Des trois ou quatre familles juives qui choisirent de s'établir à Trois-Rivières au lendemain de la Conquête, celle des Hart fut certainement la plus importante et la plus industrieuse. Issue d'Aaron Hart, premier Juif arrivé au pays, elle réalisa quelques grandes premières de l'histoire canadienne. C'est aux Hart de Trois-Rivières que l'on doit, par exemple, la création de la première synagogue du Canada. Les Hart furent aussi au premier rang de la lutte qui conduisit à l'adoption, en 1832, de la Loi sur l'émancipation politique des Juifs et, conséquemment, de tous les citoyens du pays. Les plus vieilles familles juives du Québec, comme les Levy et les Judah, étaient parentes avec les Hart.
Aaron Hart fut le premier citoyen canadien d'origine juive. Vivandier accompagnant les troupes britanniques durant de la guerre de la Conquête, il s'installa à Trois-Rivières, sur la rue des Forges, au début de 1761. De son mariage avec Dorothea Judah en 1768 sont nés quatre fils: Moses, Ezekiel, Benjamin et Alexandre, ainsi que quatre filles: Catherine, Charlotte, Elizabeth et Sarah.
Deuxième fils d'Aaron, Ezekiel Hart (1770-1843) fut, lui aussi, commerçant et homme d'affaires prospère. En obtenant la faveur des électeurs de Trois-Rivières, en 1807, il fut le premier Juif élu député au Canada et dans tout l'Empire britannique. Mais, ne pouvant prêter le serment officiel "sur la foi véritable d'un chrétien", il fut expulsé de l'Assemblée législative du Bas-Canada et n'exerça jamais sa fonction de député. Il est néanmoins à l'origine de la Loi de 1832 qui reconnut la liberté religieuse et les mêmes droits fondamentaux à tous les citoyens.
Vers 1815, tout l'espace situé entre les rues des Forges, Royale, Bonaventure et le prolongement de la rue Saint-Joseph (Hart) était la propriété des Hart sur laquelle se trouvait la maison familiale. Érigée sur la rue des Forges, tout près de l'actuelle salle J.-Antonio-Thompson, elle fut démolie en 1887. En 1869, une partie de ce terrain fut cédée à la Ville de Trois-Rivières qui y aménagea un parc public: le parc Champlain.
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La famille Hart fut sans doute propriétaire de plusieurs cimetières juifs à Trois-Rivières. L'un d'eux, érigé sur la rue des Prisons en 1827, voisinait avec l'emplacement de l'école Sainte-Ursule établie à l'angle des rues Saint-François-Xavier et Saint-Pierre. Une lettre d'Alexandre Hart à son frère Benjamin, datée du 19 août 1827, le laisse entendre:
"J'approuve le contrat et il peut maintenant être certifié par les autres
héritiers /.../; le dit cimetière sera sous les soins immédiats et l'administration
des Juifs les plus âgés des Trois-Rivières /.../. Je contribuerai à la construction
des murs" (Archives du Séminaire de Trois-Rivières, doc. A-h/5).
Les agrandissements successifs de l'école, notamment en 1862 et 1873, en réduisirent la superficie à un lot très étroit. Excédée par les fréquentes récriminations de la communauté juive, la Commission scolaire décida d'exproprier le cimetière en 1910. Entre-temps, un autre cimetière juif fut ouvert par la famille Hart sur le lot 753, du côté sud-ouest de la rue Alexandre (Radisson Sud), à peu près vis-à-vis de l'actuel restaurant Le Bourguignon. Nous ignorons la date de son ouverture mais nous savons qu'il fut fermé en 1901.
