Voir aussi François HERTEL de la Fresnière, François Robert dit LAFONTAINE
La maison Lafontaine dite "Hertel de la Fresnière", située sur la rue des Ursulines (lot 2129 du cadastre de Trois-Rivières, voisin du monastère des Ursulines), doit son nom à une illustre famille trifluvienne, celle de François Hertel de la Fresnière et de ses descendants, qui fut propriétaire de l'emplacement pendant plus d'un siècle. Elle fut construite à partir de 1824 par le menuisier-sculpteur François Robert dit Lafontaine, élève du réputé maître-sculpteur François Normand, et achevée en 1828. Elle est classée monument historique depuis 1961.
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En 1821, le menuisier-sculpteur François Robert dit Lafontaine acheta un emplacement de la rue des Ursulines qui appartenait aux descendants de François Hertel de la Fresnière. Les 30 toises de pierre nécessaires furent commandées à deux cultivateurs de Bécancour, Pierre Lor et Louis Béchet, au cours de la même année (1821).
De 1824 à 1828, François Robert dit Lafontaine fit construire une solide maison de pierre de tradition urbaine et d'esprit français, avec plusieurs éléments architecturaux qui rappellent discrètement le style néo-classique en vogue durant les années 1820. Les travaux de maçonnerie furent exécutés en 1824 par Maurice Ryan et Olivier Larue qui venaient tout juste de bâtir l'église méthodiste Wesleyenne, sur la rue Bonaventure (1823), les mêmes ouvriers qui - selon des recherches effectuées par Arthur Béliveau en 1926 (Archives des Ursulines de Trois-Rivières, VII-0015- 67-13) - travaillèrent aussi à la construction de la maison Bédard dite "maison Jacob" (1821-1829), angle des rues des Commissaires et Ferland, et de la maison Fugère, angle Saint-François-Xavier et de Tonnancour. Lafontaine est lui-même l'auteur de la décoration intérieure, dont une magnifique rampe d'escalier, qui témoigne du même goût néo-classique.
La construction de la maison Lafontaine, avec ses dépendances (écurie, remise pour trois voitures, hangar à bois, double latrine, glacière et puits), fut achevée en 1828.
Treize ans plus tard, le 14 juillet 1841, les Ursulines acceptèrent de prêter une bande de terrain (2 pieds sur 50) à Lafontaine pour lui permettre d'élargir le chemin entre sa maison et le hangar des religieuses.
La maison resta entre les mains des héritiers Lafontaine jusqu'au 23 octobre 1873 alors qu'elle fut acquise par le commerçant de bois Jean-Frédéric Gaudet (décédé en 1878) et son épouse Cécile Mondelet (fille du juge Dominique Mondelet). En avril 1879, quand la propriété fut mise en vente par le shérif de Trois-Rivières, Sévère Dumoulin, suite à une action intentée en justice contre les héritiers Gaudet par Ross, Ritchie & Reynar, les Ursulines envisagèrent d'en faire l'acquisition. Elles comptaient d'abord l'acquérir pour la somme de 500£ ou 2 000$. Mais, "la maison étant considérablement endommagée par l'eau", et plus petite qu'elles ne se l'imaginaient, elles se ravisèrent aussitôt et ne s'autorisèrent qu'un montant de 1 200$. Finalement, l'avocat Elzéar Gérin devint le nouveau propriétaire, le 18 août 1879. Un mois et demi plus tard, Gérin demanda aux Ursulines de lui céder la bande de terre "qu'avait en sa jouissance feu Mr Lafontaine", afin d'avoir "un passage de voiture près de sa maison"; en échange, il offrit un terrain de 220 pieds de superficie situé "plus en arrière".
Au décès d'Elzéar Gérin, en 1887, la propriété passa à son frère, Denis Gérin, curé de Saint-Justin. Puis, le 2 avril 1891, ce dernier la vendit à William Charles O'Keefe, "gazier" et plombier de Brooklyn, aux États-Unis. Sept ans plus tard, le 1er avril 1898, O'Keefe la revendit aux Ursulines de Trois-Rivières pour la somme de 1 800$.
Vers 1905, les religieuses décidèrent de vendre la maison - qu'un éventuel acheteur devait faire transporter ailleurs - mais de conserver le terrain qui pourrait servir à agrandir leur cloître. C'est pour cette raison qu'elles refusèrent, en juin 1906, une offre de 4 000$ pour le terrain et la "maison de pierre". À ce moment, la maison était louée au gérant de la succursale de la Banque d'Hochelaga, un nommé Boulais. En mai 1916, elles refusèrent encore de vendre la maison à leur locataire, le juge Désy, car le prix offert (5 000$) leur semblait trop bas.
En janvier 1921, les Ursulines décidèrent de faire effectuer des réparations à la maison qu'occupait encore le juge Désy. Cinq ans et demi plus tard, en août 1926, elles acceptèrent de la vendre au docteur Robert Veilleux pour 10 000$. Mais la vente ne se concrétisa pas.
Occupée par le juge A. Marchand de 1925 à 1942, la "maison de pierre" fut louée 100$ par mois à l'Association de la Croix-Rouge, à compter de juin 1943 jusqu'à la fin de la guerre. Puis, en 1945, le "gérant de la Cité", Valiquette, y emménagea comme locataire.
Classée monument historique par un arrêté-en-conseil du gouvernement du Québec, le 31 août 1961, la maison Lafontaine dite "Hertel-de-la-Fresnière" fut finalement cédée, avec le terrain, par les Ursulines à la Ville de Trois-Rivières le 21 novembre 1980. Peu après, la Ville la loua à la Société des alcools du Québec pour l'établissement d'une "Maison des vins". Depuis la fermeture de ce commerce, en mars 1997, la maison Lafontaine dite "Hertel de la Fresnière" sert de centre d'exposition pour la Ville de Trois-Rivières et sa Corporation de développement culturel. L'étage est aussi occupé par les bureaux administratifs du Salon du livre de Trois-Rivières.