L'hôtel Château de Blois fut l'un des plus célèbres hôtels de Trois-Rivières. Situé à l'angle des rues Hart et Laviolette, il fut d'abord un sanatorium. Il fut incendié le 13 juillet 1966.
En avril 1896, le docteur Charles Numa De Blois (1867-1952), médecin spécialiste dans la thérapeutique des maladies nerveuses et chroniques, s'installa dans une maison achetée de Sévère Dumoulin, un ancien maire de Trois-Rivières. Il s'agissait d'une résidence en bois de deux étages construite en 1828 par Pierre-Benjamin Dumoulin, père de Sévère, qui fut aussi maire de Trois-Rivières. Peu de temps après, De Blois acheta aussi la maison voisine appartenant à l'abbé Charles-Flavien Baillargeon, un ancien curé de la paroisse de Trois-Rivières. Il occupa les deux édifices, l'un comme résidence, l'autre comme bureau et "hôpital privé", quoique cette appellation était rejetée par De Blois lui-même qui préférait celle de sanatorium où il traitait les maladies du système nerveux et les affections chroniques, telles que dyspepsie, rhumatisme, névralgie ainsi que l'alcoolisme et la morphinomanie. Mais aucune opération chirurgicale non plus qu'aucun traitement des maladies contagieuses ou mentales n'y furent faits.
Le projet du docteur De Blois - qui consistait à aménager le sanatorium en villégiature, d'après le principe des stations thermales françaises - l'amena à investir de fortes sommes dans la transformation des maisons et la construction d'édifices additionnels. D'importants travaux d'agrandissement furent exécutés en 1903, 1905 et 1910. Puis, en 1913, une compagnie - Le Sanatorium de Trois-Rivières inc. - fut formée, avec un capital social de 149 500 dollars, afin de procéder à l'agrandissement de l'établissement pour en faire un sanatorium-hôtel. En 1919, De Blois acquit la propriété voisine, appartenant à Flavie Labarre, et fit encore exécuter des travaux. Ainsi, de 4 500 dollars qu'elle était en 1903, l'évaluation municipale des propriétés atteignit 103 800 dollars en 1924.
Le Château de Blois, comme on l'appella à partir de 1920, était constitué de deux édifices principaux, de trois et de quatre étages, en pierre et en brique. Il comprenait un salon de réception, un "salon des dames", une salle de séjour appelée "salle des palmes" - puisqu'elle était ainsi garnie -, des salles à manger, de lecture, de billard, de traitement spécialisé, ainsi que 150 à 200 chambres privées équipées de baignoires et alimentées en eau froide et en eau chaude. L'hôtel possédait de magnifiques jardins et, sur les toits, des terrasses aménagées servaient de solarium.
Le Château de Blois se caractérisait surtout par son architecture et sa décoration intérieure. Se voulant une réplique du château de la ville de Blois en France, sa décoration empruntait au style Renaissance auquel s'ajoutaient cependant quelques éléments de style colonial. Dans les salons, par exemple, les clients pouvaient admirer des colonnades, des blasons de Louis XII et de François Ier et des tapisseries avec fleurs de lys. Dans la salle à manger se trouvaient de superbes cheminées, des arabesques, des médaillons et des emblèmes de Louis XI, François Ier, Anne de Bretagne et Claude de France. En somme, la décoration du sanatorium-hôtel rappelait constamment l'époque des Valois-Orléans et des Valois-Angoulême, époque où commença la grande histoire de Blois et de son château.
Vaste et très luxueux, l'établissement de Charles De Blois exprimait donc une idée de grandeur: celle d'une nation, d'une ville, d'une dynastie, d'une famille. L'édifice, la décoration, l'ameublement, tout contribuait à créer une atmosphère transcendante. Sa réputation de meilleur hôtel de Trois-Rivières lui attira une clientèle de choix: hommes d'affaires, commerçants, industriels, avocats, artistes, politiciens, diplomates. Le 6 juin 1921, le premier ministre du Canada, Arthur Meighen, y fut reçu pour un lunch d'honneur. Quelques jours plus tard, ce fut au tour du maréchal de France Émile Fayolle et de l'évêque de Dijon pour un dîner. Puis, ce furent le ténor français Edmond Clément, le consul de France à Trois-Rivières, le ministre de la Voirie J.-L. Perron, le ministre de la Marine Ernest Lapointe. Peu à peu, le Château de Blois remplit à Trois-Rivières le rôle des châteaux Frontenac à Québec et Laurier à Ottawa: un carrefour des hommes publics. Après 1930, alors que sa vocation n'était plus qu'hôtelière, la maison continua à recevoir des personnalités publiques qui vinrent confirmer son prestige: l'abbé Albert Tessier et Raymond Douville, tous deux historiens de la Mauricie, les premiers ministres du Québec Maurice Duplessis et Adélard Godbout, le brigadier-général Jean-Victor Allard. L'épouse de Franklin D. Roosevelt, président des États-Unis, y demeura même une nuit. Dans son livre This I remember, cité par Henri-Paul Garceau (Chroniques de l'hospitalité hôtelière du Québec, de 1880 à 1940), elle écrivait:
"Nous avons traversé le Québec et passé une nuit à Trois-Rivières. Nous avons passé cette nuit dans un hôtel qui a l'atmosphère d'un hôtel de quelque ville provinciale de France. C'est là, pour moi, ce qu'il y a de plus intéressant dans la province de Québec".
Le docteur De Blois et sa famille, en particulier sa fille Berthe, participaient activement à la promotion de l'établissement en invitant eux-mêmes des personnalités qui faisaient la manchette du "carnet social" des journaux. Le plus souvent, cependant, les réceptions étaient organisées à la demande des autorités municipales ou d'associations: la Chambre de commerce, le club Rotary, les Chevaliers de Colomb, le club Radisson, par exemple. Les salles François Ier et Jacques-Cartier réunissaient de nombreux congressistes alors qu'en été, les jardins servaient de décor naturel à la photographie des nouveaux mariés.
Devenu le lieu de rendez-vous de la haute société, le Château de Blois mettait tout en œuvre pour répondre aux attentes de sa clientèle: service rapide et courtois, confort, cuisine irréprochable car sa renommée reposait aussi sur la qualité de sa "cuisine française et bourgeoise". Les légumes et les produits laitiers provenaient de la ferme de la famille De Blois à Cap-de-la-Madeleine. Le boeuf et le poulet étaient les deux spécialités de la maison, mais la carte du menu offrait des mets diversifiés: veau, poissons et fruits de mer, viandes froides de porc ou d'agneau. Le café Normandie, dans les jardins du Château, servait cependant des repas plus simples que ceux de la salle à manger. De plus, le Château mettait de l'animation: un orchestre faisait les frais de la musique pendant les repas ou lors d'un "thé musical". Enfin, les clients pouvaient profiter d'une multitude d'activités qui se déroulaient dans les diverses salles: conférences, concerts, projections de films, spectacles de music-hall, expositions de photos, parties de cartes.
Jusqu'à la fin des années 1920, le docteur De Blois semblait tirer profit de la double vocation du Château. Si bien qu'on trouvait encore en 1926 des annonces publicitaires qui renseignaient sur les traitements offerts au Sanatorium des Trois-Rivières. Mais, au début de la décennie suivante, sans être complètement retiré des affaires médicales, Charles De Blois occupait la majeure partie de son temps à vaquer aux affaires de son commerce et à voyager.
Le docteur Charles Numa De Blois décéda le 9 octobre 1952 à l'âge de 84 ans. Son fils, Charles O. prit ensuite la relève. Marié à Pauline Spénard, il était diplômé de l'Université Cornell et membre de l'Association des hôteliers de la province de Québec. Mais Charles O. décéda lui aussi quelques années plus tard, en 1958. L'administration du Château fut alors confiée à sa sœur, Germaine De Blois, épouse du docteur Frédéric Houle, chirurgien-dentiste qui fut propriétaire de l'hôtel Victoria sur la rue du Platon durant les années 1930. Un an plus tard, en 1959, la succession De Blois vendit l'hôtel à Antonio Pilotte. Le nouveau propriétaire entreprit d'importants travaux de restauration et de modernisation des édifices dont le corps principal avait plus de 130 ans. Puis, le 13 juillet 1966, ce fut la catastrophe: un incendie, causé par un violent orage, consuma entièrement le Château De Blois.
Quatre ans plus tard, le 9 juillet 1970, la chaîne Sheraton Motor Inn inaugura, sur le même emplacement l'hôtel Sheraton-Château de Blois qui comptait 128 chambres. L'établissement devint l'Auberge des Gouverneurs en 1973, puis l'Hôtel des Gouverneurs en 1979.