Éducation sous le Régime anglais

Au moment de la Conquête anglaise, en 1760, le Canada comptait une population d'environ 65 000 âmes, distribuée sur un territoire immense et desservie par 20 à 30 petites écoles. L'éducation laissait fort à désirer, la plupart des gens ne sachant ni lire ni écrire. Ce constat fut confirmé le 5 juin 1762 par le gouverneur de Québec, James Murray, lorsqu'il écrivit: "Les Canadiens sont très ignorants et très attachés à leur religion [...]; le gouvernement d'autrefois n'a jamais permis l'établissement d'une presse dans la colonie, et très peu savent lire et écrire".

Vers 1790, la ville de Trois-Rivières était dotée d'une école de filles permanente (chez les Ursulines), d'une ou deux écoles de garçons (dont l'une était tenue par un nommé Lépine, en 1804) et d'une ou deux écoles protestantes (dont l'une était dirigée par William Nelson, père de Wolfred et Robert Nelson qui prirent part aux insurrections de 1837-1838), pour une population totale de 1 213 âmes. Le nombre d'écoles de garçons, déjà insuffisant, devint un problème alarmant vers 1815, alors que la population trifluvienne (2 500) avait plus que doublé.

Le gouvernement colonial était fort préoccupé par la question scolaire. Déjà, en 1787, le gouverneur-général Guy Carleton (lord Dorchester) avait créé un Conseil spécial d'éducation. C'était la première tentative des autorités civiles d'établir un système d'écoles. Puis, en 1801, le Parlement adopta la première loi scolaire au Canada. Cette loi, qui créait l'Institution royale pour l'avancement des sciences, favorisa l'implantation de nombreuses écoles élémentaires (84 en 1829) dans tout le Bas-Canada, dont une à Trois-Rivières: tenue par Selby Burn, en 1830, cette école royale comptait 34 élèves, en majorité des anglophones. La plupart des élèves payaient une rétribution mensuelle de 1 sol 3 deniers à 2 sols 6 deniers, selon les moyens des parents, mais quelques-uns étaient admis gratuitement.

Mais le clergé catholique manifesta une vive opposition à ces écoles subventionnées directement par la Législature et qui profitaient surtout aux anglophones protestants. La Loi des écoles de fabriques, adoptée en 1824, voulait en quelque sorte contrebalancer les effets de l'Institution royale en permettant aux fabriques d'établir des écoles primaires et de les soutenir à même les revenus paroissiaux. Cette mesure semblait fort avantageuse au clergé qui reprenait ainsi le contrôle des écoles paroissiales. Mais elle avait le grave inconvénient de faire reposer tout le poids de leur financement sur les épaules des paroissiens.

À peine cinq ans plus tard, soit en 1829, la Législature adopta la Loi des écoles de syndics afin de remédier à l'injustice créée précédemment. Cette nouvelle loi allait, en somme, avoir la même incidence sur les écoles francophones (catholiques) que l'Institution royale avait eue sur les écoles anglophones (protestantes), puisqu'elle permettait aux premières, comme aux secondes, de recevoir des octrois du gouvernement et d'exiger une rétribution mensuelle des élèves.

Plusieurs associations bénévoles s'intéressant à l'éducation de la jeunesse apparurent à travers le Bas-Canada (Québec, Montréal, Berthier). La plupart de ces sociétés d'éducation fondèrent des écoles de niveau élémentaire qu'elles pouvaient maintenir grâce aux octrois du gouvernement. Ces institutions accueillaient surtout des enfants pauvres et dispensaient l'enseignement primaire: lecture, écriture, calcul, grammaire française, anglais, religion, géographie, histoire.

Elles utilisaient couramment le mode mutuel qui permettait de grouper un très grand nombre d'écoliers. Le mode mutuel ou de Lancaster, du nom de Joseph Lancaster (1778-1838) qui a largement répandu le procédé dans le Bas-Canada, consistait à employer des moniteurs pour faire répéter des choses faciles (et non pour donner l'enseignement) dans les classes très nombreuses.

D'éminents citoyens de Trois-Rivières, dont le juge Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal, surent alors profiter de cette législation pour fonder, le 3 novembre 1830, la Société d'éducation de Trois-Rivières et établir enfin la première école de garçons permanente: l'école Sainte-Ursule, qui ouvrit ses portes le 20 janvier 1831. Pendant les dix années suivantes (1831-1841), la Société d'éducation de Trois-Rivières assuma la direction de l'école de garçons Sainte-Ursule, tandis que les Ursulines continuaient leur œuvre d'éducation auprès des jeunes filles. Il est probable, de plus, que l'école royale de Selby Burn fut en opération durant toute cette décennie (1831-1841) et qu'un petit réseau d'écoles privées coexistait avec les écoles subventionnées. Combien y avait-il d'établissements en tout? Nous l'ignorons. Peut-être 5 ou 6 ? Mais, quel que fut ce nombre, il était nettement insuffisant pour desservir toute la population scolaire de Trois-Rivières qui, en 1841, comptait environ 3 800 âmes. Une nouvelle législation, adoptée cette année-là, allait toutefois transformer radicalement l'organisation des écoles à Trois-Rivières comme dans tout le pays.

Suite à la publication du rapport de John George Lambton (lord Durham) sur les affaires de l'Amérique du Nord britannique, contenant le rapport d'enquête du commissaire Arthur Buller sur l'éducation dans le Bas-Canada, le Parlement adopta la Loi de l'instruction publique (1841) qui visait la scolarisation de tous les enfants âgés entre 5 et 15 ans et l'établissement d'un véritable système d'écoles publiques. Toutes les écoles subventionnées passèrent alors sous la juridiction des conseils municipaux. L'éducation des enfants devenait ainsi l'une des compétences des corporations locales, au même titre que la construction de ponts et l'entretien des chemins. Mais les conseils municipaux bénéficiaient du pouvoir de taxation, que n'avaient pas les fabriques et les syndics; leurs revenus, plus importants, permettaient d'établir et de soutenir des écoles en nombre suffisant pour répondre aux besoins de la population. Enfin, quatre ans plus tard, soit en 1845, on créa des commissions scolaires indépendantes des corporations municipales, chacune des deux institutions conservant son pouvoir de taxation.

Voilà qu'était mis en place le fondement de tout le système scolaire du Québec qui demeura à peu près inchangé jusqu'à la réforme des années 1960.

CollectionEncyclopédie Trifluviana
Source Daniel ROBERT, "Les petites écoles à Trois-Rivières, XVIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 5, avril 1995, p. 3 et 10.

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