Hôtel-Dieu de Trois-Rivières: un portrait vers 1880

L'hôpital est contigu à la chapelle du monastère, une clôture entoure le bâtiment et sa cour. Son entrée se trouve à l'intérieur même du cloître, vis-à-vis une petite boutique d'apothicaire. À proximité de la chapelle, l' « escalier de la Visitation » mène au dortoir des religieuses et, tout en haut, pend la cloche du docteur qui sonne les appels de l'hôpital et annonce l'arrivée du médecin. Deux grandes salles divisent l'espace hospitalier: celle des hommes renferme sept lits alors que celle des femmes en contient cinq ou six, selon les époques. On pense que des petites chambres privées, séparées peut-être sommairement des salles, y étaient aménagées. Les lits ont tous la même apparence: un support de bois sur lequel repose une paillasse: une pièce de toile du pays, d'indienne ou de coton remplie de paille, recouverte d'un drap, d'une catalogne et d'un oreiller en plume. Chaque grabataire a un saint titulaire; son nom et une invocation surplombent le lit. Les nombreuses fenêtres favorisent l'aération de la salle et un poêle à bois la réchauffe, au besoin. Le mobilier, reconstruit après l'incendie de 1806, est en partie l'œuvre d'un ancien serviteur du monastère, Émery Jarry, mort "en odeur de sainteté" lit-on dans la chronique, comme pour montrer la grande estime dans laquelle il était tenu. Ici et là, près des lits, une table, un fauteuil, une chaise; aux endroits stratégiques, un crachoir, un pot de chambre, une souricière. Des attrape-mouches pendent du plafond, l'horloge règle les activités quotidiennes du personnel et des patients. Le personnel Petit de taille, l'établissement nécessite la présence d'un personnel peu nombreux; cinq à six personnes qui sont le médecin visiteur, des domestiques et les religieuses hospitalières. Le médecin de l'hôpital des pauvres est un médecin visiteur. Présent sur appel, ou lors de sa visite périodique, il soigne gratuitement les malades indigents, ainsi que la loi de l'assistance publique l'y oblige. Reconnaissantes, les religieuses lui offrent occasionnellement une collation et, le jour de son anniversaire, lui donnent un cadeau valant de 5 à 10 dollars. De plus, elles le reçoivent, avec sa famille au Jour de l'An. En 1880, Georges-Stanislas Badeaux est le médecin attitré de l'hôpital et de la communauté des Ursulines depuis une quarantaine d'années. Recrutés par les religieuses, recommandés par l'évêque et le chapelain, le plus souvent très pauvres et sans ressources, orphelins et orphelines d'âge mûr, les trois domestiques, un homme et deux femmes ont la confiance des religieuses. Ils l'ont acquise grâce à une conduite prudente, réservée, discrète et fidèle. Ils accomplissent toutes les tâches ordinaires: entretien ménager, lessive, transport du bois de chauffage, de l'eau. Avec la permission de la mère supérieure, ils ont accès à la cour et au jardin du monastère, au hangar et à la buanderie. Les servantes accompagnent les religieuses (soumises à la règle de la clôture) dans leurs déplacements, surtout là où se trouvent des hommes. Outre ces travaux, les domestiques prennent également soin des malades, en l'absence des hospitalières. Ils tiennent compagnie aux patients, maintiennent l'ordre, assurent le respect des règlements de l'hôpital. C'est encore eux qui rendent aux hommes les services qui ne conviendraient pas à des religieuses, par exemple les laver, les revêtir, les ensevelir. "L'homme de l'hôpital" ou "la fille de salle" - ainsi qu'on les appelle habituellement - reçoivent parfois l'aide d'hommes et de femmes employés à la journée. Ceux-ci accomplissent des travaux ponctuels: lessive, sciage du bois, nettoyage du puits, peinture. Alors que les serviteurs habitent une petite maison dans les jardins, les servantes logent dans l'hôpital. Levés dès 5 heures du matin, les domestiques reçoivent un salaire quotidien de 5 à 10 cents. Les Ursulines assurent leur pension, nourriture et entretien, évaluée à 10 à 13 cents par jour. Lors de la fermeture, en 1886, Mathilde Laperrière et Esther Dauphinais remplissaient le rôle de servantes. Les hospitalières sont les Ursulines. En principe, toutes doivent à un moment ou l'autre agir comme infirmières. Mais, à vrai dire, seule une étude des obédiences permettrait de le savoir. Il faut aussi signaler que nous ne connaissons pas davantage leur préparation à remplir leurs tâches. Pour une part, l'apprentissage dut certainement se faire en accompagnant une sœur plus expérimentée. Les chroniques nous renseignent davantage sur les attitudes commandées par le dévouement et la charité envers le pauvre malade, "un membre souffrant du Christ". Sitôt que la clochette eut signalé l'arrivée d'un malade - ou d'un blessé - l'hospitalière se rend à l'hôpital. Sa première tâche consiste à observer, à s'informer. Aucune personne atteinte de maladie contagieuse (variole, choléra, scarlatine, méningite, tuberculose, etc.) ne peut être admise. Or ce travail de sélection n'est pas une mince affaire, même pour un médecin, si bien que plusieurs malades contagieux trouvent un lit dans l'hôpital. Servant d'hôpital général pour la région, l'établissement a pour mission de recevoir tous les malades, sans distinction de religion, de langue, y compris les malades indigents, démunis de moyens pécuniaires pour recevoir les soins à domicile et payer un médecin. Le miséreux se rend à l'hôpital. Il porte avec lui un billet ou certificat de recommandation signé par un médecin de la ville et l'un des commissaires. Nous les soussignés, juges de paix de sa majesté pour le District des Trois-Rivières certifions à tous qu'il appartiendra que James West Nègre demeurant en cette ville des Trois-Rivières depuis environ trente-six ans est bien malade et infirme, qu'il n'a aucuns moyens pour subsister et qu'il est vraiment un objet de charité digne d'avoir place à l'hôpital de cette ville où les personnes de sa situation reçoivent des secours du gouvernement par l'entremise des commissaires appointés pour ce district. Trois-Rivières le 17 janvier 1806 L. Proust J.-B. Badeaux Il présente ce billet à l'hospitalière dès son arrivée. Il reçoit ensuite gratuitement la visite du médecin et les remèdes prescrits. S'il est atteint présumément d'une maladie contagieuse, il est placé dans une maison de la ville. Mais tous les malades ne connaissent pas l'indigence. Certains, moins démunis que d'autres, y restent sans certificat, à leur propre compte. Ils paient alors une pension de 25 cents par jour, nourriture et entretien, et le coût des remèdes prescrits, 16 cents pour un purgatif par exemple. À l'occasion, l'hôpital procure un lit à un indigent même s'il n'est pas malade: infirme, faible de constitution ou d'esprit, seul, âgé ou incapable de subvenir à ses besoins. Il est admis au compte d'un curé, d'un notable ou, plus fréquemment, à celui des Ursulines. Auquel dernier cas, celles-ci l'hébergent, lui octroyant une chambre privée, en retour de menus services: nettoyage, soins des autres pensionnaires, servant ainsi d'aide domestique. La Mère supérieure [...] a exposé les désirs réitérés de Mlle Éliza O'Connell, malade, en qualité de pensionnaire à notre hôpital et hydropique agée de 66 ans [...] désirant instamment vivre et mourir avec nous, demande si nous voulons la garder tant qu'elle vivra par la somme qu'elle a donnée à la communauté $500 en arrivant au mois de novembre dernier. Qu'elle paiera à part son médecin, son enterrement et d'autres dépenses qu'elle voudra faire. Comme sa maladie est augmentée depuis quelques jours, elle demande une réponse immédiate, afin de se pourvoir d'un autre asile avant de devenir plus mal. Selon les apparences, elle ne peut durer longtemps dans l'état où elle se trouve. Le Chapitre [...] a conclu à la majorité des voix de garder Mlle O'Connell tant qu'elle voudra rester ici et pour la somme donnée, à la condition qu'elle nous donne un écrit qui nous assure que l'argent qu'elle a trouvé bon de nous donner ne nous sera pas redemandé après sa mort. (Chroniques des Ursulines, 24 juillet 1870)

Les malades a) un achalandage variable: Nombre d'admissions Nombre de patients Durée de par jour l'hospitalisation 1861 172 10 à 11 23 jours 1869 75 7 à 8 38 jours 1880 128 4 à 5 13½ jours 1850-1885 119 7 à 8 23 jours b) caractéristiques des 329 malades hospitalisés entre le 1er juillet 1880 et le 31 décembre 1882 129 hommes dont 67 célibataires et 200 femmes dont 138 célibataires âge: 80 ans et plus: 11 40 - 49 ans: 43 70 - 79 ans: 45 30 - 39 ans: 40 60 - 69 ans: 29 20 - 29 ans: 74 50 - 59 ans: 45 10 - 19 ans: 42 lieux d'origine: - Trois-Rivières: 235 - Paroisses rapprochées: 31 (Pointe-du-Lac, Sainte-Marguerite, Saint-Maurice, Mont-Carmel, Sainte-Geneviève-de-Batiscan, Cap-de-la-Madeleine, Batiscan, Saint-Étienne) - Autres paroisses du district de Trois-Rivières: 21 (rive nord et rive sud) - Québec: 12 - Montréal: 6 - Autres: 24 (suite sur la fiche suivante)
(suite de la fiche précédente) Ainsi que nous l'avons vu, l'hôpital des Ursulines n'était pas uniquement le dernier refuge des moribonds. Les caractéristiques des malades lors de l'admission le démontrent bien. L'hôpital était-il un mouroir ? Sur 825 admis entre 1871 et 1880, 57 seulement moururent à l'hôpital.
L'Hôtel-Dieu de Trois-Rivières, appelé aussi hôpital des Ursulines ou hôpital des pauvres, fut le premier hôpital public à Trois-Rivières. Il fut fondé par les Ursulines lors de leur arrivée dans la ville, sur le Platon, en 1697. En 1700, il fut déménagé, en même temps que le monastère des religieuses et leur chapelle, dans le fief Hertel (rue des Ursulines) * * * À la fin du XVIIe siècle, le petit bourg de Trois-Rivières était encore dépourvu d'une véritable école. En 1692, Mgr Jean-Baptiste de la Croix Chevrières de Saint-Vallier, deuxième évêque de Québec (1688-1727), chercha à convaincre Mère Marguerite Bourgeoys (1620-1700) d'envoyer deux de ses Filles à Trois-Rivières pour y établir une école permanente. La maison a-t-elle été fondée? Nous l'ignorons. Les Sœurs de la Congrégation furent effectivement présentes dans la région pendant les trois années suivantes, mais vraisemblablement à titre d'enseignantes itinérantes, comme l'avaient été sœur Raisin et sa compagne. Devant cet échec, l'évêque de Québec décida de regarder du côté des Ursulines qui déjà, depuis 1639, s'occupaient de l'éducation des jeunes filles de la ville épiscopale. De retour d'Europe, le 9 septembre 1697, il entama des pourparlers avec la communauté religieuse. Voulant faire d'une pierre deux coups, il invita les Ursulines à fonder non seulement un couvent mais aussi un hôpital pour les malades "les plus nécessiteux". Les religieuses acceptèrent la proposition de l'évêque et, le 8 octobre suivant, un contrat notarié fut signé par les deux parties. Trois sœurs ursulines, formant un premier contingent, arrivèrent peu après à Trois-Rivières et s'installèrent d'abord dans l'ancienne maison du gouverneur, sur le Platon. En octobre 1699, le gouverneur de Trois-Rivières, Claude de Ramezay, vendit sa maison en construction à l'est de la rue Saint-François- Xavier, hors de l'enceinte du bourg de Trois-Rivières, sur la rue Notre-Dame (des Ursulines), et une partie du fief Hertel à l'évêque de Québec, Mgr de Saint-Vallier, qui en fit cession aux Ursulines pour l'établissement de leur hôpital et de leur couvent. À la fin de 1700 ou au début de 1701, les religieuses emménagèrent dans leur nouvelle maison sur la rue Notre-Dame. L'Hôtel-Dieu de Trois-Rivières était situé face à la rue de l'Hôpital. Contigu à la chapelle des Ursulines, il logeait dans l'aile droite du monastère qui abrite aujourd'hui le Musée des Ursulines. Il était divisé en deux grandes salles contenant 12 lits: une salle pour les hommes (7 lits) et une pour les femmes (5 lits). Incendié puis reconstruit à deux reprises, il fut en opération jusqu'en février 1886. Muni de lettres patentes accordées par le roi Louis XIV en 1702 et servant d'hôpital général pour la région de Trois-Rivières, l'hôpital des Ursulines était un établissement public qui recevait annuellement des dizaines, voire plus d'une centaine de malades ou blessés (dont ceux, nombreux, des Forges du Saint-Maurice), sans distinction d'origine, de langue ou de religion. Plusieurs soldats américains y furent soignés à l'époque de la Guerre d'Indépendance des États-Unis, durant l'invasion du Canada et la période d'occupation de la ville (décembre 1775 - mai 1776).

BRÈVE HISTOIRE DE L'HÔPITAL DES URSULINES À la fin du XVIIe siècle, Trois-Rivières était un village de 358 habitants. Une partie d'entre eux occupait la trentaine de maisons sises sur le Platon ceinturé par une palissade de pieux alors que les autres habitaient la quinzaine de maisons situées à l'ouest, en contrebas du tertre. Dès cette époque, la société trifluvienne était diversifiée, ce qu'elle devait à son rôle de chef-lieu de gouvernement. S'y trouvaient donc: un gouverneur, Claude de Ramesay, des militaires, des servants de l'appareil judiciaire, un notaire, des hommes de métier, des domestiques. Le père Élisée Crey, un Récollet, donnait les services religieux. Mais Trois-Rivières n'avait pas d'hôpital, quoiqu'il arrivait qu'un médecin ou chirurgien y fut présent: Aimé Dureau en 1653, Michel Gamelin dit Lafontaine en 1661, Louis Pinard de 1667 à 1695. L'éloignement de Trois-Rivières, l'absence d'un hôpital pour les habitants et les soldats alors que les besoins étaient nombreux, créés par les guerres, la maladie et les épidémies, et le désir d'une école allaient favoriser la venue des Ursulines. De retour d'Europe, le 9 septembre 1697, l'évêque de Québec, Mgr Jean-Baptiste de la Croix Chevrières de Saint-Vallier, chercha à les convaincre de fonder deux institutions séparées: un établissement pour l'éducation de la jeunesse et un hôpital. Les religieuses finirent par accepter. Le 8 octobre 1697, l'évêque et les Ursulines signèrent deux contrats notariés: le premier, appelé "Concordat" était l'acte de fondation d'un hôpital et d'une école pour les jeunes filles, à Trois-Rivières; le second était un acte de vente d'un terrain et de bâtiments, sur le Platon, par Claude de Ramesay à l'évêque et aux Ursulines. La transaction était de 11 000 livres payables en trois ans, 5 500 par chacune des parties. Un acte capitulaire du 29 décembre 1697 confirma le Concordat. Les religieuses consentaient à établir un hôpital de six lits et à pourvoir au soin des malades "les plus nécessiteux". De son côté, l'évêque s'engageait à verser une rente annuelle et perpétuelle de 600 livres (100 livres par lit) pour le soutien de l'hôpital, des malades et des religieuses hospitalières. Au printemps 1698, les Ursulines étaient à Trois-Rivières, installées dans leur maison du Platon. L'hôpital fut sitôt mis sur pied. Les patients ne se firent pas attendre car une épidémie de fièvre se déclara dès le début de 1699, entraînant le décès du frère récollet Didace Pelletier, le 21 février. Puis, ce fut au tour de sœur Sainte-Cécile le Vaillant, le 9 mars et celui de sœur Sainte-Anne en avril 1699. Les Ursulines éprouvèrent leurs premières difficultés financières au début du mois d'octobre 1699, ne pouvant effectuer le second paiement sur leur part de 5 500 livres due à de Ramesay. L'acte de vente de 1697 fut alors résilié. L'évêque fut forcé d'intervenir et, le 10 octobre, racheta à ses frais et aux mêmes conditions les propriétés du Platon. De plus, il acquit de nouveaux terrains et une maison en construction appartenant à de Ramesay, sur la rue Notre-Dame (des Ursulines) dans le fief Hertel, hors de l'enceinte. Quittant le Platon, à la fin de 1700 ou au début de 1701, les Ursulines s'établirent dans cette maison de 50 pieds sur 30, éclairée en façade par quatre fenêtres au rez-de-chaussée.Devenu seul propriétaire des terrains et des bâtiments, l'évêque s'appliqua à consolider sa fondation. Le 13 octobre 1700, il s'embarqua à nouveau pour la France. Logeant au Séminaire des Sulpiciens à Paris, dans le quartier Saint-Germain-des-Prés, Saint-Vallier, largement occupé par la dispute qui opposait les Jésuites aux Pères des missions étrangères à propos de la tribu des Tamanois, réussit à convaincre Louis XIV de signer des lettres patentes en faveur de l'hôpital. Le 31 mai 1701, le roi donna un ordre enjoignant le gouverneur général Louis-Hector de Callières et l'intendant Jean Bochard de Champigny de vérifier si les religieuses étaient assurées du revenu nécessaire à leur subsistance et si l'hôpital était financièrement viable. Ensuite seulement le roi accepta de reconnaître l'établissement pour huit religieuses. Les efforts déployés par l'évêque qui avait constitué des rentes et par les religieuses devenues seigneuresses d'un fief à Rivière-du-Loup, le 13 octobre 1701, étaient finalement couronnés quand, en mai 1702, à Marly, Louis XIV signa les lettres patentes confirmant l'établissement de l'hôpital des Ursulines à Trois-Rivières. Quelques jours plus tard, le 8 juin 1702, Saint-Vallier signa un contrat notarié, un "acte de dotation et de fondation" par lequel il transportait au profit de l'hôpital toutes les rentes constituées en sa faveur. L'évêque s'engageait ainsi à verser une rente annuelle de 1 000 livres pour le soutien des malades et la subsistance des hospitalières qui "gouvernent et administrent l'Hôtel-Dieu". Il s'agissait là d'un texte important car il distinguait entre les fonctions et les responsabilités des Ursulines. Les lettres patentes n'arrivèrent qu'en février 1703, au moment où sévissait une grave épidémie de variole. Son ampleur amena d'ailleurs l'intendant, François de Beauharnois, à octroyer une aide de 400 livres à l'hôpital. Au mois de juin 1716, l'évêque de Saint-Vallier était à Trois-Rivières pour inaugurer les nouveaux bâtiments, considérablement agrandis: ajout d'un corps de logis de 80 pieds sur 30, au nord-est de la chapelle: le rez-de-chaussée de cette partie sert d'hôpital. L'occasion lui fut alors donnée de signer devant les notaires royaux Poulin et Étienne Véron de Grandmesnil un acte de donation en faveur des Ursulines, dissipant de la sorte toutes les inquiétudes des religieuses et obviant aux difficultés qui pourraient surgir après son décès à propos des titres de propriété de la maison du gouverneur sur le Platon. Le 10 septembre 1721, cette propriété fut vendue au roi pour la somme de 4 000 livres; c'était 7 000 de moins que ne l'avait payée Saint-Vallier à de Ramesay. Les témoignages sont peu nombreux sur la vie hospitalière à Trois-Rivières. La correspondance atteste des difficultés. Le 16 octobre 1730, l'évêque de Québec, Mgr Pierre-Herman Dosquet, écrivait au ministre de la Marine et des Colonies. Faute d'un soutien financier du roi qui, notait-il, subventionnait les autres Hôtels-Dieu de la colonie - le monarque se limitant à défrayer la pension et les soins des soldats - les Ursulines n'avaient pu engager d'ouvrier pour faire les récoltes, de telle sorte que Mgr Dosquet avait dû leur permettre de sortir de leur couvent pour les faire elles-mêmes.l est vrai que Trois-Rivières était toujours un petit village et que les lits de l'hôpital n'étaient pas toujours occupés. C'était le sens d'une lettre de Mgr Henri-Marie Dubreuil de Pontbriand qui ajoutait cependant que "les forges voisines fournissent souvent bien des malades". Quant à l'intendant Bigot, informé en 1749 de la volonté des Ursulines de fermer l'hôpital, il s'y objecta car il aurait été obligé alors d'en ouvrir un autre aux frais de la Colonie. Selon lui, le soin des soldats et des ouvriers des forges le rendait indispensable. Se faisant menaçant, l'intendant se disait prêt à proposer au roi de réunir les Ursulines de Trois-Rivières à celles de Québec. La seconde moitié du XVIIIe siècle débuta par une catastrophe: l'incendie du 22 mai 1752. Néanmoins, grâce à divers appuis, les Ursulines rentrèrent dans leur monastère au mois de novembre 1753, entièrement payé en 1756. La décennie fut marquée par la guerre et les épidémies de variole et de typhus qui firent des ravages. À Trois-Rivières, l'hôpital ne suffisait plus. Des lits furent placés à l'intérieur du monastère et même dans la chapelle. La reddition de Montréal fut suivie de l'occupation militaire (1760-1764). Le 17 septembre 1764, le régime militaire abolit le gouvernement de Trois-Rivières mais ne changea rien au fonctionnement de l'hôpital, nécessaire pour les soldats anglais, de passage ou en garnison. Plus tard, lorsque l'armée d'invasion américaine occupa Trois-Rivières et affronta les forces royalistes, les 8 et 9 juin 1776, l'hôpital servit à nouveau. Au cours de cette longue période de guerre, l'hôpital des Ursulines s'ouvrit aux militaires canadiens, aux soldats britanniques dont des mercenaires allemands ainsi qu'aux soldats américains. Le cas des 21 soldats américains soignés par les religieuses a donné lieu à l' « affaire de la dette américaine », le gouvernement des États-Unis n'ayant jamais remboursé les "billets du Trésor" américain avec lesquels les soldats payèrent leur hospitalisation. La réclamation des Ursulines - 442 jours de pension à raison de 4 à 10 deniers par jour, les remèdes, les cercueils - s'élevait à £ 26.3.6 (26 livres 3 sols 6 deniers), soit environ 104 dollars. Les chroniques ursuliennes aiment à rappeler, à ce sujet, une conversation du procureur des religieuses, le notaire Jean-Baptiste Badeaux avec le capitaine américain William Goforth. Badeaux, notant que les Ursulines n'avaient rien reçu du Congrès américain pour le soin des malades et des blessés, Goforth aurait répliqué: « Qu'elles prennent patience! » Ce à quoi le notaire aurait répondu: « Je vais donc dire à ces dames qu'elles nourissent vos soldats avec de la patience, nous verrons comme ils seront bien gras. »
Difficultés financières et fermeture: 1806-1886 Le siècle commença mal. Le soir du 2 octobre 1806, un incendie ravagea le monastère et l'hôpital. Tout fut détruit en un peu plus de deux heures. Seuls les murs de pierre résistèrent. La reconstruction débuta peu de temps après; en août 1807, les travaux étaient passablement avancés. Aussi, les religieuses purent-elles enfin revenir occuper le monastère en janvier 1808, après 16 mois d'absence. L'hôpital n'était pas encore prêt, les travaux ayant été suspendus à quelques reprises à cause du manque de matériaux. Toutefois, au mois de novembre 1808, les hospitalières pouvaient accueillir à nouveau les malades. L'Hôtel-Dieu était encore le seul hôpital de Trois-Rivières. Ses revenus provenaient principalement des "rentes de France", des dons et des legs privés, des pensions des malades les plus fortunés ou des soldats. Le gouvernement n'avait aucun engagement financier à son endroit. En 1801, le Parlement du Bas-Canada adopta l' « Acte pour le soulagement des personnes dérangées dans leur esprit et pour le soutien des enfants abandonnés ». Quelques années plus tard, en 1807, les Ursulines acceptèrent de prendre soin des aliénés du district de Trois-Rivières et elle reçurent alors un octroi pour la construction des loges destinées à servir d'asile. Mais, ne disposant pas de logement et jugeant l'octroi insuffisant, les enfants abandonnés ou trouvés furent laissés sous la responsabilité directe des commissaires chargés de distribuer les secours dans le district. Trois-Rivières n'avait pas encore d'institution charitable spécialisée à l'intention des orphelins et des enfants abandonnés. Les Sœurs de la Providence allaient combler cette lacune. Leur implantation à Trois-Rivières, en 1864, força les commissaires à partager l'octroi gouvernemental entre les deux institutions d'assistance publique. Or, les Sœurs de la Providence élargirent leur secteur d'intervention, si bien qu'en 1885 on pensa à elles pour prendre la direction d'un hôpital temporaire pour varioleux. Il ne faisait pas de doute que l'on avait songé à leur confier la charge d'un hôpital dont Trois-Rivières avait le plus grand besoin. L'évêque de Trois-Rivières, Mgr Louis-François Laflèche, n'était pas le dernier à le croire et favorisa le projet. L'hôpital des Ursulines ne convenait plus. Trois-Rivières avait changé, de même que la région et les besoins avaient beaucoup grandi, s'étant accrus dans tous les secteurs de l'assistance publique. Il serait étonnant que les Ursulines ne l'aient remarqué. Néanmoins, elles entendaient bien n'absorber aucune perte financière à la suite des changements visiblement en cours. En septembre 1885, la supérieure des Ursulines demanda à Mgr Laflèche de venir rencontrer les membres du conseil car, disait-elle, "nous avons des dettes considérables et grand besoin d'argent". En fait, leur ennui venait de ce qu'elles étaient les créancières de l'hôpital: depuis des années, l'argent versé par le gouvernement n'était en fait qu'un remboursement des avances qu'elles avaient faites à l'hôpital. De 1093,60$ qu'ils étaient au 31 décembre 1864, les arrérages s'élevaient à 1975,53$ au 31 décembre 1884: l'équivalent d'environ trois ans d'opération.Or, voici qu'en octobre 1885, les commissaires annoncèrent que la Législature avait réduit l'octroi à 1750,00$ par année. C'était moins que les arrérages dus à l'hôpital des Ursulines. C'en était trop. Les Ursulines envisagèrent la fermeture de l'hôpital le 31 décembre 1885. Entre temps, Mgr Laflèche avait demandé au vicaire général et chapelain des Ursulines, Mgr Charles-Olivier Caron, de faire enquête. Après avoir examiné de près les revenus et les dépenses de l'hôpital entre 1863 et 1883, il conclut que l'établissement ne pouvait se maintenir avec 7 ou 8 malades à 25 cents chacun par jour. Pour rencontrer ses frais, l'hôpital devait plutôt accueillir 17 patients par jour durant toute l'année. En somme, l'hôpital des Ursulines était trop petit pour survivre. Aussitôt le rapport déposé, l'évêque de Trois-Rivières intervint auprès des commissaires et du conseil municipal pour que ceux-ci, à leur tour, amenassent le gouvernement à agir dans les plus brefs délais. À la fin de décembre 1885, voyant que rien n'avait bougé, Mgr Laflèche suggéra aux Ursulines de repousser la date de fermeture de l'hôpital à février 1886. Il leur demanda, par la même occasion, de faire connaître leurs conditions pour le maintien de l'Hôtel-Dieu. Les religieuses réclamaient 500 $ par année à titre d'aide supplémentaire, en sus des 25 cents par jour et par malade pour douze lits disponibles, ce qui représentait autour de 1 600 $ d'octroi annuel, soit presque le total de la somme disponible pour le district. Appelés à se prononcer sur ces exigences, l'évêque et le chapitre de la cathédrale reprirent à peu près la même argumentation que celle du vicaire général: le gouvernement n'accepterait pas et ne pouvait pas accepter de verser un tel octroi alors qu'il n'accordait que 280$ aux Sœurs de la Providence pour le soutien de 75 à 80 vieillards, infirmes, orphelins et enfants trouvés. Le 24 février 1886, l'évêque de Trois-Rivières autorisa les Ursulines à fermer leur hôpital. Dès le lendemain, la supérieure en avisa le président des commissaires, Sévère Dumoulin. Puis, le 26, dans une dernière tentative, le maire de Trois-Rivières, Henri-Gédéon Mailhot, se rendit à Québec pour rencontrer le premier ministre Ross et le supplier d'augmenter l'octroi annuel accordé pour les malades indigents. Il en revint bredouille: "J'ai cru m'apercevoir qu'on était d'opinion que votre hôpital n'était ouvert à peu près qu'aux servantes ayant besoin de se purger ". (Lettre du maire Henri-Gédéon Mailhot à la supérieure des Ursulines, 28 février 1886, AUTR, IV-B-1.2-48). Le gouvernement refusa de répondre aux demandes des religieuses. Le 28 février 1886, l'hôpital des Ursulines ferma ses portes, après plus de 188 ans d'existence.Cette fermeture ne devait être que temporaire, croyait-on. La communauté avait la ferme intention de faire valoir les lettres royales de 1702 et faire reconnaître ses droits acquis pour le maintien d'un hôpital à Trois-Rivières. En avril suivant (1886), les religieuses se disaient encore prêtes à rouvrir l'hôpital advenant l'extinction des arrérages et une augmentation de l'octroi annuel. Mais l'évêque eut tôt fait de les en dissuader: le 19 avril 1886, il se rendit au parloir du monastère et leur déclara: "Mon opinion est que vous ne rouvriez pas votre hôpital maintenant que vous l'avez fermé " (AUTR, III-C-2.0-7, 20 avril 1886). Laflèche soumit néanmoins une proposition aux Ursulines: rouvrir et opérer l'hôpital avec un octroi annuel de 600 $, et accepter que les arrérages ne commençassent à leur être remboursés qu'après l'inauguration d'un nouvel hôpital [Saint-Joseph] confié aux Sœurs de la Charité. La proposition fut refusée. Finalement, en juillet 1886, les religieuses semblaient avoir abandonné toute prétention à une réouverture de l'hôpital. La fermeture de l'hôpital des Ursulines, le 28 février 1886, conduisit au regroupement des œuvres de charité sous un même toit, comme le voulait l'évêque de Trois-Rivières, Mgr Louis-François Laflèche. L'asile des Sœurs de la Providence qui servait à la fois de couvent, d'hospice, d'orphelinat et de crèche servit aussi dès lors d'hôpital. Après la fermeture de l'hôpital des Ursulines, son espace fut aménagé à d'autres fins. Une partie fut intégrée à la chapelle, agrandie en 1897. L'infirmerie du pensionnat y prit ensuite place jusqu'en 1965. Cette année-là, un second agrandissement de la chapelle fit disparaître une autre partie de l'ancien espace hospitalier. Ce qui en reste est aujourd'hui occupé par le Musée des Ursulines, et ce depuis le 14 mai 1982.

Les patients qui décédaient à l'Hôtel-Dieu de Trois-Rivières ou dans les loges des insensés (asile), derrière le monastère, étaient pour la plupart inhumés dans le cimetière des pauvres, en face de l'hôpital. Dans une liste incomplète de 60 décès enregistrés de 1705 à 1816, on compte cependant trois inhumations dans la chapelle des Ursulines, une dans l'église des Récollets et une dans l'église paroissiale.En novembre 1863, la Ville de Trois-Rivières demanda à louer la maison Bédard, à l'angle des rues des Commissaires et Ferland, "afin d'en faire l'établissement des Soeurs de la Providence". La propriétaire, la communauté des Ursulines de Trois-Rivières, refusa. Mais les religieuses constatèrent rapidement que ce refus avait "fait une grande sensation en ville /.../. Mère supérieure a cru prudent de remettre la chose en délibération pour ne pas irriter le public qui, déjà, sur notre refus, prend des mesures pour nous ôter l'allocation du gouvernement en faveur de notre hôpital" (AUTR, Actes des assemblées des discrètes, 24 novembre 1863). Finalement, les Ursulines décidèrent de louer pour la somme de 250£ par année à être versée à leur hôpital.

CollectionEncyclopédie Trifluviana
Source Daniel ROBERT, "Hôpitaux, santé et assistance publiques à Trois-Rivières, XVIIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 3, avril 1993, p. 7-10. Thérèse GERMAIN, Autrefois, les Ursulines de Trois-Rivières, une école, un hôpital, un cloître, Sillery, Éditions Anne Sigier, 1997, 347 pages. Le Coteillage (revue de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières). Pages trifluviennes, A-17. Daniel ROBERT, "Hôpitaux, santé et assistance publiques à Trois-Rivières, XVIIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 3, avril 1993, p. 1, 3-10 et 12-14. Daniel ROBERT, "Les petites écoles à Trois-Rivières, XVIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 5, avril 1995, p. 9. Daniel ROBERT, "Les parcs et lieux publics de Trois-Rivières, XVIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 6, mai 1996, p. 6. Daniel ROBERT, "Le domaine des Ursulines de Trois-Rivières et l'espace urbain, XVIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 7, juin 1997, p. 21. Daniel ROBERT, "Le patrimoine religieux de Trois-Rivières - Les cimetières", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 8, juin 1998, p. 22.

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