Auparavant simple relais entre Québec et Montréal, Trois-Rivières allait s'affirmer dans la seconde moitié du XIXe siècle comme un centre urbain en effervescence, de plus en plus marqué par le développement de son arrière-pays. Cette fébrilité se constata dans tous les secteurs de l'activité humaine dont, bien sûr, celui de l'hôtellerie. L'appellation sert ici à regrouper tous les types d'établissement: maison de pension, hôtel de tempérance, auberge et hôtel. Leurs traits distinctifs étaient parfois tellement minces qu'il est possible de confondre l'un avec l'autre, ainsi que le faisaient d'ailleurs les contemporains. Seules se démarquaient les maisons de pension. D'abord résidences privées, leur apparence les faisait ressembler davantage aux autres maisons de la ville. Ensuite, elles étaient disséminées à travers la ville alors que les hôtels avaient pignon sur rue dans le quartier des affaires, principalement. Au XIXe siècle, les auberges et hôtels étaient, pour la plupart, établis sur les rues du Fleuve, Notre-Dame, du Platon, des Forges et Badeaux. Le chemin du Roi, le chemin de fer et la voie fluviale leur amenaient les clients. Parmi eux se trouvaient des entrepreneurs et des grands marchands, des peddlers ou commis-voyageurs, des forestiers ayant pris rendez-vous chez un notaire afin d'y passer un contrat de travail, des juges-visiteurs venus entendre des causes au palais de justice, mais également des ouvriers ou journaliers à la recherche d'un emploi, sûrement aussi, des marguilliers des paroisses rurales du jeune diocèse de Trois-Rivières, venus défendre leur point de vue devant les évêques Thomas Cooke ou Louis-François Laflèche. En 1852, la ville était pourvue de trois auberges et de trois hôtels. Ceux-ci étaient situés sur la rue du Fleuve et en faisaient un carrefour très achalandé. Au fil des ans, pas moins de six établissements s'y fixèrent, drainant de la sorte la plus grande part de la clientèle hôtelière. Trois d'entre eux se classaient d'ailleurs parmi les plus luxueux de la ville. À la fin du XIXe siècle, la rue du Fleuve portait avantageusement le surnom de "rue des hôtels". Au cours de ce demi-siècle, les hôteliers de la rue du Fleuve connurent trois grandes épreuves, trois incendies dont deux, ceux de 1856 et 1863, furent particulièrement dévastateurs. Il faut se rappeler qu'à cette époque, beaucoup de bâtiments étaient en bois et il n'était pas rare de voir des flammes s'élever soudainement de quelque maison, hangar ou écurie. Chaque fois, des hôtels furent ravagés. Chaque fois, de nouvelles constructions s'élevèrent sur le même site. Toutefois, il n'en fut pas ainsi à la suite du sinistre du 22 juin 1908 qui détruisit plus de 200 bâtiments et maisons dont 10 hôtels, au moins, qui étaient en opération à l'intérieur du périmètre incendié. Le lendemain de l'incendie, la Ville de Trois-Rivières (qui fixait les horaires et les tarifs, qui embauchait les capitaines et qui louait les bateaux-passeurs depuis 1906) fit amarrer le « Trois-Rivières » (propriété de la Compagnie de navigation du Richelieu) au quai afin qu'il servit d' « hôtel flottant » pendant quelques jours car il ne restait plus que deux petits hôtels près de la gare ferroviaire, sur la rue Champflour. Si la plupart des propriétaires travaillèrent tôt à la reconstruction des commerces, des banques et des bureaux, de leur côté, les hôteliers tardèrent à le faire. Certains, mal assurés, étaient en faillite. D'autres se retirèrent tout simplement. D'autres, encore, hésitaient devant l'ampleur des investissements car le marché hôtelier était en transformation. (suite sur la fiche suivante) (suite de la fiche précédente) L'époque des auberges et des petits hôtels semblait révolue et, selon le journal Le Bien Public du 8 février 1910, il était grand temps qu'un ou deux hôtels offrent tout le confort moderne à la clientèle. Les hésitations des uns et des autres favorisèrent la mutation du Sanatorium De Blois en hôtel. Néanmoins la reconstruction se fit, mais en rupture avec la concentration hôtelière du siècle précédent. Certes, un noyau fut recréé dans le centre-ville mais les établissements y étaient nettement moins groupés qu'avant 1908. La rue du Fleuve ne comptait plus un seul des 11 hôtels de Trois-Rivières en 1911. Au milieu des années 1920, leur nombre était de 14, se maintenant ainsi jusque dans les années 1960. Mais, ce ne sont plus les mêmes car on avait assisté à la fermeture des petits hôtels, effet de la restructuration de l'industrie hôtelière, elle-même à la remorque de l'industrie touristique. * * * Les débarcadères de la Compagnie de navigation du Richelieu et du chemin de fer Grand Tronc n'étaient pas les seuls pôles d'attraction pour les hôtels au XIXe siècle. Le marché aux denrées, sur la rue des Forges, et le marché à foin et à bois, sur la rue Saint-Philippe, amenaient à Trois-Rivières de nombreux cultivateurs et commerçants qui venaient y offrir leurs produits. La Concorde écrivait en octobre 1880: "La demande de foin est prodigieuse cette année. Nos hôtels sont encombrés de commerçants de foin". Bien avant la fin du XIXe siècle, le parc hôtelier débordait les bords du fleuve pour s'étendre plus au nord, autour des marchés: sur les rues Notre-Dame Centre, des Forges et Badeaux. Toutefois, la volonté de reconstruire le centre-ville, en 1908, 1909 et 1910, conduisit les hôteliers, après un temps d'hésitation, à investir davantage dans ce secteur du quartier des affaires.
FAITS D'HISTOIRE ET DE PATRIMOINE HÔTELIER 1847 La maison E.-L. Pacaud, sur la rue du Fleuve, abrite successivement plusieurs hôtels. À Leonard Ostrom succède Édouard Lesieur, propriétaire de l'hôtel Canada, le 1er mai 1855, lequel va s'établir "en arrière du marché" en 1856. P.-B. Vanasse dirige, en 1859, l'hôtel Saint-Maurice. 1850 Sur la rue Notre-Dame, Fitgerald Anderson tient un hôtel dans sa maison qu'il transforme, cinq ans plus tard, en épicerie.1851 Sur la rue du Fleuve et voisin de la maison Pacaud, Charles Bernard puis sa fille Sophie tiennent un hôtel. En 1856, celle-ci vend à A. D. McPherson, un Écossais qui, après le grand incendie, va s'installer sur la rue Notre-Dame, derrière le marché à foin. Deux ans plus tard, en 1858, McPherson revient sur la rue du Fleuve et donne le nom de City Hotel ou Hôtel de la Cité à son commerce situé sur le même emplacement que l'ancien hôtel Bernard incendié. Pierre Poliquin exploite un hôtel sur la rue du Fleuve, entre les rues Saint-Antoine et René [Raymond-Lasnier], dans une maison en bois remplacée en 1856 par un bâtiment en brique. Philippe, son fils, lui succède. Connu sous le nom d'hôtel Union, l'édifice est à louer au début de 1878. Devient ensuite une maison de chambres portant le nom de Grand Hôtel Poliquin. 1853 Louis Saint-Laurent est locataire de la maison appartenant à la veuve Dickson, située sur la rue Saint-Antoine. En 1856, après le grand incendie, Zéphirin Vidal, qui avait un hôtel à l'angle des rues du Fleuve et René, voisin de celui de Poliquin, déménage dans la maison de Dickson. 1854 Ouverture du British American Hotel ou hôtel Farmer sur la rue du fleuve. 1856 En novembre, incendie d'une partie du quartier commerçant: 44 maisons détruites dont cinq hôtels sur la rue du Fleuve. 1860 Sur la rue Badeaux, Louis Bergeron exploite l'hôtel Richelieu; la façade donne sur la place du marché aux denrées. William Morisson prend place dans un nouvel immeuble à l'angle des rues du Fleuve et René. L'année suivante, l'hôtel est à louer. Mais il est occupé par Étienne Rhéaume en 1866. Un an plus tard, Ludger Vigneault et un associé ouvrent l'hôtel Saint-Laurent que l'on retrouve, dès 1872, sur la rue du Platon. Vigneault est remplacé sur la rue du Fleuve par Jean-Baptiste Gauthier, propriétaire de l'hôtel Commercial. 1861 Maxime Gauthier est aubergiste sur la rue Badeaux, pour près de dix ans encore. 1863 Le 15 août, incendie d'une partie du quartier commerçant. 1864 Le chemin de fer du Grand Tronc relie Arthabaska à Sainte-Angèle-de-Laval. Un traversier de la compagnie fait la navette entre la rive sud du fleuve et le quai de Trois-Rivières.1870 L'hôtel Saint-Philippe a pignon sur la rue Notre-Dame Centre, "à un arpent de la fonderie de M. Bellefeuille". 1872 L'hôtel Nicolet, sur la rue du Platon, est exploité par Ludger Beaubien. Grenier et Gélinas tiennent l'hôtel de Québec à l'angle des rues des Forges et Hart. Dans une maison de deux étages et demi, en pierre et en brique, situé au pied du boulevard Turcotte, Ludger Vigneault installe l'hôtel Saint-Laurent. Adélard Gauthier lui succède en 1876 et ouvre l'hôtel Victoria. L'hôtel ne compte que huit chambres. Au rez-de-chaussée, Wilbrum Gauthier tient le "Loop Line Saloon" en 1879, remplacé deux ans plus tard par le "Marquis de Lorne Saloon" de Cyprien Gélinas. Au début de l'été de 1872, Dumont et frère ouvrent un établissent hôtelier dans l'ancienne maison Vidal, sur le côté est de la rue du Platon. Opéré pendant deux ans sous le nom d'hôtel des Trois-Rivières. Félix Décôteau, sur du Platon, et Isaïe Gauthier, sur Badeaux, exploitent aussi des hôtels. 1873 Incendie dans le quartier commerçant: quelques maisons détruites dont l'hôtel Poliquin. Joseph Dufresne installe l'hôtel Saint-Maurice dans un bâtiment neuf sur la rue du Fleuve; l'hôtel sera davantage connu sous le nom d'hôtel Dufresne. L'hôtel Saint-James, sur la rue du Fleuve, tire vraisemblablement son nom de James Shortis. 1878 En février, inauguration de la gare du Chemin de fer de la Rive nord (Québec, Montréal, Ottawa et Occidental) sur la rue Champflour. Jos.-A. Grenier ouvre l'hôtel du Canada sur la rue Champflour. Pratiquement reconstruit en 1940, l'hôtel de 52 chambres est vendu en 1959 et rebaptisé hôtel Lido par les nouveaux propriétaires: Georges DeMontigny, Charles Champoux et Paul Crête. Incendié le 26 janvier 1972. c.1879 L'hôtel Stadacona, à l'angle des rues du Fleuve et Saint-Antoine; portera le nom d'hôtel Saint-Louis en 1884. c.1880 L'hôtel Windsor de Joseph Cloutier, à l'angle des rues Notre-Dame Centre et Saint-Antoine, dispose de sept chambres. (suite sur
c. 1880 L'hôtel Jacques-Cartier ouvre dans une belle maison de trois étages et demi avec toit français sur la rue Badeaux; ferme ses portes vers 1890. 1881 Une maison de trois étages et demi, située sur le côté est de la rue du Platon, près de la rue Craig, loge l'hôtel Dominion tenu par Edouard Dupont; l'établissement compte douze chambres en 1893. 1886 Le conseil municipal de Trois-Rivières adopte un règlement limitant le nombre d'auberges dans la ville. 1893 Contigu à la place du marché aux denrées, l'hôtel Saint-Louis a pignon sur la rue des Forges. Tenu par Napoléon Guillemette, il compte 8 chambres. c.1895 L'hôtel Brunswick est ouvert, angle des Forges et Hart. En avril 1897, il devient l'hôtel Houde, du nom de son propriétaire J.-Ernest Houde. L'hôtel Ville-Marie occupe l'autre angle des rues des Forges et Hart. 1896 Sanatorium, puis hôtel Château de Blois. Entièrement détruit par un incendie le 13 juillet 1966. Quatre ans plus tard, le 9 juillet 1970, la chaîne Sheraton Motor Inn inaugure, sur le même emplacement l'hôtel Sheraton-Château de Blois qui compte 128 chambres. Devient l'Auberge des Gouverneurs en 1973, puis l'Hôtel des Gouverneurs en 1979. 1900 Voisin de l'hôtel Richelieu, sur la rue Badeaux, Louis-Napoléon Jourdain transforme sa maison et ouvre l'hôtel Commercial. c.1904 L'hôtel Frontenac est opéré sur la rue des Forges par Louis-Philippe Hamel. (suite sur la fiche suivante)
(suite de la fiche précédente) 1908-1911 Reconstruction du parc hôtelier de Trois-Rivières (suite): L'hôtel Dufresne, du nom de son propriétaire J.-Arthur Dufresne, est bâti sur la rue des Forges, entre Champlain et Royale. Détruit par un incendie le 3 janvier 1932. L'hôtel Château Laviolette loge dans une magnifique maison de pierre à l'angle des rues Royale et des Volontaires. L'hôtel Windsor loge dans un édifice de trois étages sur la rue Champflour, près de Saint-Thomas; il compte 20 chambres et est exploité par Henri Girard en 1921. Incendié le 22 avril 1993. Le Dominion: sur la rue Champflour, près de l'angle Père-Frédéric; devient quelques années plus tard l'hôtel Molson. Démoli en 1924 pour laisser place à la nouvelle gare ferroviaire. L'hôtel Continental, à l'angle des rues Champflour et Saint-Maurice, compte douze chambres et est exploité par J.-Lucien Dufresne en 1922. Ferme ses portes durant les années 1940. L'édifice sera occupé plus tard par le club "Monaco", le bar "L'Odyssée" et autres clubs, bars ou cabarets. 1922 Sur le côté ouest de la rue du Platon, dans l'édifice que vient de quitter le Grand Central, J.-E. Dessureault ouvre l'hôtel Régal. Devient, après la guerre, l'hôtel Saint-Paul. Démoli plus tard pour laisser place à l'édifice à bureaux "Bourg du Fleuve". En mai de la même année, Enrico Tosini inaugure l'hôtel d'Italie sur la rue Saint-Antoine, face à la place du marché aux denrées. L'hôtel change plusieurs fois de nom: Saint-Laurent en 1925, Lafayette en 1931, LaSalle en 1937, Saint-Régis après la guerre. Il a, semble-t-il, porté aussi les noms de Riviera et Astor. Le rez-de-chaussée de l'édifice est aujourd'hui occupé par le restaurant Bravo Pizzeria. c. 1923 L'hôtel Martin est exploité sur la rue Saint-Georges, en face du marché à foin. Son propriétaire, Eddie Martin, est marchand de chevaux et y fait régulièrement des encans. L'établissement, surnommé "hôtel des fouets", est vendu à Jos. Lamothe en mars 1927. Il devient alors l'hôtel Lamothe et, plus tard, l'hôtel Saint-Georges. Ferme ses portes durant les années 1960. Au début des années 1970, la brasserie "Rustik Pub" occupait l'édifice.
c. 1923 L'hôtel Beaver, à l'angle des rues Bonaventure et Saint-Prosper, est opéré par Josaphat Lapolice. Acheté en 1934 par Romulus Caumartin qui le rebaptise hôtel Caumartin. Après son décès en 1954, l'établissement devient l'hôtel Bonaventure. Vendu à Marcel Guimond et Denis Beaudry, en 1987, il est transformé en maison pour personnes âgées: les "Résidences Albert-Guimond". Complètement détruit par un incendie le 1er mars 1993. c. 1925 J.-Antoine Vézina ouvre l'hôtel Manoir Laviolette à l'angle des rues Hart et Laviolette, face au palais de justice. Incendié en 1973. 1929 Le 29 mai, congrès annuel de l'Association des hôteliers de la province de Québec tenu à Trois-Rivières. 1946 Le 2 février, J.-Alfred Mongrain ouvre l'hôtel Le Voyageur dans l'ancienne résidence du maire J.-E. Turcotte, bâtie avant 1850, sur le boulevard du même nom. Vendu à J.-Oscar Nolet le 17 septembre 1947, puis à Thomas Foteas et ses deux fils, André et Louis, en octobre 1950, l'hôtel est rebaptisé Château Normandy. Six ans plus tard, il ferme ses portes. L'Unité sanitaire s'installe dans l'édifice le 18 février 1957. 1954 Le 4 février, à la salle Jacques-Cartier du Château de Blois, fondation de l'Association des hôteliers et restaurateurs de Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine. En juillet, cette association fait construire un kiosque d'information touristique à l'entrée ouest de la ville. 1970 Le 21 mai, inauguration de l'hôtel Le Baron sur le boulevard Royal (boulevard Gene-H.-Kruger, depuis le 20 septembre 2004), face à la papeterie Domtar. Propriété de Jacques Corbeil, l'édifice fut loué pour 25 ans à Canadien Pacifique (CP Hôtels). 1991 Le 10 juin, inauguration de l'hôtel Delta à l'angle des rues Saint-Georges et Notre-Dame. L'édifice de 12 étages en brique compte 159 chambres et renferme le restaurant "Le Troquet", le salon-bar "L'Hexagone" et le centre de conditionnement physique "Le Dispo". L'édifice "La Sitelle", les treize salles du Centre municipal de congrès, bâti sur l'emplacement de l'ancien marché à foin, et l'hôtel Delta forment un vaste complexe appelé "Cité Champlain".