Île Saint-Quentin

L'île Saint-Quentin est une île de l'archipel à l'embouchure de la rivière Saint-Maurice. Elle doit son nom au juge Quentin Moral dit Saint-Quentin, l'un des premiers concessionnaires de l'île et commerçant de fourrures.
Le 7 octobre 1535, Jacques Cartier planta une croix sur l'île du delta de la rivière Saint-Maurice la plus avancée dans le fleuve Saint-Laurent. Cent ans plus tard, le père Paul LeJeune y remarqua les ruines d'une palissade amérindienne et quelques arpents défrichés où les Amérindiens cultivaient le blé-d'Inde. Le 2 juin 1647, le gouverneur de Montmagny permit à François Marguerie (décédé en 1648), Jean Véron de Grandmesnil et Claude David de défricher l'île alors appelée île aux Cochons. Cinq ans plus tard, le 21 mai 1652, l'île leur fut officiellement concédée en roture. Dès lors, on la désigna sous le nom d'île de Grandmesnil. Mais Véron de Grandmesnil décéda peu après et l'île fut renommée durant un temps: île de la Trinité. Au début des années 1660, François Marguerie (mort en 1648) ayant légué sa terre à sa soeur Marie (veuve en première noce de Jacques Hertel et épouse de Quentin de Moral dit Saint-Quentin en 1652), l'île fut rebaptisée définitivement île Saint-Quentin. Ce qui n'empêcha pas les nombreux surnoms, suivant les propriétaires qui s'y succédèrent: Maillet, Martel, George Baptist (vers 1890), etc. En 1663, le cens payable au seigneur de l'île, la Compagnie des Cent-Associés, était de 6 deniers par arpent de superficie; les Cent-Associés pouvaient donc y retirer un maigre revenu de 1 livre 5 sols. Pratiquement inutilisée au XVIIIe siècle et jusqu'à la fin du XIXe siècle, le milieu naturel de l'île Saint-Quentin demeura quasiment inchangé. La fréquentation de l'île Saint-Quentin à des fins récréatives semble avoir débuté durant les années 1930. Le Conseil de Ville de Trois-Rivières entreprit alors des démarches auprès des propriétaires de l'île, la Quebec Savings and Trust Company Limited et la Canada Power and Paper Corporation, pour acquérir l'île et en faire un "parc d'amusement". En 1933, devant le nombre croissant de noyades dans les eaux non surveillées, l'avocat trifluvien Jos. Marchildon envoya une lettre au Conseil de Ville de Trois-Rivières dans laquelle il soulignait le besoin très pressant d'acquérir l'île Saint-Quentin et d'y aménager une plage publique. Le 19 juillet 1933, le Conseil municipal de Trois-Rivières tint une séance extraordinaire pour trouver une solution. L'année suivante (1934), sous les pressions exercées de toutes parts, la Canada Power and Paper Corporation déposa une offre de vente de la partie ouest de l'île Saint-Quentin à la Ville de Trois-Rivières, pour la somme de 30 000 $. Mais la Ville jugea le montant demandé trop élevé. Durant la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945), l'île Saint-Quentin servit de camp d'entraînement pour la Marine royale canadienne. Le 3 novembre 1947, la Ville de Trois-Rivières décida finalement d'acheter l'île Saint-Quentin pour la somme de 25000$. Des services furent progressivement mis en place et, en 1950, on engagea deux sauveteurs et deux surveillants. Puis, l'année suivante (1951), on instaura un service de bateaux-passeurs (traversiers). Durant la saison estivale de 1955, 38 000 personnes fréquentèrent la plage de l'île Saint-Quentin. En 1961, la Jeune Chambre de commerce de Trois-Rivières mit sur pied un Comité de l'île Saint-Quentin, présidé par Jean-Baptiste Cloutier, qui fut à l'origine de la construction du pont reliant l'île Saint-Christophe à l'île Saint-Quentin: le pont Cloutier. La Ville de Trois-Rivières créa aussi la Commission de l'île Saint-Quentin et on traça un chemin pavé et éclairé ceinturant l'île. Des fouilles archéologiques, durant l'aménagement de l'île, permirent de trouver des haches, des pointes de flèches et divers artéfacts d'origine amérindienne. Le parc et la plage de l'île Saint-Quentin furent officiellement inaugurés le 24 juin 1962, en présence de 5 000 personnes, année où l'on compta plus de 100 000 visiteurs. Le club Richelieu fit ériger son siège social sur l'île et un terrain de camping y fut aménagé en 1965. Durant les années 1960, l'île Saint-Quentin fut le plus important lieu de divertissement et de sociabilité des Trifluviens. En 1967, on dénombra 50 000 baigneurs à la plage familiale de l'île. Mais, en novembre de cette année-là, un article du journal Le Nouvelliste révéla que le degré de pollution des eaux de l'île Saint-Quentin était d'au moins cinq fois supérieur aux normes du ministère de la Santé. Du coup, l'île fut abandonnée par les baigneurs et les visiteurs. Peu après, la Commission de l'île Saint-Quentin tint sa dernière séance. En 1971, le Conseil de Ville abolit le péage à l'entrée de l'île Saint-Quentin et se dit prêt à prendre possession du pavillon Richelieu. En juin 1974, plus de 500 familles représentant 2 000 campeurs se donnèrent rendez-vous au terrain de camping de l'île Saint-Quentin à l'occasion du rallye de la Saint-Jean-Baptiste organisé par la Fédération québécoise de camping et de caravaning. En 1978, le Conseil de Ville désirait céder l'île Saint-Quentin pour 85 000$ au ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche du Québec pour qu'il en fît un parc régional.
La gestion de l'île Saint-Quentin fut confiée à la Corporation de développement de l'île Saint-Quentin le 7 octobre 1982. Cette année-là, le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche du Québec accorda une subvention de 99 000$ à l'île Saint-Quentin pour l'aménagement d'une piste cyclable de 2,3 km, d'un sentier pédestre de 2,75 km, d'un sentier d'interprétation de la nature de 1 km, d'espaces de jeu et de pique-nique et d'une aire de stationnement. Une nouvelle piscine fut creusée, tandis que celle de la Marina fut détruite le 26 mai 1984.

Inauguration: le 31 juillet 1965. Municipalisation: le 19 mai 1978. Changement de nom: le 31 mars 1987. Destruction de la piscine de la Marina: le 26 mai 1984.

Dès l'âge de sept ans, Conrad Bégin s'initia au monde des affaires en vendant des boissons gazeuses aux baigneurs de l'île Saint-Quentin: à 6 heures du matin, un ami de la famille qui demeurait dans une maison flottante transportait ses bouteilles en yacht jusque dans l'île. Bégin payait 50 cents pour une caisse de 24 bouteilles de boisson gazeuse Frisco, embouteillées par Bourassa sur la rue Champlain, et les revendait 5 cents la bouteille, ce qui représentait un revenu de 1,20$ et un profit net de 70 cents.

CollectionEncyclopédie Trifluviana
Source Hélène GÉLINAS, Daniel ROBERT, Louise VERREAULT-ROY et René VERRETTE, Inventaire des plaques et monuments commémoratifs, suivi d'un relevé des lieux-dits et des toponymes trifluviens, Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières, juillet 1994, p. 24. (TRI 971.4451 I62). François LACHANCE, "Le parc Saint-Quentin", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 6, mai 1996, p. 10-12 et 20. Le Nouvelliste (Trois-Rivières), 31 juillet 1965, p. 14-16 (inauguration). Daniel ROBERT, "Naissance de Trois-Rivières", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 7, juin 1997, p. 11. Daniel ROBERT, "L'espace trifluvien", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 12, juin 2002, p. 5. Daniel ROBERT, "Quelques commerces trifluviens", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 16, juin 2006, p. 25.

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