Éducation à Trois-Rivières

Plusieurs années avant même la fondation de Trois-Rivières (1634), les Récollets établis à Québec commencèrent à exercer leur apostolat au petit poste de traite situé au confluent de la rivière Saint-Maurice et du fleuve Saint-Laurent.
En effet, en 1617, le père Joseph Le Caron y envoya le frère Pacifique Duplessis, apothicaire de formation, pour tenter la conversion de quelques Amérindiens. Dans une cabane sur le Platon, dominant le fleuve, le frère Duplessis recevaient les petits Algonquins: les uns, malades, y trouvaient soins et réconfort, les autres y apprenaient les premiers éléments de la langue française et du petit catéchisme. De ce fait, on accorde généralement le titre de "premier maître d'école" au frère Duplessis. De toute évidence, c'était l'enseignement réduit à sa plus simple expression. Beaucoup d'eau allait couler devant le Platon avant que Trois-Rivières ne fusse dotée d'un véritable réseau d'écoles primaires répondant aux besoins de sa population.Durant tous les XVIIe et XVIIIe siècles, la plupart des religieux en poste à Trois-Rivières joignirent à leurs tâches habituelles celle d'enseignant.Le frère Pacifique Duplessis étant mort à Québec en 1619, Pierre Langoisseux lui succéda et devint, en 1622, membre de l'Ordre des Frères mineurs sous le nom de frère Charles. Le Récollet exerça à Trois-Rivières jusqu'en 1629, année de la prise de Québec par les Anglais qui forcèrent les religieux à retourner en France.Après la rétrocession du pays à la France, en 1632, les pères missionnaires, curés de la ville, se succédèrent: Jésuites (1634-1665 et 1669-1671), Sulpiciens (1666-1668) et, à nouveau, Récollets (1671-1682 et 1693-1777). La majorité d'entre eux - croit-on - enseignèrent à de jeunes Trifluviens, réservant sans doute leurs leçons aux plus doués des moins fortunés. Les autres, plus nombreux, durent s'en remettre aux enseignants laïques: les uns maîtres d'école "à temps partiel", les autres précepteurs, d'autres encore enseignants itinérants.

Le notaire royal Séverin Ameau (1620-1715) est regardé comme l'un des premiers instituteurs laïques de Trois-Rivières. Arrivé dans la ville en 1652 et logeant à l'angle des rues Saint-Pierre et Saint-Jean (1663), tout près de la résidence du gouverneur Pierre Boucher, il enseigna aux garçons, pendant au moins 35 ans, les premières notions de lecture, d'écriture et de calcul.Un sergent de la garnison de Trois-Rivières, arrivé vers 1663, René Rémy dit Champagne, fut le premier à réclamer le titre de "maître d'école". Concurrent ou peut-être même associé, pendant un temps, de Séverin Ameau, Rémy dit Champagne demandait une livre par mois "pour l'escholage" d'un enfant, comme le précise un document daté du 21 août 1666. Un autre notaire, Jean-Baptiste Pothier, établi dans la ville vers 1698, aurait aussi enseigné aux jeunes Trifluviens après avoir tenu une école à Lachine depuis 1676. Enfin, le sacristain de l'église paroissiale, Pierre-François Rigault, aurait aussi été maître d'école puisqu'il fut rémunéré comme tel par la fabrique de Trois-Rivières. Peut-être avait-il occasionnellement remplacé le curé ?

Certaines familles un peu plus fortunées trouvaient, en engageant un précepteur, le moyen d'assurer un minimum d'instruction à leurs enfants. Enseignant contractuel, le précepteur allait de maison en maison dispenser des cours privés. Les précepteurs, comme les familles aisées, n'étaient pas légion; les exemples sont peu nombreux. Pierre Bertrand fut l'un d'eux. Le 4 novembre 1681, il s'engagea par écrit à donner son enseignement aux enfants de François Hertel aussitôt son contrat terminé avec monsieur Desruisseaux.

Les enseignants itinérants, dont nous connaissons peu de choses, allaient dans les campagnes et de village en village. Des laïcs pour la plupart, comme certains "fils de famille" français exilés au Canada par lettre de cachet. Des religieuses aussi. Sœur Marie Raisin, une des Filles séculières de la Congrégation de Notre-Dame (fondée à Montréal en 1658 par Marguerite Bourgeoys), parcourut ainsi les rives du Saint-Laurent avec une compagne, s'arrêtant occasionnellement à Trois-Rivières entre 1661 et 1665.

À la fin du XVIIe siècle, le petit bourg de Trois-Rivières était encore dépourvu d'une véritable école, c'est-à-dire un établissement permanent, ouvert à un grand nombre d'enfants et offrant un enseignement continu et progressif. Les enfants des familles bien nanties pouvaient toujours aller à Champlain ou s'exiler dans les régions de Québec ou de Montréal pour recevoir une éducation de qualité, par exemple chez les Sulpiciens ou les Jésuites. Mais pour tous les autres, la situation scolaire était plutôt navrante. Les autorités religieuses s'en montrèrent inquiètes. Aussi, en 1692, Mgr Jean-Baptiste de la Croix Chevrières de Saint-Vallier, deuxième évêque de Québec (1688-1727), chercha-t-il à convaincre Mère Marguerite Bourgeoys (1620-1700) d'envoyer deux de ses Filles à Trois-Rivières pour y établir une école permanente. La maison a-t-elle été fondée? Nous l'ignorons. Les Sœurs de la Congrégation furent effectivement présentes dans la région pendant les trois années suivantes, mais vraisemblablement à titre d'enseignantes itinérantes, comme l'avaient été sœur Raisin et sa compagne.

Devant cet échec, l'évêque de Québec décida de regarder du côté des Ursulines qui déjà, depuis 1639, s'occupaient de l'éducation des jeunes filles de la ville épiscopale. De retour d'Europe, le 9 septembre 1697, il entama des pourparlers avec la communauté religieuse.

Voulant faire d'une pierre deux coups, il invita les Ursulines à fonder non seulement un couvent mais aussi un hôpital pour les malades "les plus nécessiteux". Les religieuses acceptèrent la proposition de l'évêque et, le 8 octobre suivant, un contrat notarié fut signé par les deux parties. Trois sœurs ursulines, formant un premier contingent, arrivèrent peu après à Trois-Rivières et s'installèrent d'abord dans l'ancienne maison du gouverneur, sur le Platon. Puis, à la fin de 1700 ou au début de 1701, elle emménagèrent dans une nouvelle maison sur la rue Notre-Dame (des Ursulines), dans le fief Hertel, hors de l'enceinte fortifiée. La fondation d'un couvent par les Ursulines constituait une excellente solution à une partie du problème scolaire trifluvien: l'éducation des jeunes filles. Restait à résoudre la question d'une école pour les garçons. Une génération entière passa encore avant que celle-ci ne devienne réalité... pour un temps.

C'est, en effet, en 1720 que l'Institut des Frères hospitaliers de la Croix et de Saint-Joseph, fondé à Montréal en 1694 par François Charon de La Barre (décédé à La Rochelle en 1719), envoya à Trois-Rivières deux frères de la Charité (appelés communément Frères Charon): les frères Antoine de La Girardière et François Simonnet de la Croix. Pendant 16 ans, ces religieux se vouèrent à l'instruction des garçons trifluviens, installés en 1724 dans une maison bâtie sur un terrain donné à l'Institut par René Godefroy de Tonnancour, procureur du roi et lieutenant-général de Trois-Rivières. Mais de nombreuses difficultés, de recrutement et de financement en particulier, obligèrent la communauté à restreindre ses activités. Les Frères de la Charité quittèrent finalement la ville en 1736 (l'Institut lui-même disparut en 1747). En somme, plus d'un siècle après sa fondation, Trois-Rivières retournait à sa position initiale concernant l'éducation des garçons, s'en remettant encore aux Récollets (jusqu'en 1777), curés et notaires.

Vers 1790, la ville de Trois-Rivières était dotée d'une école de filles permanente (chez les Ursulines), d'une ou deux écoles de garçons (dont l'une était tenue par un nommé Lépine, en 1804) et d'une ou deux écoles protestantes (dont l'une était dirigée par William Nelson, père de Wolfred et Robert Nelson qui prirent part aux insurrections de 1837-1838), pour une population totale de 1 213 âmes. Le nombre d'écoles de garçons, déjà insuffisant, devint un problème alarmant vers 1815, alors que la population trifluvienne (2 500) avait plus que doublé.

En 1801, le Parlement adopta la première loi scolaire au Canada. Cette loi, qui créait l'Institution royale pour l'avancement des sciences, favorisa l'implantation de nombreuses écoles élémentaires (84 en 1829) dans tout le Bas-Canada, dont une à Trois-Rivières: tenue par Selby Burn, en 1830, cette école royale comptait 34 élèves, en majorité des anglophones. La plupart des élèves payaient une rétribution mensuelle de 1 sol 3 deniers à 2 sols 6 deniers, selon les moyens des parents, mais quelques-uns étaient admis gratuitement.

En 1829, la Législature adopta la Loi des écoles de syndics afin de remédier à l'injustice créée précédemment. Cette nouvelle loi allait, en somme, avoir la même incidence sur les écoles francophones (catholiques) que l'Institution royale avait eue sur les écoles anglophones (protestantes), puisqu'elle permettait aux premières, comme aux secondes, de recevoir des octrois du gouvernement et d'exiger une rétribution mensuelle des élèves. D'éminents citoyens de Trois-Rivières, dont le juge Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal, surent alors profiter de cette législation pour fonder, le 3 novembre 1830, la Société d'éducation de Trois-Rivières et établir enfin la première école de garçons permanente: l'école Sainte-Ursule, qui ouvrit ses portes le 20 janvier 1831.

C'est, en effet, en 1720 que l'Institut des Frères hospitaliers de la Croix et de Saint-Joseph, fondé à Montréal en 1694 par François Charon de La Barre (décédé à La Rochelle en 1719), envoya à Trois-Rivières deux frères de la Charité (appelés communément Frères Charon): les frères Antoine de La Girardière et François Simonnet de la Croix. Pendant 16 ans, ces religieux se vouèrent à l'instruction des garçons trifluviens, installés en 1724 dans une maison bâtie sur un terrain donné à l'Institut par René Godefroy de Tonnancour, procureur du roi et lieutenant-général de Trois-Rivières. Mais de nombreuses difficultés, de recrutement et de financement en particulier, obligèrent la communauté à restreindre ses activités. Les Frères de la Charité quittèrent finalement la ville en 1736 (l'Institut lui-même disparut en 1747). En somme, plus d'un siècle après sa fondation, Trois-Rivières retournait à sa position initiale concernant l'éducation des garçons, s'en remettant encore aux Récollets (jusqu'en 1777), curés et notaires.

Vers 1790, la ville de Trois-Rivières était dotée d'une école de filles permanente (chez les Ursulines), d'une ou deux écoles de garçons (dont l'une était tenue par un nommé Lépine, en 1804) et d'une ou deux écoles protestantes (dont l'une était dirigée par William Nelson, père de Wolfred et Robert Nelson qui prirent part aux insurrections de 1837-1838), pour une population totale de 1 213 âmes. Le nombre d'écoles de garçons, déjà insuffisant, devint un problème alarmant vers 1815, alors que la population trifluvienne (2 500) avait plus que doublé.

En 1801, le Parlement adopta la première loi scolaire au Canada. Cette loi, qui créait l'Institution royale pour l'avancement des sciences, favorisa l'implantation de nombreuses écoles élémentaires (84 en 1829) dans tout le Bas-Canada, dont une à Trois-Rivières: tenue par Selby Burn, en 1830, cette école royale comptait 34 élèves, en majorité des anglophones. La plupart des élèves payaient une rétribution mensuelle de 1 sol 3 deniers à 2 sols 6 deniers, selon les moyens des parents, mais quelques-uns étaient admis gratuitement.

En 1829, la Législature adopta la Loi des écoles de syndics afin de remédier à l'injustice créée précédemment. Cette nouvelle loi allait, en somme, avoir la même incidence sur les écoles francophones (catholiques) que l'Institution royale avait eue sur les écoles anglophones (protestantes), puisqu'elle permettait aux premières, comme aux secondes, de recevoir des octrois du gouvernement et d'exiger une rétribution mensuelle des élèves. D'éminents citoyens de Trois-Rivières, dont le juge Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal, surent alors profiter de cette législation pour fonder, le 3 novembre 1830, la Société d'éducation de Trois-Rivières et établir enfin la première école de garçons permanente: l'école Sainte-Ursule, qui ouvrit ses portes le 20 janvier 1831.

Pendant les dix années suivantes, la Société d'éducation de Trois-Rivières assuma la direction de l'école de garçons Sainte-Ursule, tandis que les Ursulines continuaient leur œuvre d'éducation auprès des jeunes filles. Il est probable, de plus, que l'école royale de Selby Burn fut en opération durant toute cette décennie (1831-1841) et qu'un petit réseau d'écoles privées coexistait avec les écoles subventionnées. Combien y avait-il d'établissements en tout ? Nous l'ignorons. Peut-être 5 ou 6 ? Mais, quel que fut ce nombre, il était nettement insuffisant pour desservir toute la population scolaire de Trois-Rivières qui, en 1841, comptait environ 3 800 âmes. Une nouvelle législation, adoptée cette année-là, allait toutefois transformer radicalement l'organisation des écoles à Trois-Rivières comme dans tout le pays.

Suite à la publication du rapport de John George Lambton (lord Durham) sur les affaires de l'Amérique du Nord britannique, contenant le rapport d'enquête du commissaire Arthur Buller sur l'éducation dans le Bas-Canada, le Parlement adopta la Loi de l'instruction publique (1841) qui visait la scolarisation de tous les enfants âgés entre 5 et 15 ans et l'établissement d'un véritable système d'écoles publiques. Toutes les écoles subventionnées passèrent alors sous la juridiction des conseils municipaux. L'éducation des enfants devenait ainsi l'une des compétences des corporations locales, au même titre que la construction de ponts et l'entretien des chemins. Mais les conseils municipaux bénéficiaient du pouvoir de taxation, que n'avaient pas les fabriques et les syndics; leurs revenus, plus importants, permettaient d'établir et de soutenir des écoles en nombre suffisant pour répondre aux besoins de la population. Enfin, quatre ans plus tard, soit en 1845, on créa des commissions scolaires indépendantes des corporations municipales, chacune des deux institutions conservant son pouvoir de taxation. Voilà qu'était mis en place le fondement de tout le système scolaire du Québec qui demeura à peu près inchangé jusqu'à la réforme des années 1960.

À Trois-Rivières, la Société d'éducation céda rapidement la place, d'abord au conseil municipal, puis à une commission scolaire. On divisa le territoire paroissial en arrondissements scolaires et, dans chacun où il ne se trouvait pas déjà une école, on loua ou on acheta une maison et on engagea un instituteur ou une institutrice.

Ainsi, au début de la décennie 1840, au moment où les commissaires mirent en place un réseau d'écoles, l'axe des rues du Platon - des Forges - Lejeune servait de ligne de division des arrondissements scolaires. Outre l'école de filles des Ursulines et l'école de garçons Sainte-Ursule, au moins deux autres écoles de garçons se trouvaient au nord-est de cette ligne: celle de Peter Scannell et celle de monsieur Jeannet ou celle de monsieur Paillé. Il est vraisemblable qu'on y trouvait aussi une ou deux autres écoles de filles: celles d' Éléonore Mathilde Labarre (1845), de dame Esthier (1850), dame Jean-Baptiste Milette (1851) ou dame E. Olivier (1851), tandis que dame Joseph Lagassé et Rose Bélisle enseignaient en banlieue (1845).

L'école Sainte-Ursule, dans l'arrondissement no 1, fut confiée aux Frères des Écoles chrétiennes en 1844. Avec les Ursulines, les Frères formaient un corps professoral solide et suffisamment nombreux pour répondre rapidement aux attentes des commissaires d'école, des parents et de la clientèle scolaire. Aussi, l'arrivée de cette deuxième communauté religieuse vouée à l'enseignement apparaît-elle comme le prélude à un fort courant qui finira par redonner au clergé le contrôle de l'éducation de la jeunesse. En 1901, alors que la population trifluvienne (9 981) avait doublé par rapport à celle (4 936) de 1851, ces deux communautés de frères et de sœurs avaient ouvert ou pris la direction de quatre autres écoles: Saint-Philippe (1874), Sainte-Marie (1890), Saint-Louis-de-Gonzague (1891) et Sainte-Angèle (1903).

Durant la première moitié du XXe siècle, d'autres communautés religieuses vinrent se joindre aux Ursulines et aux Frères des Écoles chrétiennes pour grossir le corps professoral et, surtout, pour prendre en main la direction des écoles établies dans les nouvelles paroisses érigées au nord des premiers quartiers, à mesure que la ville prenait de l'expansion. La plus importante d'entre elles est sans doute celle des Filles de Jésus. Dispensant l'enseignement tant aux garçons qu'aux filles, les Filles de Jésus ouvrirent d'abord le Jardin de l'Enfance (1903), puis s'établirent dans la plupart des paroisses pour y tenir d'autres écoles primaires: Sainte-Cécile (1919), Sainte-Marie (1924), Marie-Immaculée (1924), Sainte-Marguerite (1929), Saint-François-d'Assise (1930), Sainte-Thérèse (1940) et Notre-Dame-de-la-Paix (1946). Les Frères de l'Instruction chrétienne, arrivés à l'école Saint-Paul en 1926, dirigèrent deux autres écoles à Trois-Rivières: Chamberland (1943) dans la paroisse Sainte-Marguerite et Saint-Jean-Bosco (1945) dans Saint-François-d'Assise. Puis les Sœurs de l'Assomption de la Sainte-Vierge prirent en main l'école anglaise Saint Patrick (1929) et l'école Dominique-Savio (1957). Durant ce temps, les Ursulines et les Frères des Écoles chrétiennes ouvraient aussi d'autres établissements scolaires: Sainte-Julie (1910) et Saint-François-Xavier (1921) dans Notre-Dame-des-Sept-Allégresses, Saint-Sacrement (1928) dans la paroisse du même nom et, plus tard, Marie-LeNeuf (1956) dans la paroisse Saint-Pie-X.

Au milieu des années 1960, la ville de Trois-Rivières comptait pas moins de 29 écoles élémentaires pour desservir une population d'environ 55 000 âmes. L'école Sainte-Ursule était devenue un établissement d'enseignement secondaire (De La Salle, 1964), de même que l'école Saint-Louis-de-Gonzague. Deux autres avaient fermé leurs portes: Sainte-Julie (1921) et Dominique-Savio (1961). Mais, dans les paroisses en développement et dans le secteur Saint-Michel- des-Forges, annexé à Trois-Rivières en 1961, on comptait alors 10 écoles de plus: Père-Daniel, Jean-Godefroy, Saint-Jean-de-Brébeuf, Saint-Pie-X, Séverin-Ameau, Jacques-Buteux, Marguerite-d'Youville, Notre-Dame-de-la-Salette, Maurice-Poulin et Saint-Michel-des-Forges.

La réforme scolaire des années 1960 et les difficultés de recrutement des religieux et religieuses amenèrent les communautés à abandonner la direction de la plupart des écoles de paroisses aux profits des laïcs. Puis, durant la décennie 1970, une baisse marquée de la clientèle scolaire força le regroupement des élèves, garçons et filles, dans des écoles mixtes et la fermeture de bâtiments devenus inutiles. En 1994, Trois-Rivières ne comptait plus que 17 écoles élémentaires, soit à peu près le même nombre qu'en 1930. L'école Cardinal-Roy avait remplacé l'école Séverin-Ameau et plusieurs autres établissements avaient pris un nouveau nom, reflétant ainsi le mouvement de laïcisation des institutions scolaires: De La Terrière et Du Moulin au lieu de Saint-Jean-de-Brébeuf et Jean-Godefroy, Mond'Ami au lieu de Marie-Immaculée. Quant aux anciens édifices ayant servi d'écoles élémentaires, quelques-uns connaissaient encore une vocation éducationnelle, telle l'ancienne école Chamberland, devenue le Centre de formation et d'intégration au travail et Saint-François-Xavier, devenue le Centre d'éducation aux adultes. D'autres avaient subi des transformations majeures afin de les adapter à de nouvelles vocations, telle l'école Sainte-Marguerite devenue la résidence Fernand-Goneau. D'autres encore avaient connu un sort moins heureux et étaient complètement disparues du paysage trifluvien: c'est le cas de l'école de filles Sainte-Angèle, démolie en 1980 pour faire place à la résidence Louis-Denoncourt.
* * *

Les Ursulines, première communauté religieuse établie à Trois-Rivières pour y rester, mirent pied dans le petit bourg au cours de l'année 1697-1698. Sitôt arrivées, elles ouvrirent une école pour l'éducation des jeunes filles, enfants des familles de colons, mais aussi des Amérindiennes de la région.

L'apprentissage des premiers éléments de la doctrine chrétienne, par le catéchisme, était, bien sûr, au programme d'enseignement, de même que la lecture et l'écriture. Pour promouvoir la connaissance de l'orthographe et des règles de la grammaire française, les religieuses développèrent, telle que préconisée par les Ursulines de Paris depuis 1612, l'habitude pédagogique de la dictée quotidienne obligatoire, inscrite au "tableau de l'emploi du temps" affiché dans chaque classe. Les élèves apprenaient aussi à "manier l'aiguille et le balai". Très tôt, on ajouta à ce programme quelques notions en sciences humaines, rejoignant ainsi l'essentiel de la formation donnée aux enfants de la bourgeoisie française.

L'absence d'imprimerie au Canada, sous le Régime français, rendait parfois la tâche difficile aux enseignantes. Tous les livres et journaux arrivaient de France... quand ils arrivaient. En temps de guerre, les imprimés étaient plutôt rares. Quelques années avant la Conquête anglaise, les Ursulines de Trois-Rivières ne disposaient que d'une seule grammaire française. La maîtresse plaçait alors, sur un pupitre au milieu de la classe, le précieux livre ouvert à la page de la leçon du jour, retenue par un cadre de bois. Les élèves, tour à tour, apprenaient la leçon. Seule la maîtresse avait le droit de tourner les pages.
La population scolaire augmenta sans cesse entre 1841 et 1950. Le tableau ci-dessous présente la progression du nombre d'élèves ainsi que le nombre d'écoles dans la ville de Trois-Rivières durant cette période:

1850 128 élèves 2 écoles sous contrôle des commissaires, mais il y a 205 élèves au couvent des
Ursulines (institution indépendante)
1872-73 1 400 élèves 8 écoles élémentaires dont 2 indépendantes et externat des Ursulines
1899-1900 1 566 élèves 8 écoles élémentaires, 2 écoles modèles, 2 académies
1919 4 112 élèves 13 écoles de niveau élémentaire
1925 5 516 élèves 13 écoles de niveau élémentaire
1950 6 112 élèves 19 écoles de niveau élémentaire
1975 5 063 élèves 19 écoles de niveau élémentaire
1994-1995 2 925 élèves 17 écoles de niveau élémentaire

En 1899, il y a 1 566 élèves inscrits aux cours élémentaire, modèle et académique. L'assistance moyenne est de 1 277 élèves, soit 82 %. La baisse du nombre d'écoliers en 1975 correspond à la nouvelle tendance de notre société qui limite les naissances. Si nous poussons plus loin la comparaison, nous constatons que le nombre total d'élèves à l'élémentaire et au secondaire pour l'année 1994 est de 5 472, alors qu'en 1975 les élèves du primaire totalisaient 5 063.

Convaincre parents et élèves que l'assiduité va de pair avec un apprentissage efficace, voilà le cheval de bataille de tous les promoteurs de l'éducation pendant près d'un siècle. De 1841 à 1943, date de l'adoption de la loi sur la fréquentation scolaire obligatoire et gratuite pour les enfants âgés de 6 à 14 ans, l'assistance à l'école présentait quelques lacunes.

CollectionEncyclopédie Trifluviana
Source Jocelyne MURRAY, "Quelques reflets de la vie scolaire, d'hier à aujourd'hui", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 5, avril 1995, p. 21 Daniel ROBERT, "Les petites écoles à Trois-Rivières, XVIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 5, avril 1995, p. 1, 6 et 9-11.

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