Affaire de la dette américaine aux Ursulines

Le cas des 21 soldats américains soignés par les Ursulines de Trois-Rivières en 1775-1776 a donné lieu à l' « affaire de la dette américaine », le gouvernement des États-Unis n'ayant jamais remboursé les "billets du Trésor" américain avec lesquels les soldats payèrent leur hospitalisation. Durant la période d'invasion et d'occupation de la région de Trois-Rivières par les forces rebelles des Treize Colonies de la Nouvelle-Angleterre, soit entre le 4 décembre 1775 et le 13 mai 1776, vingt-et-un (21) soldats américains furent soignés par les Ursulines à l'Hôtel-Dieu de Trois-Rivières qui servait d'hôpital public pour toute la région. Ils y furent traités pour blessures, engelures ou sous-alimentation.La durée moyenne des séjours fut de 21 jours par patient. Le premier "Bostonnais", un nommé Samuel Rocks entré le 4 décembre 1775, y séjourna 31 jours, tandis que Ebenezer Williams, de la compagnie du capitaine Stevens, détient le record de la durée d'hospitalisation: 44 jours (du 7 mars au 20 avril 1776). Deux de ces 21 "Bostonnais" décédèrent à l'hôpital des Ursulines: William Ward le 27 mars 1776, après 10 jours d'hospitalisation, et un autre dont on ignore le nom, de la compagnie du capitaine P. Cassel, le 13 mai 1776, après 13 jours de traitement. Puisqu'ils étaient protestants, leurs corps furent sans doute inhumés dans le cimetière militaire et anglican qui se trouvait sur la rue des Ursulines, entre l'ancienne rue de la Poudrière et l'actuelle rue Sainte-Cécile.

Les factures pour remèdes et les deux cercueils ainsi que pour 442 jours de pension (à raison de 4 à 10 deniers par jour et par pensionnaire) s'élevaient à £ 26.3.6 (26 livres 3 sols 6 deniers), soit environ 104$. Elles furent toutes acquittées par des "billets du Trésor" américain qui, rapportent les Ursulines, « n'ont jamais valu que le papier sur lequel ils sont imprimés ». Les chroniques ursuliennes aiment à rappeler, à ce sujet, une conversation qu'auraient eu le notaire Jean-Baptiste Badeaux, procureur des religieuses, et le capitaine américain William Goforth: à Badeaux, qui lui faisait observer que les Ursulines n'avaient encore rien reçu du Congrès américain pour le soin des blessés et des malades, Goforth aurait répondu: « Les Ursulines, qu'elles prennent patience! », ce à quoi le notaire aurait riposté: « Hé bien, je vais donc dire à ces Dames qu'elles nourrissent vos soldats avec de la patience; nous verrons comme il seront bien gras!".

En 1792, les Ursulines demandèrent au notaire Badeaux de dresser le bilan de leurs dépenses. Modestement, elles demandaient l'équivalent de 130$. Mais le Gouvernement des États-Unis n'a jamais remboursé ces frais d'hospitalisation; les religieuses n'ont jamais été dédommagées de quelque façon que ce soit. Avec les intérêts composés à 6%, cette dette américaine envers les Ursulines de Trois-Rivières s'élevait à 18 894 694 $ en 1980. Aujourd'hui, elle dépasserait sans doute les 20 millions de dollars.

Date1776
CollectionEncyclopédie Trifluviana
Source Thérèse GERMAIN, Autrefois, les Ursulines de Trois-Rivières, une école, un hôpital, un cloître, Sillery, Éditions Anne Sigier, 1997, 347 pages. Daniel ROBERT, "La Bataille de Trois-Rivières" dans un supplément du bulletin municipal Le Trifluvien, Trois-Rivières, mai 2001, 4 pages. Daniel ROBERT, "Hôpitaux, santé et assistance publiques à Trois-Rivières, XVIIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 3, avril 1993, p. 5.

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