Christophe PÉLISSIER (II)

(suite de la fiche précédente)

" 10 à 15 mille louis par campagne de 7 mois; les frais en emportoient les deux tiers; c'étoit donc le tiers net que les intéressés avoient annuellement à partager ". Sans doute y a-t-il beaucoup d'exagération dans cette affirmation puisque, d'après Francis Maseres, " les profits [...] n'ont pas été ceux qu'espéraient les associés qui ont été à peine remboursés de leur frais ".

L'arrivée de Laterrière aux Forges marque, en quelque sorte, le début des malheurs de Pélissier. Celui-ci avait épousé, le 16 octobre 1758, Marthe, fille du chirurgien Gervais Baudouin, qui mourut en 1763. Veuf depuis plusieurs années, Pélissier désirait se remarier avec Marie-Catherine, fille de son ami l'orfèvre Ignace-François Delezenne. Le mariage a lieu à Bécancour le 8 mars 1775, malgré, semble-t-il, la résistance de la jeune fille qui n'a pas encore 20 ans et qui est amoureuse de Laterrière. Lors de l'invasion américaine du Canada en 1775-1776, Pélissier, que Laterrière décrit comme un " grand partisan de John Wilkes et de son système de liberté, partant influencé [...] en faveur des Anglo-Américains, révoltés ", collabore avec les Américains, fournissant entre autres des munitions, bombes et boulets pour le siège de Québec et écrivant au Congrès continental, le 8 janvier 1776, pour lui indiquer les mesures à prendre afin de réussir ce siège. La fortune des armées américaines tourne, et Pélissier, qui apprend le mécontentement de Carleton à son égard, croit préférable de s'enfuir. Le 7 juin 1776, il quitte Trois-Rivières emportant " tout son or et son argent et un compte des avances faites à l'armée du Congrès, se montant à 2 000 louis ". Il va aux États-Unis où il se fait rembourser et travaille quelque temps à Ticonderoga, New York, comme ingénieur avec le rang de lieutenant-colonel. Il retourne ensuite en France, à Lyon. Aux Forges, la direction des travaux est prise en main par Laterrière, avec qui Marie-Catherine va vivre. Les amants auront une fille, Dorothée, en janvier 1778.

Au printemps de cette année-là, Pélissier envoie une procuration à M. Perras de Québec pour vendre les Forges et retirer la part qui lui revient, et pour faire passer en France sa femme et les enfants qu'il avait eus de son premier mariage. Marie-Catherine refuse de quitter Laterrière et sa fille. Pélissier, qui a obtenu la permission de revenir au Canada, arrive en juillet pour réviser ses comptes et essayer de ramener sa femme. Alors qu'il s'occupe avec Laterrière de la liquidation de ses affaires aux Forges, il fait enlever Marie-Catherine et la séquestre. Celle-ci réussit à s'évader et se cache sur l'île de Bécancour, propriété de Laterrière, jusqu'au départ de Pélissier, en octobre. Le mari jaloux, bien décidé à séparer les amants, réussit, avant son départ, à se venger de Laterrière en le faisant arrêter sous l'accusation de collaboration avec les Américains.

Pélissier ne devait jamais plus revenir au Canada. Le 18 décembre 1799, les Jésuites lui retirent une concession située dans la seigneurie du Cap-de-la-Madeleine, qui lui avait été accordée le 29 avril 1767, " attendu l'absence du dit sieur Christophe Pélissier depuis plus de 20 ans ". Pélissier était déjà mort à ce moment-là puisque, le 10 octobre précédent, Pierre Fabre dit Laterrière et Marie-Catherine Delezenne s'étaient mariés, cette dernière " ayant produit des preuves suffisantes de la mort du dt Sieur Pélissier son premier époux ".
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DateInconnue
CollectionEncyclopédie Trifluviana
SourceDaniel Robert, Fichier d'accès rapide à l'histoire, Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières. François DE LAGRAVE, Au pays des Cyclopes: Saint-Michel-des-Forges, 1740-1990, Trois-Rivières, Corporation communautaire de Saint-Michel-des-Forges, 1990, 1087 pages. M.-F. FORTIER, Dictionnaire biographique du Canada en ligne, juillet 2005. Daniel ROBERT, "La vie culturelle trifluvienne, XVIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 10, août 2000, p. 21. Benjamin SULTE, Les Forges Saint-Maurice, Montréal, G. Ducharme Libraire-éditeur, coll. "Mélanges historiques" vol. 6, 1920, 216 p. Albert TESSIER, Les Forges Saint-Maurice, Trois-Rivières, Éditions du Boréal Express.

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