Déjà sous le Régime français (1608-1760), les Canadiens étaient différents des Français. Nés dans un pays aux grands espaces, imprégnés de l'esprit de liberté, d'égalité et d'indépendance que leur transmettaient les Amérindiens, les Canadiens s'étaient "acclimatés". Ils avaient adapté les moeurs européennes à leurs propres besoins et à leur tempérament; ils avaient adopté les savoir-faire millénaires des autochtones; ils avaient inventé des mots pour désigner leur réalité (tuque, micmac, pichou, poudrerie, etc.), des outils et des techniques qui répondaient aux nécessités de cette vastitude de forêt et d'eau, aux rigueurs de ce pays de neige et de froid. Fiers, indociles et orgueilleux, ils avaient rejeté les privilèges et les classes sociales fondées sur la fortune et les traditions; il "ne reconnaissent presque personne au-dessus d'eux" (Joseph Navières, curé de Sainte-Anne-de-Beaupré, 1735-1740).
Bref, le Canadien n'était plus le Français venu s'établir au Canada; la patrie du Canadien, c'était le Canada. Les Français canadiens ou "créoles du Canada", comme les appellait le père Pierre-François-Xavier de Charlevoix, se distinguaient nettement des Français et cette différence, reconnue par les Français eux-mêmes ainsi que par les visiteurs européens, se trouvait non pas dans la langue, qui était sensiblement la même, ni dans l'histoire qui était trop jeune, mais dans la culture.
La culture est, pourrait-on dire, l'ensemble des productions de l'esprit: les arts et les sciences. Elle représente une part importante du savoir et elle détermine le degré d'évolution d'un individu ou d'une société vivant sur un territoire. Avec l'environnement, la langue et l'histoire, elle contribue à façonner les moeurs, coutumes et traditions d'un peuple, à donner une identité propre à une société, à donner naissance à une nation.
Dès le XVIIe siècle, les Canadiens formaient une société distincte, une nation. L'histoire du Québec est d'ailleurs truffée d'exemples illustrant les rivalités qui pouvaient exister entre Canadiens et Français: le cas du général français Louis-Joseph marquis de Montcalm et du gouverneur canadien de la Nouvelle-France, Pierre de Rigaud de Vaudreuil, n'est que le plus connu.
Le caractère du Canadien fut évident à partir de la Conquête britannique et s'accrut davantage au fur et à mesure qu'il sentit le besoin de s'affirmer, depuis l'Acte de Québec (1774) jusqu'à l'Entente du lac Meech en passant par le Rapport Durham (1839), l'Acte de l'Amérique du Nord britannique (1867) et le plébiscite sur la conscription (1942).
Privés de leurs relations avec la mère-patrie en 1760, forcés de cohabiter avec des Anglo-Saxons, confrontés à diverses tentatives d'assimilation des autorités coloniales, puis soumis à la domination économique des Américains, les Canadiens sont devenus des Canadiens-Français, puis des Québécois.
Mais la culture du Québécois a aussi évolué. Elle est faite aujourd'hui de ce mélange d'un peu d'amérindianicité, d'une bonne part de francité, d'anglicité et de canadianicité et de beaucoup d'américanicité. À l'ère des télécommunications, de l'Internet et de la globalisation mondiale, la culture québécoise, comme les autres cultures menacées, doit se refaire sur elle-même.