Course des bois (II)

Voir aussi Traite des fourrures, Coureurs des bois

À Saint-Germain-en Laye, le 15 avril 1676, le roi Louis XIV signa une ordonnance par laquelle il retirait à tous les colons le droit de se rendre chez les Amérindiens pour y faire la traite, interdisait l'émission de congés de traite et forçait l'intendant à établir des marchés publics où les Amérindiens pouvaient apporter leurs pelleteries et traiter avec les habitants. Quoique très vertueuse, cette ordonnance n'était pas réaliste: le réservoir de fourrures s'éloignait de plus en plus des grands centres et la course des bois était devenue une nécessité. Dans une nouvelle ordonnance datée du 12 mai 1678, le roi lui-même déplora que celle de 1676 n'ait pas été respectée.

En 1682, les coureurs des bois formaient une sorte de population errante de 500 à 600 hommes, soit le tiers de la population masculine adulte de la colonie. Pour enrayer le fléau et faire revenir ces gens dans la colonie, l'intendant Jacques Duchesneau de La Doussinière et d'Ambault (1675-1682) suggéra d'accorder une amnistie générale puisque, affirmait-il, "toutes les familles comptent des coureurs des bois". L'amnistie fut accordée par le roi en 1681 qui, par la même occasion, limita à 25 le nombre annuel de congés de traite. Des peines sévères attendaient ceux qui défiaient l'ordonnance: le fouet à la première offense, marquage au fer rouge à la deuxième offense, la galère à perpétuité pour les récidivistes.

À l'instar de Frontenac, le gouverneur La Barre se mêla lui aussi de traite des fourrures, s'alliant à deux des principaux marchands de la Nouvelle-France: Aubert de La Chesnaye et Jacques Le Ber. La contrebande, protégée par le gouverneur, s'accrût. La Barre accorda même aux Iroquois la permission de piller les canots de ceux qui n'avaient pas de permis de traite, de sorte que la contrebande se faisait souvent au profit des Anglais! Le système des congés de traite était toujours en vigueur, mais la limite maximale de 25 était presque toujours dépassée.

Le nombre de coureurs des bois partant à la traite sans congé ni permission augmentait sans cesse. Le 12 mai 1691, l'intendant Jean Bochard de Champigny notait ainsi la propension des jeunes Canadiens à préférer la vie dans les bois: "Il est bien fâcheux que la jeunesse canadienne, qui est vigoureuse, de grande fatigue, ne puisse presque rien goûter que ces sortes de voyages, où ils vivent dans les bois comme des Sauvages...".

Cinq ans plus tard, en 1696, le roi Louis XIV émit une ordonnance limitant les activités de traite autour des établissements situés le long du fleuve Saint-Laurent, supprimant les congés de traite et interdisant la course des bois, "à peine des galères". Cette ordonnance fut un tournant dans l'histoire des coureurs de bois. Le 19 mars 1714, le roi accorda une amnistie conditionnelle à ces colons-coureurs des bois "que leur légèreté a jeté dans ce mauvais parti".

En 1716, le Régent de France, Philippe d'Orléans, permit qu'on accorda encore 25 congés de traite. Mais, devant les abus, les congés furent supprimés quatre ans plus tard. La décision ne fut toutefois appliquée par les autorités coloniales qu'en 1723. Enfin, trois ans après le début de son règne, le roi Louis XV rétablit le système des congés qui resta inchangé jusqu'à la fin du Régime français.

DateInconnue
CollectionEncyclopédie Trifluviana
SourceDaniel Robert, Fichier d'accès rapide à l'histoire, Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières. Pierre CÉCIL, "Trois-Rivières et sa région. Pépinière d'explorateurs, d'aventuriers et de héros", dans Le Nouveau Mauricien, 1ère partie, vol. 6, no 1 (juin 2000), p. 18-19 et 2e partie, vol 6, no 2 (décembre 2000), p. 14-17. Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 11, juin 2001, p. 9 et 10. Jeanne POMERLEAU, Les coureurs de bois; la traite des fourrures avec les Amérindiens, Sainte-Foy, Éditions J.-C. Dupont, 1994, 144 pages.

Poster le commentaire