Exposition de Trois-Rivières

Au milieu du XIXe siècle, le Bureau d'agriculture du Bas-Canada, en collaboration avec l'Association d'agriculture et les sociétés agricoles de comté organisait des expositions agricoles et, à l'occasion, agricoles et industrielles. Celle qui se tint à Trois-Rivières en 1856, s'inscrivait dans un vaste mouvement des sociétés d'agriculture qui ont proliféré dans les années 1840. Présentes dans les comtés, elles mettaient sur pied des expositions et des concours où l'on décernait des prix et des récompenses. Le but était évidemment de montrer l'avancement de l'agriculture, d'enseigner les méthodes et les techniques qu'on souhaitait voir adopter par tous, de stimuler l'émulation chez les cultivateurs, bref, d'encourager l'agriculture.

Trois-Rivières se porta donc candidate, en 1855, pour 1'exposition de 1856, qu'elle désirait tenir sur le coteau. En compétition avec Saint-André-d'Argenteuil, elle sut faire valoir sa localisation au milieu de comtés populeux, la fertilité des campagnes environnantes et la facilité d'accès que lui procuraient les voies de communication. Pour emporter la décision, Trois-Rivières accorda un octroi de 250 dollars à 1'Association d'agriculture du Bas-Canada. L'exposition provinciale, prévue pour une durée de trois jours, s'ouvrit le 17 septembre, sur le site du futur cimetière Saint-Louis.

L'édition du 18 septembre 1856 de L'Ère nouvelle, le journal local, raconte que le temps brumeux n'a pas découragé une foule inaccoutumée de se rendre, dès l'aurore, sur le lieu de l'exposition. Du nombre, sans doute beaucoup de visiteurs qui profitèrent du coût de passage réduit sur le bateau à vapeur. Parvenus sur le site, ils y voyaient les animaux de ferme, les outils, les instruments et les machines aratoires, les produits de l'agriculture, de l'horticulture et ceux des travaux domestiques. On y admira les dentelles, les couvertures, les fleurs artificielles faites par les soeurs Ursulines. D'autres choses aussi, objets hétéroclites comme des harnais, des poêles, des machines à coudre côtoyaient les instruments et les objets présentés par les chirurgiens-dentistes. Ainsi, le docteur Trestler attirait l'attention générale avec "diverses sortes de dentiers en porcelaine montés en or et en platine, deux crânes et une petite mâchoire".

D'autres exposants avaient installé leur tente autour de l'enclos. Ce qu'ils proposaient avait bien peu a voir avec le thème de l'exposition mais accompagnait toujours ce genre d'événement. Là se trouvait, entre autres choses, la célèbre ménagerie Guilbault avec sa collection d'oiseaux rares, d'animaux sauvages tels lions, tigres, singes, de "moutons à quatre cornes et à cinq pattes" lit-on dans L'Ère nouvelle. Sous une autre tente paradaient la "Grosse Femme", la "Femme Ourse", le "Squelette Vivant".

D'autres expositions eurent lieu à Trois-Rivières au cours des années suivantes, mais non sur le coteau. Ainsi, l'"exposition de produits agricoles, manufacturés, domestiques et d'animaux" qui envahit le marché à foin le 17 novembre 1857. Il fallut attendre 1896, année de la première exposition régionale, pour voir le coteau s'imposer, se voir reconnaître comme le terrain de l'Exposition.

1896: première exposition annuelle

Au mois de février 1896,1'idée fut lancée de préparer une exposition agricole et industrielle pour le district de Trois-Rivières, à l'exemple de celle des Cantons de l'Est, à Sherbrooke. La "Grande exposition canadienne de la Vallée du Saint-Laurent" avait pour patron l'Association agricole du district de Trois-Rivières (AADTR) et P.-E. Panneton, ancien maire de Trois-Rivières, présidait le comité d'organisation. Celui-ci partit en tournée de promotion, se rendant à Nicolet, Louiseville, Champlain et dans d'autres lieux afin d'obtenir la participation des sociétés d'agriculture du district. Il cherchait également à récupérer l'octroi gouvernemental de 800 dollars accordé à chacune des expositions locales.

Les appuis ne manquèrent pas. Ils vinrent notamment de la part de plusieurs maires du district, des personnages influents comme le conseiller législatif F.-X.-O. Méthot, du consul des États-Unis à Trois-Rivières, du commissaire de l'agriculture de la Province et de l'épiscopat trifluvien. Au mois d'avril, les gouvernements fédéral et provincial ainsi que les sociétés d'agriculture des cinq comtés donnèrent leur aval. Le 26 mai, l'AADTR décida d'acquérir la propriété du "parc Saint-Louis" appelée "Les courses", et d'y tenir la première exposition régionale qui sera agricole, commerciale et industrielle et à laquelle on greffa un important programme d'activités et d'attractions.

L'exposition s'ouvrit le lundi 14 septembre. Tentons, par l'imagination, de suivre un des très nombreux visiteurs. Nommons-le Royal, cultivateur de Pointe-du-Lac. Royal a pu bénéficier d'une réduction consentie par la compagnie de chemin de fer sur le prix du passage, à l'instar des visiteurs qui ont franchi gratuitement les ponts sur la rivière Saint-Maurice, ou de ceux qui traversèrent le fleuve à bord des bateaux à vapeur Glacial et Bourgeois. Il se dirige d'abord du côté du Pavillon de l'industrie laitière. Au centre du pavillon sont installés les exhibits de la ferme expérimentale d'Ottawa. Les tables sont garnies des spécimens d'une grande variété de grains: orge, blé, avoine, seigle, ainsi que des herbes, plantes, légumes et fruits parmi les espèces les plus rares. L'aile droite sert à montrer des produits de la ferme: beurre, fromage, miel, sirop, sucreries, par exemple. Dans l'aile gauche sont installées des fabriques modèles de beurre et de fromage ainsi qu'une laiterie en opération, sous la surveillance du surintendant de l'École laitière de Saint-Hyacinthe. Royal a l'opportunité d'examiner les échantillons de lait et d'obtenir toutes les explications sur les opérations de la fabrication du beurre.

Royal, qui est producteur laitier, est plutôt heureux de ce qu'il vient de voir car il a le sentiment de connaître et d'appliquer ces techniques. Il monte ensuite à l'étage où niche le "royaume des fées", le siège de l'industrie domestique: flanelles, étoffes, broderies soyeuses, tricots, dessins, peintures, objets d'art, mets culinaires, vins et liqueurs maison dégagent une atmosphère chaleureuse. L'invitation est grande à s'arrêter, à parler, à goûter. Mais la journée avance et il y a encore beaucoup à voir. Royal se rend ensuite au Pavillon de l'industrie.Ici sont alignés les stands de plusieurs entreprises bien connues: L.P. Langlois et Cie fabrique sur place des cigares qu'il distribue; C.P. Gélinas et Frère montre les produits de sa manufacture de bois: pelles, balais, chaises, etc.; James Tebbutt et Frère fait de même avec ses chaussures; Eugène Godin se livre devant tous à des expériences d'éclairage au gaz acétylène; P.-F. Pinsonneault expose une collection de photographies et de portraits au crayon. Bref, un éventail riche des produits offerts à la consommation de Royal qui, sorti du bâtiment, entreprend la visite des tentes qui servent d'annexes au Pavillon de l'industrie: les collections de voitures de Lymburner et Edmond Bellefeuille, des monuments en marbre de la compagnie E.-A. Lacroix, une série d'instruments aratoires et de machines agricoles.

Le tour de l'exposition s'achève avec la visite des bâtiments qui renferment les animaux: chevaux, bovins, ovins, porcs, volailles et différents oiseaux. Son oeil connaisseur le fait s'arrêter ici et là pour discuter, par exemple, avec un propriétaire qui bichonne ses bêtes. Mais l'heure du départ n'a pas encore sonné car Royal entend bien profiter des attractions. Déjà durant l'heure du midi, il a goûté le concert de la fanfare de l'Union musicale et il s'est bien promis d'aller voir les courses de chevaux entrecoupées du spectacle des acrobates, des trapézistes et des funambules. Il regrette de n'avoir pu assister à la conférence sur l'agriculture, lui préférant la séance de projection à la lanterne magique. Lorsqu'il pénètre dans la salle, oh surprise! Royal y voit réunis l'évêque Laflèche, le premier ministre E. J. Flynn et le père Frédéric. Décidément, la journée lui avait ménagé beaucoup de plaisir et de surprises. Au dire du journal local, il ne fut pas le seul car les éloges plurent sur l'organisation trifluvienne qui obtint un succès semblable l'année suivante.

Tous pensaient que l'exposition régionale de Trois Rivières était vouée à un brillant avenir. Le défi était de garder le haut niveau d'intérêt et de financement. Les embûches ne manquèrent pas: le gouvernement du Québec, principal bailleur de fonds, ne subventionna, en 1898, que l'exposition provinciale; les sociétés d'agriculture de la région hésitèrent avant de s'engager dans l'entreprise. La durée de l'exposition fut ramenée à quatre jours (elle était de six en 1896 et de 10 en 1897). Le nombre d'exposants s'abaissa, les produits furent moins variés, les étalages moins considérables, les attractions réduites, le succès mitigé.

À faire le tour ainsi de chacune des expositions annuelles, on pourrait expliquer les grands succès, en 1900 par exemple, et les demi-succès: 1898, 1899, 1901. La suite de ces succès plus que relatifs explique l'absence de l'événement en 1902. Aussi, malgré des efforts notables consentis en 1903, l'exposition n'eut pas le succès espéré. Peut-être n'étonnait-elle plus? Aussi, en 1904, décida-t-on de présenter la première course automobile à Trois-Rivières, une course de "voitures sans cheval", de "véhicules aux roues massives cerclées de caoutchouc" lisait-on dans le journal Le Trifluvien du 23 août. L'année suivante, les roues de fortune, les jeux de hasard et la vente de boissons alcooliques sur le terrain firent une entrée remarquée, discutée aussi. Mais cela ne pouvait être le renouveau dont l'exposition régionale avait besoin. Elle stagnait, malgré l'ouverture, en 1906, aux exposants des comtés de Portneuf, Berthier, Joliette, Arthabaska, Yamaska et Richelieu. Si bien que tous les efforts déployés par les organisateurs ne rencontrèrent pas le succès attendu et conduisirent à l'annulation de l'exposition de 1907; celle de 1908 fut également annulée à cause du grand incendie de Trois-Rivières.

Les expositions reprirent en 1909, conservant un caractère nettement agricole. Des nouveautés comme les spectacles d'envolée en aéroplane (1911), l'addition d'attractions sensationnelles: contorsionnistes, funambules, trapézistes, jongleurs, de même que la présence de "phénomènes naturels" comme les femmes à barbe, frères siamois, fakirs, géants et nains, ne modifièrent pas sensiblement l'éventail des activités. Vint enfin s'ajouter la complication causée par la guerre de 1914 qui bloquait la sortie des grands cirques européens.

La gérance de la Commission municipale: 1916-1932

Il y avait donc fort à faire pour que Trois-Rivières devienne l'un des principaux centres d'exposition du pays. Le conseil municipal avait pourtant cette ambition et il s'en donna le moyen en créant une commission permanente de l'exposition. Aucun effort ne fut ménagé: agrandissement du Pavillon de l'agriculture et du Pavillon de l'industrie, construction d'un Pavillon de l'aviculture et d'écuries additionnel, les rénovation de la grande estrade. Pour faire de la 18e Exposition de la Vallée du Saint-Laurent une foire agricole réussie, la nouvelle administration mit l'accent sur la présence du Midway qui est l'ensemble des attractions et divertissements. Le Midway réunissait 400 employés et accumulait 26 wagons de matériel et d'animaux. Il fut le clou de l'exposition de 1916: un chapiteau, une arène, une ménagerie pour le cirque. Le programme annonçait le trio de clowns "La France", les équilibristes à bicyclette "les Trois Arthur", les acrobates et funambules "les 4 rois célèbres", "les 5 Glendale volants", les hommes forts "les 3 Alex", les "Belles aériennes", qui exécutaient des sauts périlleux.

Les années suivantes tentèrent de répéter le succès de 1916. Des nouveautés cependant: 1919 adopta le thème de "L'année de l'éveil industriel"; la même année, le Trois-Rivières Kennel Club présentait une exposition canine. En 1920, des équipes de base-ball de la Mauricie disputèrent des matchs. Comme la guerre était terminée, la Commission put s'assurer plus facilement le concours de cirques renommés tel le Polack Bros.: spectacle de motocyclettes, grande roue, la fontaine rose - spectacle de jets d'eau et de lumière - ainsi que des curiosités comme ce vieil Écossais aux favoris longs de douze pieds ou encore un avaleur d'épées.

De même que celles qui précédèrent la Première Guerre mondiale, les expositions qui la suivirent réfléchissent comme un miroir la société, ses difficultés, ses rêves, son changement. Après 1920, l'automobile occupa plus de place, résumant à elle seule l'essor de l'industrie et du commerce. La confiance régnait, renforcée par le surplus budgétaire enregistré cette année-là. Mais en réalité, 1920 fut exceptionnelle car elle fut précédée et suivie d'années toutes déficitaires. Reste que l'événement était important car, en dépit d'une dette accumulée de 225 541 dollars en 1922, la Ville de Trois-Rivières accepta que la Corporation municipale continue, au cours des années suivantes, à accumuler les déficits. La conjoncture des années 1930 rappela à l'ordre. Les critiques plurent, parfois violentes. Pour les agriculteurs, mais pas seulement eux, l'exposition régionale était devenue trop grosse, trop de tambours, trop d'amusements, disait-on. De plus, elle avait complètement dévié de son but, dénaturant même son caractère agricole au profit des entreprises commerciales dont le Midway était le symbole. Enfin, les agriculteurs et les aviculteurs se plaignaient de la présence des "fermes millionnaires" venues de l'extérieur de la région, de la province même. La compétition devenue inégale, était souvent injuste.

Le gouvernement du Québec intervint pour favoriser la participation des petits agriculteurs. Il découpa le territoire de la province en régions: chacune son exposition. Valoriser l'agriculture, enrayer l'exode rural, autant d'objectifs propres à cette période de crise économique et de dépression. Il revenait à la Commission municipale de l'exposition de s'ajuster: accorder la priorité à l'événement agricole. Oui au Midway, mais on le dissimula derrière les bâtiments; interdiction de vente d'alcool, prohibition des spectacles de "nature immorale," et des jeux de hasard. Malgré les efforts dont ceux du chef de police de Trois-Rivières qui battit le record provincial levant 1 311 livres, la 34e exposition (1932) régla le sort de la Corporation municipale qui passa la main à la Société d'agriculture du comté de Trois-Rivières en 1933.

Le ballottement: 1933 à 1939

Financée par des souscripteurs et des commanditaires, l'exposition du comté de Trois-Rivières de 1933 fut agricole, locale et ne dura que deux jours. Elle fut jugée trop locale et trop courte. Il fallait faire mieux afin de souligner les fêtes du tricentenaire de Trois-Rivières, en 1934. Se rappelant les "beaux jours de l'Exposition de la Vallée du Saint-Laurent", les organisateurs ressortirent la formule d'une exposition régionale de six jours. Ils réussirent à obtenir la participation de dix comtés. Toutefois, l'exposition garda son caractère agricole et le Midway ainsi que les amusements furent peu mis en évidence.

Or, cette orientation désirée par la Société d'agriculture du comté de Trois-Rivières ne rencontra pas la satisfaction de tous; surtout pas celle des commerçants et des industriels qui, en novembre 1935, organisèrent une "Exposition industrielle et commerciale" de neuf jours à l'aréna de Trois-Rivières. Cette note d'insatisfaction était partagée par plusieurs. De plus, le mécontentement gagnait les organisations régionales qui s'interrogeaient sur le nombre d'expositions, la simultanéité de leur tenue et la forte rivalité qui en découlait.

La Société d'agriculture du comté de Trois-Rivières laissa la place, en 1937, à une association composée majoritairement de marchands et industriels qui préparèrent la manifestation de 1938. Ils donnèrent un nouvel élan à l'événement. Sans rompre avec l'exposition agricole à laquelle ils accordèrent une place de choix, il est certain qu'ils entendaient mettre de l'avant le secteur de leurs activités. Les concessionnaires d'automobiles eurent ainsi l'occasion de faire rutiler leurs n'avoir jamais quitté l'ambiance des années 1920. La confiance et l'assurance régnaient lorsque l'Association de l'exposition des Trois-Rivières entreprit l'organisation de celle de 1940. Elle n'eut pas lieu car le ministère de la Défense nationale vint occuper le terrain.

LE CAMP MILITAIRE

À la fin du XIXe siècle, un camp militaire saisonnier existait déjà sur le coteau. Peut-être trouvait-il son origine dans l'aménagement du terrain qui, à partir de 1896, procurait aux militaires des commodités: bâtiments pour l'état-major et l'infirmerie, ainsi que des écuries pour les chevaux. Les effectifs du contingent des soldats volontaires variaient selon les années: 1 500 en 1904, 800 en 1909. Ils venaient de partout: Montréal, Argenteuil, Joliette, Nicolet, Trois-Rivières, et ils installaient leurs tentes blanches tout près du Palais de l'industrie laitière et du Pavillon de l'industrie.

Le camp de Trois-Rivières avait bonne réputation. Assez vaste pour recevoir en même temps l'infanterie, la cavalerie et l'artillerie, le terrain sablonneux et perméable ne conservait pas les traces des chevaux plus habitués à tirer la charrue ou la charrette qu'à parader, car en effet, ils étaient loués chez des cultivateurs et des charretiers de la région. Comme ni les journaux, ni les plans de la ville n'en font mention après 1918, il est permis de croire que le camp de Trois-Rivières était disparu, bien que le site conservait son appellation de "champ de tir".

La période de l'entre-deux-guerres fut donc, pour Trois-Rivières celle de "l'entre-deux-camps" car l'armée réquisitionna le terrain au début de la guerre de 1939-1945. Elle prit possession des bâtiments, les nouveaux pavillons de béton, dont elle transforma l'intérieur en dortoirs et en chambres. Les travaux débutèrent le 8 janvier 1940; or les 175 premiers soldats, partis de l'île Sainte-Hélène, arrivèrent le 14 janvier. Évidemment, le camp n'était pas prêt et ils furent forcés de trouver des chambres avec pension en ville. Un mois plus tard, le camp pût recevoir 400 militaires. Les soldats logeaient dans la "bâtisse" industrielle, les sous-officiers dans la vacherie et les officiers dans les petits restaurants qui longeaient la piste de courses et dans un des vestiaires de la piscine. Le colisée servait de salle d'exercice et les bureaux administratifs s'y trouvaient également. Le Red Triangle Club, mis sur pied par le Y.M.C.A. pour les divertissements des militaires, occupait la salle réservée aux arts domestiques dans la "bâtisse" industrielle. La porte Pacifique- Duplessis était fermée avec une clôture de fer. Désormais, qui désirait pénétrer sur le terrain passait au contrôle des sentinelles postées aux entrées.

Le premier contingent de militaires provenait principalement du Toronto Scottish Regiment et du Royal Montreal Regiment formant le Centre d'entraînement pour mitrailleurs (Canadian Machine Gun Training Center). D'avril à septembre 1940, leur nombre passa de 850 à 1 000 venant aussi du Royal 22e Régiment et du Royal Canadian Regiment. Le Centre d'entraînement s'apprêtait alors à effectuer des grandes manoeuvres de tir lorsque, cherchant à placer les cibles, un obstacle inattendu se présenta: un petit village de squatters. Formé de 53 maisons, il était établi depuis 1935-1936 près du dépotoir municipal, le long de la route - aujourd'hui le boulevard des Récollets - qui menait du chemin des Forges à l'avenue Laviolette, séparant Trois-Rivières de la municipalité des Forges et passant au milieu du champ de manoeuvres. Les démarches du ministère de la Défense firent qu'un ordre d'évacuation fut donné et, à la fin du mois d'août 1940, les habitations furent transportées ailleurs. Les manoeuvres purent alors commencer. Avant la fin de la guerre, une École de perfectionnement pour l'Aviation royale canadienne s'y implanta, utilisant vraisemblablement, l'aéroport construit à Cap-de-la-Madeleine, en octobre 1940.

Le camp militaire ne servait pas seulement de camp d'entraînement; il fut également un camp d'internement pour les prisonniers de guerre. Un temps, il rassemblait environ 1 200 prisonniers, en majorité des Allemands, aviateurs et marins. La censure de guerre fait que les sources de renseignements sont rares sur la vie du camp des prisonniers qui fut courte à Trois-Rivières car, dès le 30 juin 1941, ils furent transférés au camp Borden, en Ontario.

Pour Trois-Rivières, le camp était un apport économique. En 1940, selon une estimation, le ministère de la Défense dépensait 25 000 dollars par semaine pour l'entretien général, la nourriture et les distractions des militaires. Outre le commerce local, l'industrie tirait profit de la présence de l'armée qui, à son arrivée, acheta les matériaux et organisa le casernement. La municipalité, de son côté, percevait un loyer symbolique d'un dollar mais chargeait autour de 3 000 dollars pour l'usage de l'aqueduc.

Dès la fin du conflit en Europe, en mai 1945, la Ville entreprit des démarches auprès de la Commission des biens de guerre qui avait pour rôle de liquider les propriétés devenues inutiles au ministère de la Défense nationale, pour reprendre possession du terrain de l'Exposition. Après plusieurs semaines de négociations sur les détails du contrat de cession, une entente fut finalement conclue en septembre 1945: la Ville acceptait de remettre elle-même les bâtiments dans leur état primitif en enlevant les divisions temporaires; puis, estimant la valeur des baraques à 22 000 dollars, la municipalité présenta une facture de 21 999 dollars en frais divers. C'est ainsi que pour la modique somme d'un dollar, elle acquit ces équipements qu'elle allait vendre bientôt. En même temps, Trois-Rivières s'appropria le 4 septembre 1945, les 237 acres du "champ de tir" dont une partie était située dans la municipalité de Saint-Michel-des-Forges. Payé 3 564 dollars au gouvernement fédéral, le "champ de tir" allait bientôt être semé d'habitations. Le camp militaire avait alors cessé d'exister.

Depuis 1946

La guerre terminée, les militaires évacuèrent le terrain. La Ville reçut des offres de l'Association de l'exposition des Trois-Rivières et de la Société d'agriculture de Trois-Rivières. Mais elle choisit plutôt de mettre sur pied la "Commission de l'exposition et de l'aréna". Les commissaires voyaient grand et entendaient donner à l'exposition son faste et son air de fête d'autrefois. Si l'on prend en compte le nombre de visiteurs, 60 000 en 1946 et des foules semblables au cours des dix années suivantes, ils réussirent. Mais, rappelons-le, l'exposition reflète la société et ses changements. Sans innovation, elle n'attire pas. La modernisation technique, l'urbanisation, le développement des communications peuvent servir à illustrer les changements dans tous les secteurs y compris, bien sûr, celui des loisirs, mis en appétit par la télévision. La contrepartie se trouvait dans le désintéressement à l'endroit de l'agriculture. La Commission avait la lourde tâche d'innover tout en maintenant ouvertes les fenêtres de l'industrie et du commerce de même que celles de l'agriculture. Il fallait aussi amuser.

Le Midway des Conklin Brothers, celui des Amusements d'Amérique (1968) ou de Beauce Carnaval (1990) furent et sont encore de la partie. Au fil des ans, s'ajoutèrent des spectacles à grand déploiement rappelant la féérie hollywoodienne. Présenté dans l'enceinte du colisée ou du stade de base-ball, le spectacle était habituellement assuré par un cirque renommé, telle la Revue George Hamid en 1949: clowns, vaudeville, acrobates, jongleurs, équilibristes, éléphants savants, homme-canon, prouesses à motocyclette, as du patin à roulettes, etc. A la fin des années 1960, les grands cirques suscitaient moins d'intérêt et la Commission commença à inviter davantage les vedettes québécoises. La revue "Go-Go à l'Expo", en 1966, par exemple, rassembla plus de 25 artistes dont Fernand Gignac, Michel Louvain, Michèle Richard. Autour du grand spectacle gravitait une kyrielle de plus petits: festival de fanfares, concours de danses folkloriques au colisée avec l'orchestre de Ti-Blanc Richard pour ne citer qu'eux. Le chapitre des innovations pourrait s'allonger avec d'autres succès comme, par exemple, le bingo de 1965 qui remplit le colisée a capacité.

Toutefois, l'événement restait fragile car le déficit était chronique en dépit des efforts des J.-Henri René de Cotret, Henri-Paul Martin, Jean Alarie et Wilson O'Shaugnessy. Les coupures dans les dépenses, la réduction de la programmation par la suppression du cirque et des spectacles, la concurrence aussi du Festival des Trois-Rivières donnent quelques-uns des paramètres de l'événement au cours des années 1980.

En 1987, le Service des loisirs de la Ville prit en charge l'administration. Pour peu de temps. Dès l'année suivante, la mairie retranchait 700 000 dollars au budget. L'exposition devait rencontrer ses frais, écrivait Le Nouvelliste du 6 décembre 1988. Une fois de plus, la tenue même de l'exposition régionale était remise en question. Les réactions furent promptes. Dès le 8 décembre de cette année, l'Association des éleveurs signa une entente avec la Ville. L'organisation prenait en charge le volet agricole, le pavillon commercial et le village forain. Depuis 1989, la Corporation de l'exposition agricole du Centre du Québec en assure la planification et la gestion.

CollectionEncyclopédie Trifluviana
Source En collaboration, "L'architecture trifluvienne, XVIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 13, octobre 2003, p. 26. En collaboration, "Le terrain de l'exposition de Trois-Rivières: d'une crise à l'autre" dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 2, avril 1992, p. 1 et 3-15. Daniel ROBERT, "Les petites écoles à Trois-Rivières, XVIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 5, avril 1995, p. 8. Daniel ROBERT, "Trois-Rivières et Duplessis", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 9, juin 1999, p. 18.

Poster le commentaire