Jean-Baptiste BADEAUX

Le notaire Jean-Baptiste Badeaux (1741-1796) fut procureur des Ursulines de Trois-Rivières de 1767 à 1794. Il rédigea des notes sur l'invasion américaine en 1775 et 1776.

Au début d'octobre 1775, devant l'imminence d'une invasion du Canada par les forces rebelles des Treize Colonies de la Nouvelle-Angleterre (Américains), le grand vicaire Garant de Saint-Onge ordonna que les reliques de saint Clément et de saint Modeste plaçées en 1713 sur le maître-autel de l'église paroissiale Immaculée-Conception de Trois-Rivières par le père Joseph Denys (obtenues l'année précédente du supérieur du Séminaire de Québec, l'abbé Louis Ango des Maizerets), fussent descendues et exposées en procession. Le notaire Badeaux racontait:
"Nous partîmes de la paroisse (l'église) en chantant l'hymne Sanctorum
meritis. Nous nous rendîmes chez les Récollets, de là nous fûmes chez les
Dames Ursulines où, après que les religieuses eurent chanté quelques motets,
M. le grand vicaire entonna le Te Deum que nous chantâmes en retournant à
la paroisse...".
Quelques semaines plus tard, en dépit des prières, les troupes du général Montgomery étaient à Montréal.

À la mi-novembre 1775, les troupes britanniques du colonel Maclean avaient déserté Trois-Rivières. La petite ville de moins de 1000 habitants se retrouvait sans soldats, sans munitions et sans ressources pour sa défense. Il ne lui restait qu'à se rendre. Le 20 novembre 1775, des citoyens trifluviens - le notaire Jean-Baptiste Badeaux et William Morris en tête - se rendirent à Montréal pour présenter une requête au général américain Montgomery afin qu'il garantisse la sécurité de la ville et de ses citoyens. Montgomery s'engagea alors à ne rien faire pour opprimer la population.

Durant la période d'invasion et d'occupation de la région de Trois-Rivières par les forces rebelles, soit entre le 4 décembre 1775 et le 13 mai 1776, vingt-et-un (21) soldats américains furent soignés par les Ursulines à l'Hôtel-Dieu de Trois-Rivières qui servait d'hôpital public pour toute la région. Ils y furent traités pour blessures, engelures ou sous-alimentation. Les factures pour remèdes et les deux cercueils ainsi que pour 442 jours de pension (à raison de 4 à 10 deniers par jour et par pensionnaire) s'élevaient à £ 26.3.6 (26 livres 3 sols 6 deniers), soit environ 104$. Elles furent toutes acquittées par des "billets du Trésor" américain qui, rapportent les Ursulines, « n'ont jamais valu que le papier sur lequel ils sont imprimés ». Les chroniques ursuliennes aiment à rappeler, à ce sujet, une conversation qu'auraient eu le notaire Badeaux et le capitaine américain William Goforth: à Badeaux, qui lui faisait observer que les Ursulines n'avaient encore rien reçu du Congrès américain pour le soin des blessés et des malades, Goforth aurait répondu: « Les Ursulines, qu'elles prennent patience! », ce à quoi le notaire aurait riposté: « Hé bien, je vais donc dire à ces Dames qu'elles nourissent vos soldats avec de la patience; nous verrons comme il seront bien gras! ».

En 1792, les Ursulines demandèrent au notaire Badeaux de dresser le bilan de leurs dépenses. Modestement, elles demandaient l'équivalent de 130$. Mais le Gouvernement des États-Unis n'a jamais remboursé ces frais d'hospitalisation; les religieuses n'ont jamais été dédommagées de quelque façon que ce soit. Avec les intérêts composés à 6%, cette dette américaine envers les Ursulines de Trois-Rivières s'élevait à 18 894 694 $ en 1980. Aujourd'hui, elle dépasserait sans doute les 20 millions de dollars.

DateInconnue
CollectionEncyclopédie Trifluviana
SourceDaniel Robert, Fichier d'accès rapide à l'histoire, Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières. Daniel ROBERT, "Le patrimoine religieux de Trois-Rivières", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 8, juin 1998, p. 6. Daniel ROBERT, "La Bataille de Trois-Rivières" dans un supplément du bulletin municipal Le Trifluvien, Trois-Rivières, mai 2001, 4 pages. Daniel ROBERT, "Hôpitaux, santé et assistance publiques à Trois-Rivières, XVIIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 3, avril 1993, p. 5.

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