon un modèle qui leur était familier: un carré modeste, érigé sur un solage de pierre, une charpente de pièces sur pièces jointe en queue d'arondes; la façade était parfois chaulée, mais la plupart du temps le bois était laissé nu. Ce modèle de maison, qui attirait la faveur des Québécois et des Trifluviens, était de deux types qui ne se distinguaient guère que par la forme du toit: la maison à toit droit et la maison à toit mansardé.
(suite de la fiche précédente)
La maison à toit droit
La maison à toit droit était d'abord sans lucarne et recouverte d'un lambris de bois posé à la verticale ou à l'horizontal; il s'agissait ici d'une maison considérée comme ayant un seul étage (85% des habitations dans le Recensement du Canada de 1861). Au cours des années suivantes, on perçait des fenêtres dans les pignons et on ajoutait des lucarnes, transformations qui amenaient l'occupation des combles. En 1891, la majorité des maisons de la ville étaient ainsi d'un étage et demi.
La maison à toit mansardé
Le second type, la maison à toit mansardé, offrait le grand avantage de faciliter l'occupation de l'étage. Très populaire, ce type connut une grande vogue et concurrença largement la maison à toit droit.
Au cours de la même période (1851-1901), les gens d'affaires firent construire de somptueuses résidences dans les quartiers Saint-Louis (actuel centre-ville) et Sainte-Ursule (actuel quartier Sainte-Cécile), principalement sur les rues Notre-Dame (chemin du Roy), des Forges, Alexandre (Radisson), Bonaventure, Hart et Royale. Les styles varient beaucoup, mais en cette fin de siècle, le style Second Empire demeurait très populaire. Ce style était d'ailleurs très prisé dans la construction d'édifices publics et institutionnels: l'hôtel de ville de Trois-Rivières, le palais épiscopal et le marché aux denrées étaient tous bâtis dans le style Second Empire.
L'architecture en Nouvelle-France fut d'abord et surtout utilitaire. Aussi, les plus grands architectes de cette époque, Jacques LeVasseur de Néré, le chevalier Josué Dubois-Berthelot de Beaucours (gouverneur de Trois-Rivières de 1730 à 1733), Louis Franquet et Chaussegros de Léry furent-il d'abord ingénieurs militaires et travaillèrent surtout aux fortifications du roi en Nouvelle-France. C'est Chaussegros de Léry qui dressa notamment les plans de la maison des gouverneurs de Trois-Rivières, sur le Platon (3 novembre 1720), d'un château fortifié au fort Niagara (1726), du nouveau palais de l'intendant (1726) et de la redoute royale (1727) à Québec, du fort Saint-Frédéric à la Pointe-à-la-Chevelure (1737), de la nouvelle cathédrale de Québec (1745) et des forges du roi à Québec (1749).
Les ressources du pays déterminaient les matériaux à utiliser et le climat fixait les exigences des constructions. Le talent des architectes se manifestait principalement dans les édifices publics, qui étaient souvent en pierre naturelle ou en pierre taillée. Ces édifices étaient ceux du gouvernement (maisons du roi, magasins et casernes militaires, prisons, redoutes et autres ouvrages de défense), mais aussi les édifices cultuels ou religieux: églises et chapelles, presbytères et couvents.
À Trois-Rivières cependant, les édifices de pierre étaient rares car ce matériau est inexistant dans les sols sablonneux de la région immédiate; la pierre des champs provenait surtout de la région de Deschambault et on utilisait parfois la pierre de ballast, c'est-à-dire la pierre chargée sur les navires pour servir de lest et équilibrer le bateau. En 1786, par exemple, Thomas Coffin reconstruit en pierre des champs et en pierre de ballast le moulin à farine de Tonnancour à la Pointe-du-Lac. Parmi les autres édifices en pierre à Trois-Rivières, on trouvait la maison des gouverneurs sur le Platon (1693, puis 1723), le monastère des Ursulines (1700) et leur chapelle, le couvent des Récollets (1742) et leur chapelle (1754), l'église paroissiale (1710), le manoir Boucher de Niverville (1668, puis 1729), le manoir De Tonnancour (1723, puis 1795) et la maison Georges de Gannes (1756).
Presque toutes les autres constructions étaient en bois: pièce sur pièce, colombage, pieux couverts de planches, pieux en coulisse. La Relation des Jésuites de 1663, par exemple, rapporte que toutes les maisons de Trois-Rivières étaient de bois. Puis, en 1710, un correspondant anonyme écrivait que "la plupart des maisons ne sont que de colombage et de pièces de bois mises les une sur les autres". Une quarantaine d'années plus tard (1749), le savant suédois Pehr Kalm, en visite à Trois-Rivières, rapporta dans son récit de Voyage en Amérique du Nord que, sauf trois ou quatre résidences en pierre, "la majeure partie des autres habitations sont en bois, hautes d'un étage et construites sans luxe particulier". Puis, au moment de la Conquête, en 1760, le capitaine anglais John Knox écrivait: "Leurs maisons sont en bois, à l'exception de l'église et des couvents (des Ursulines et des Récollets) qui sont en pierre et magnifiques...". Enfin, le gouverneur James Murray souligna lui-même dans un relevé cartographique (Carte de Murray) en 1760 que "the greatest part of the other houses are of wood and not very regularly built...".
L'architecture domiciliaire variait selon les régions. Les maisons du gouvernement de Montréal semblaient venues directement de Bretagne, tandis que celles du gouvernement de Québec étaient plutôt d'inspiration normande. Entre ces deux types caractérisés, les maisons du gouvernement de Trois-Rivières laissaient place à beaucoup de variété.
Au début du XXe siècle, l'architecture de la ville était profondément marquée par une mixité des fonctions institutionnelles, commerciales et résidentielles. De plus, comme l'automobile n'était pas encore populaire, le cheval se rencontrait partout, servant plus particulièrement au transport des marchandises ou au déplacement des gens. Aussi, la façade d'un édifice comportait-elle fréquemment une porte cochère qui permettait aux voitures d'accéder à une cour avec des dépendances: l'écurie, le hangar à foin et la remise pour le bois ou le charbon. Il n'était pas rare que le cheval dût partager l'espace avec une vache ou des animaux de la basse-cour, à l'occasion un cochon.
Dans l'ensemble, les édifices du quartier des affaires étaient de pierre ou de brique, avec de solides fondations, coiffées d'un toit à pignon en bardeaux de bois. Ainsi, contrairement à la croyance populaire, seulement 16% des immeubles incendiés le 22 juin 1908 étaient en bois. Le feu se propagea principalement par les toits, ainsi que par les dépendances qui, elles, étaient en bois.
En 1912, soit à peine quatre ans après la grande conflagration, le centre-ville de Trois-Rivières était à nouveau animé. Ainsi rebâti dans un court laps de temps et par un nombre très restreint d'architectes et d'entrepreneurs, le quartier présentait une grande homogénéité architecturale:
" Des rangées continues de bâtiments de trois ou quatre étages, construits en
brique, coiffés d'un toit plat, décorés de linteaux de fenêtres, de corniches et
d'encoignures témoignent de la popularité de l'éclectisme victorien à cette époque"
(Commission des biens culturels du Québec, Étude de caractérisation de l'arrondissement
historique de Trois-Rivières, 2005).
" Le Québec d'aujourd'hui est en pleine mutation architecturale. C'est un des pays d'Occident où se produisent actuellement le plus de mouvements, et les plus variés " écrivait l'architecte et urbaniste Jacques Folch-Ribas.
À bien des égards, l'histoire de l'architecture se présente de façon particulière à Trois-Rivières. Quelques bâtiments de l'Arrondissement historique témoignent encore de l'influence de l'architecture française. Au centre-ville, plusieurs édifices ont été bâtis à la fin du XIXe siècle, mais nombreux sont ceux qui ont été élevés après le grand incendie du 22 juin 1908. Dans les premiers quartiers, on retrouve une forte concentration d'habitations ouvrières.
L'architecture québécoise et trifluvienne est une architecture vivante, constamment en évolution. Elle est surtout éclectique, c'est-à-dire qu'elle mêle volontiers les courants et les influences.
" Des Italiens, nous prenons le goût du style épuré /…/. Des Américains
du Nord, nous avons assimilé la haute technologie et le confort constructif.
Des Asiatiques, nous aimons parfois le baroquisme et le naturalisme, qui
rejoignent ici le foisonnement amérindien. Des Anglais et des Français, nous
conservons pieusement les classicismes historiques (au point, hélas, de faire
des arcs gothiques en aluminium!) et le goût de la dignité architecturale. Ainsi,
le paysage construit au Québec, par ses multiples influences, est le reflet,
souvent, du pluralisme de sa culture. Ainsi avons-nous l'architecture que
nous sommes " (Jacques Folch-Ribas).
Cet éclectisme a donné lieu à une extrême variété de styles architecturaux.