Voir aussi Système seigneurial canadien, Ville de Trois-Rivières-Ouest
Selon la Coutume de Paris, toute ville devait avoir sa banlieue, c'est-à-dire un espace d'une lieue à la ronde sur lequel s'étendait le ban (l'autorité ou le pouvoir de commander) de la ville - « battre un ban » signifiait « publier une ordonnance » - , libre de toute structure seigneuriale qui ne manquerait pas d'entraver l'administration civile, judiciaire et militaire.
En 1633, les Cent-Associés songeaient déjà à appliquer ce principe aux futures agglomérations urbaines: les villes et leurs banlieues, couvertes de terres en roture, formeraient des zones dont l'administration relèverait directement des autorités supérieures du pays. Mais la règle ne fut pas appliquée à Montréal, qui était un fief insulaire, et ne le fut que partiellement à Québec et à Trois-Rivières. Effectivement, dans le bourg trifluvien et ses abords (l'actuel arrondissement historique et une petite partie du centre-ville), tous les habitants possédèrent uniformément la terre en censive; toutes les propriétés étaient égales entre elles, sans aucun lien de dépendance les unes par rapport aux autres, et relevaient toutes d'un même seigneur: les Cent-Associés. Mais la banlieue, par contre, était dans le domaine seigneurial; ce qui produisit une situation bien particulière à Trois-Rivières: les habitants devaient traverser des fiefs nobles pour atteindre des terres en roture. Plusieurs seigneuries, formant les territoires des futures villes de Trois-Rivières et Trois-Rivières-Ouest, y furent érigées: Godefroy, Hertel, Niverville, Coteau Saint-Louis, du Sablé, de Lafond, de Vieuxpont, Cinquième Rivière, Labadie, Saint-Paul, Sainte-Marguerite, sans parler des îles du delta de la rivière Saint-Maurice. L'une de ces seigneuries, le fief Hertel, qui devint en grande partie la propriété des Ursulines de Trois-Rivières, marqua longtemps le paysage urbain de Trois-Rivières.
Ainsi, tout ce qui était hors de la censive urbaine, c'est-à-dire hors des lots à bâtir dans le bourg de Trois-Rivières et ses abords, était la « banlieue », la campagne immédiate autour de la ville. Au fur et à mesure que s'étendit l'urbanisation, la limite entre la ville de Trois-Rivières et la banlieue fut repoussée vers le nord et vers l'ouest.
Le 3 décembre 1633, sept mois avant même la fondation de Trois-Rivières, l'explorateur et interprète Jacques Hertel s'y vit accorder un fief de 200 arpents. Mais le lieutenant du cardinal de Richelieu, Samuel de Champlain, réduisit ce fief à 50 arpents parce que "lesdittes terres estoient trop proches" de la future ville. Le même jour, Jean Godefroy de Linctot reçut aussi 200 arpents: son fief était constitué de diverses parcelles.
De 1638 à juin 1663, on concéda 4 647,09 arpents dans la banlieue de Trois-Rivières. En 1663, cette superficie formait 56 fiefs et terres en censive: 48 avaient la forme d'un rectangle allongé, 2 étaient en carré et 6 avaient d'autres formes. Le cens payable annuellement aux Cent-Associés était généralement de 6 deniers par arpent de superficie: en 1662, les seigneurs dominantissimes en retirèrent un revenu de 77 livres 6 sols 5 deniers. Il n'y avait pas de rentes foncières sur les terres concédées directement par eux.
En 1663, la plupart des seigneuries situées dans les abords du bourg (Godefroy, Hertel, Niverville, fief des Jésuites) n'avaient pas encore de censitaires. Les Trifluviens, qui habitaient sur la route des Agniers, étaient les premiers frappés lors des invasions; ils étaient donc continuellement retenus à l'intérieur du bourg.
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