Asile de Trois-Rivières ou Loges des Ursulines

De 1808 à 1845, les Ursulines de Trois-Rivières accueillirent aussi des "personnes dérangées dans leur esprit". Le bâtiment, qui servait d'asile aux aliénés de la région de Trois-Rivières, était situé dans les jardins, à l'arrière du monastère. Il était divisé en six cellules ou loges, chacune mesurant environ 2,5 mètres sur 1,8 mètre. Il logea 38 pensionnaires durant ses 37 années d'activité et ferma ses portes le 4 octobre 1845, suit à l'ouverture de l'asile de Beauport. Le bâtiment fut démoli en 1908.

Les patients qui décédaient à l'Hôtel-Dieu de Trois-Rivières ou dans les loges des insensés (asile) étaient pour la plupart inhumés dans le cimetière des pauvres, en face de l'hôpital.

Afin de venir en aide aux personnes atteintes de maladies mentales, le Parlement du Bas-Canada adopta, en 1801, l'Acte pour le soulagement des personnes dérangées dans leur esprit. En 1807, après la reconstruction de leur couvent et de leur hôpital (Hôtel-Dieu), entièrement détruits par un incendie l'année précédente, les Ursulines acceptèrent de prendre en charge les aliénés du district de Trois-Rivières, confinés dans des loges, selon l'usage.
Les conditions différentes de ces malades exigeaient qu'ils soient logés séparément. En conséquence, on construisit une maison située dans les jardins, à l'arrière du monastère des Ursulines. Le bâtiment était divisé en six cellules - ou loges - chacune mesurant huit pieds de longueur, six pieds de largeur et huit pieds de hauteur et possédant une fenêtre d'un pied carré donnant sur l'extérieur. Les portes étaient doubles, verrouillées et cadenassées. Au-dessus de chacune, une ouverture de 2 pieds 1 pouce de hauteur sur 1 pied 9 pouces de largeur, grillagée en fer, permettait l'aération des loges. Un poêle à bois chauffait le bâtiment alors qu'une fenêtre au-dessus de la porte d'entrée procurait un peu d'aération.

Enfermés dans les loges nuit et jour, les aliénés sortaient de leur isolement quelques jours par mois, lorsque leur état le permettait, pour s'aérer et faire quelques exercices. Trop agités ou jugés dangereux ou tout simplement en état de crise aiguë, on les enchaînait, contrainte rarement utilisée cependant. Il n'existait pas de gardien particulier. Une religieuse ou parfois un engagé, entretenait les loges, faisait le feu, portait la nourriture (pain, viande, patates, laitages), et changeait leurs hardes, généralement une fois par semaine.
Les commissaires du district qui recevaient un octroi du gouvernement, versaient aux Ursulines une pension quotidienne d'un sol et trois deniers (22 cents environ) par interné et fournissaient le bois de chauffage et la paille pour les grabats. Cela suffisait à peine à payer la nourriture et les frais d'entretien de la maison: ramonage, remplacement de vitres, toile, étoffes, couvertures, pots, tasses de fer blanc. Les Ursulines défrayaient les autres dépenses: soins et remèdes, vêtements aux femmes, blanchissage et raccommodage.
Au cours des 37 années de son existence, l'asile de Trois-Rivières accueillit 38 pensionnaires (20 hommes et 18 femmes); 15 y décédèrent (6 hommes et 9 femmes) et 15 autres en sortirent guéris. La majorité des internés n'y passèrent que quelques mois ou quelques années. Toutefois, certains y demeurèrent beaucoup plus longtemps: 10, 12, 14, 18 ans même. La première pensionnaire, Magdeleine Michelin y resta aussi le plus longtemps: son internement débuta le 8 août 1808 et elle y mourut le 14 juillet 1842.
La présence simultanée d'au moins 8 pensionnaires à certaines périodes: 1833-1837, 1840-1841, et même 9 en mai 1845, imposa parfois la cohabitation. D'ailleurs le nombre insuffisant de loges et le mauvais état du bâtiment avaient amené d'aucuns, en mai 1828, à suggérer le transfert des pensionnaires dans la prison. Le projet n'eut pas de suite. Néanmoins, cela faisait ressortir l'urgence d'un autre établissement. L'Asile de Beauport fondé, les huit pensionnaires des loges quittèrent Trois-Rivières le 4 octobre 1845 pour le nouvel établissement.

Recommandation de Catherine Plamondon *

Nous soussignés, demeurant en la paroisse de St-François, district de Trois-Rivières, certifions
à tous ceux qu'il appartiendra qu'il est à notre parfaite connaissance que Catherine Plamondon, fille mineure
agée d'environ dix-huit ans, issue du mariage de feu Jean Plamondon, écuyer, et de défunte Catherine Guillet,
en leur vivant dudit St-François, est actuellement chez son tuteur Augustin Guillet, audit St-François, dans
un état de folie qui la rend le plus souvent et pour plusieurs mois de suite (et elle est actuellement) tellement
furieuse que ceux qui la gardent sont dans la nécessité de l'enchaîner afin de se garantir de ses transports de
fureur pendant lesquels leur vie serait vraiment en danger si elle était libre. En foi de quoi nous avons signé le
présent pour servir ce que de raison à St-François, le premier jour du mois de mai de l'année mil huit cent onze.

(signatures:) P. Bazin, Brouillet (ptre),
Dumoulin, notaire.

Je, soussigné, certifie que je fournirai à MM. les commissaires établis pour les personnes dérangées d'esprit,
en ma qualité de tuteur, l'entretien nécessaire de Catherine Plamondon ma pupille en état de folie.

Trois-Rivières, 3 mai 1811
Augustin Guillet
C. Vézinas, témoin

(Archives des Ursulines de Trois-Rivières, IV, B.1-2-6)
* Catherine Plamondon entra le 6 mai 1811 et sortit le 10 février 1825.

Date1808
CollectionEncyclopédie Trifluviana
Source Thérèse GERMAIN, Autrefois, les Ursulines de Trois-Rivières, une école, un hôpital, un cloître, Sillery, Éditions Anne Sigier, 1997, 347 pages. Daniel ROBERT, "Hôpitaux, santé et assistance publiques à Trois-Rivières, XVIIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 3, avril 1993, p. 1, 11 et 13.

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