Hippodrome de Trois-Rivières

Un premier "rond de courses" fut aménagé sur le coteau Saint-Louis de Trois-Rivières en 1829. Puis, on y construisit une estrade en 1853.

Une nouvelle grande estrade de courses fut bâtie en 1896. Rénovée en 1916, elle fut détruite par un incendie le 17 juin 1931. Elle fut reconstruite à nouveau, puis démolie en remplacée par une nouvelle estrade en béton (l'actuelle) en 1938.

L'Hippodrome actuel du parc de l'Exposition de Trois-Rivières fut construit en 1938-1939, en même temps que les autres bâtiments du parc (bâtisse industrielle, colisée, stade de base-ball, pavillon des bovins), la porte Pacifique-Duplessis et la piscine, le tout dans le cadre du programme de travaux publics d'aide aux chômeurs (gravement affectés par la crise économique qui sévissait depuis le début des années 1930) et mis en place par le gouvernement de Maurice L.-Duplessis dès la prise du pouvoir par l'Union nationale en 1936.

La piste de courses de Trois-Rivières, à laquelle se greffèrent avec le temps quelques dépendances (estrade populaire, bâtiment de l'administration, zone des écuries), constituait le premier élément d'un futur ensemble de bâtiments et d'aires d'activités à vocation sportive, culturelle ou sociale, désigné plus tard « terrain de l'Exposition », qui allait occuper un vaste emplacement sur le coteau Saint-Louis. En effet, le 13 septembre 1830, la Gazette de Québec nous apprenait que le riche commerçant trifluvien Moses Hart avait
« libéralement destiné une grande étendue de terre pour une lice (lieu de courses)
aux Trois-Rivières. Les courses auront lieu vers le commencement d'octobre ».

Situé complètement à l'écart du bâti urbain - trop loin, dans l'opinion du clergé, pour qu'il fusse possible d'y faire respecter la moralité publique - le "rond de courses" demeurait, avec son estrade construite par Jos. Hamel en 1853, le seul signe d'occupation du coteau Saint-Louis jusqu'en 1896, hormis le cimetière tout près.

Sous l'influence culturelle des Anglais, ce furent dans un premier temps des chevaux montés par des cavaliers qui s'affrontèrent aux courses. Et ces compétitions au galop obtinrent tôt leurs lettres de noblesse à Trois-Rivières, lorsque le 13 juin 1836, Sa Majesté Guillaume IV offrit gracieusement une bourse royale de 50 guinées à l'occasion des courses qui eurent lieu les 28 et 29 juillet (La Minerve, le 13 juin 1836). Quelques années plus tard, ce fut la jument de M. Forbes qui gagna ici le prestigieux Queen's Plate (La Minerve, 23 juillet 1864), époque pourtant du déclin de l'engouement des amateurs pour les courses au galop à Trois-Rivières, qui firent vite place aux courses attelées telles qu'elles se pratiquent aujourd'hui dans les hippodromes du Québec, où le jockey conduit son cheval ambleur ou trotteur assis derrière lui sur un sulky.

Le 14 octobre 1870, six chevaux se trouvaient inscrits dans une course de trot attelé à Trois-Rivières (Le Canadien, 14 octobre 1870) et, le 18 juin 1887, le Club de courses y présentait un programme réunissant 27 chevaux trotteurs du Canada et des États-Unis (Le Journal des Trois-Rivières, 13 juin 1887). Organisées par le Three Rivers Turf Club dans les années 1850, par le Saint Maurice Turf Club dans les années 1860, ou par de simples amateurs lançant des défis par la voie des journaux, les courses attiraient régulièrement des foules considérables.

En 1896, l'Association agricole du district de Trois-Rivières acquit un grand terrain comprenant la piste de courses d'un mille pour y aménager un terrain d'exposition. Elle lui ajouta un second tracé d'un demi-mille; sur fond de sable recouvert d'argile, le nouveau parcours avait 70 pieds de largeur et était, dit-on, solide, ferme et lisse comme du ciment. La nouvelle grande estrade, de bois, comprenait 21 gradins. En face des estrades populaires, de l'autre côté de la piste, au poteau d'arrivée, s'élevait la tribune des juges, attenante à une grande plate-forme servant à la présentation de spectacles ou de divertissements entre les courses et pendant les expositions ou foires agricoles. Sur le terrain limitrophe, des écuries furent érigées par la Compagnie d'Exposition, qui organisait les courses de chevaux et, à l'occasion de cyclistes. En septembre 1898, l'on y présenta même une attraction spéciale, soit une course opposant un cheval à un cycliste.

Agrandie en 1900 et rénovée en 1916 par la nouvelle Commission municipale de l'Exposition, la grande estrade fut complètement réduite en cendres en une heure par un incendie, le 17 juin 1931.

Le Conseil municipal de Trois-Rivières décida promptement de la remplacer: les plans et devis précisaient que la nouvelle grande estrade de bois devait mesurer 272 pieds de largeur par 60 pieds de profondeur et pourrait accueillir quelque 2 500 spectateurs sur des sièges fixés à des gradins. Une entrée de 24 pieds donnerait accès à six escaliers conduisant à ces gradins.

Le chantier de construction s'ouvrit le 6 juillet 1931 et les travaux furent exécutés par trois équipes en rotation, 24 heures par jour, tous les jours de la semaine sauf le dimanche. Dès le mois d'août, soit quelques semaines plus tard, la grande estrade fut inaugurée par la reprise des courses. Quelques années plus tard, soit en 1938, la mise sur pied d'un important programme de travaux publics par le gouvernement Duplessis permit à la Ville de se doter d'une nouvelle grande estrade en béton armé dont l'essentiel de la charpente subsiste encore aujourd'hui. Le chantier, entrepris à l'automne de 1938, n'était toutefois pas complètement achevé lorsque les militaires réquisitionnèrent le parc de l'Exposition. Les travaux se trouvèrent suspendus pour toute la durée de la guerre.

En 1947, la grande estrade était finalement prête à accueillir 5 000 personnes assises confortablement. Puis, en 1951, l'installation d'un système d'éclairage permit dorénavant la présentation de courses en soirée et de nouvelles écuries en bois furent également érigées. C'est véritablement à partir de ces années que la piste connut un essor réel, principalement sous la direction du Club de courses Laviolette, géré par Charles-Henri Côté, à qui la Ville de Trois-Rivières a loué la piste de courses durant nombre d'années. Le pari mutuel était florissant et l'entreprise rapportait des taxes aux trois niveaux de gouvernement.

Les hippodromes purent d'autant plus se développer que la technologie du XXe siècle a permis l'apparition des barrières mobiles, des tableaux lumineux pour la présentation des cotes des coursiers, et du « photo finish » pour déterminer les gagnants. Le profil de l'hippodrome trifluvien se modifia: on installa des panneaux à l'arrière de l'estrade, du côté du boulevard des Forges, on améliora en 1957 la tribune des juges, qui fut intégrée à la structure même de l'estrade, et l'on aménagea en 1958 un paddock pour faciliter le déroulement des courses et une mezzanine à l'intention des parieurs. C'était l'âge d'or de l'hippodrome, alors que résonnait « la voix des courses à Trois-Rivières », celle d'Adélard "Del" Dugré, lançant son inoubliable « C'est un départ! - They're off! ».

En 1960, à l'instar de ses compétiteurs de Montréal et de Québec, l'hippodrome trifluvien fut doté d'un Club House pouvant accueillir 300 personnes à l'abri des intempéries. Dix ans plus tard, le 12 juin 1970, un grand malheur frappa la piste de Trois-Rivières: 84 chevaux périrent dans un incendie qui détruisit sept écuries. L'été suivant, un investissement de plus de 1,5 million permit la construction de nouvelles écuries en ciment. On installa également un tableau lumineux neuf, on améliora l'éclairage de la piste et on apporta quelques modifications à l'estrade. En 1978, particulièrement, des travaux furent effectués pour vitrer une partie de l'estrade en vue du confort des amateurs, et, en 1981, l'hippodrome de Trois-Rivières, géré depuis quelque temps par la Ville, acquit un système des plus modernes d'émission et de paiement des billets de paris.

C'est en 1989 que la Corporation municipale, responsable de l'hippodrome, procéda aux plus importantes modifications jamais effectuées à la piste au cours des 50 ans précédentes. Un investissement global de 2,8 millions permit en particulier de réaliser un tracé beaucoup plus rapide avec des pentes appropriées et des virages moins accentués. Pour ce faire, l'on a notamment démoli une série de petits immeubles qui longeaient le côté sud-est de la piste: restaurants, poste de police, bâtiments à vocation socioculturelle. L'éclairage de la piste fut aussi grandement amélioré et l'on restaura le Club House pour y installer une salle à manger.

La grande estrade actuelle peut accommoder quelque 2 500 personnes, mais l'assistance régulière se situe entre 1 100 et 1 300 spectateurs qui, en 1992, pariaient autour de 120 000 dollars par programme pour un total annuel de près de 12,5 millions de dollars dont 1,5 prélevé en taxes par les trois niveaux de gouvernement.

(adaptation d'un texte original de Guy Godin, avril 1992)

CHRONOLOGIE:

1829 Aménagement d'un rond de course sur le coteau Saint-Louis.
1830 (13 septembre) 1ère course de chevaux.
1836 Présentation de courses au galop.
1853 Construction d'une estrade populaire.
1870 (14 octobre) Courses de chevaux attelés en démonstration au Three Rivers Turf Club.
1896 Aménagement d'un tracé d'un demi-mille sur fond de sable recouvert d'argile et construction d'une estrade de
bois comprenant 21 gradins.
1900 Agrandissement (après incendie) de la grande estrade de bois avec six escaliers menant aux gradins.
1938 Démolition de la grande estrade de bois et construction du bâtiment actuel, en béton armé.
1947 La grande estrade peut accueillir 5 000 personnes assises.
1951 Installation d'un système d'éclairage permettant la présentation des courses en soirée et installation
d'équipements modernes: barrières mobiles, tableau lumineux, système de photo finish.
1957 Transformation de la tribune des juges.
1958 Construction d'un paddock et d'une mezzanine.
1960 Aménagement d'un Club House.
1970 (22 juin) Incendie des écuries: 84 chevaux morts; reconstruction.
1971 Construction de nouvelles écuries, en béton.
1989 Démolition des restaurants (côté ouest de l'avenue du Stade) et du poste de police (angle de l'avenue du Stade
et de l'avenue Gilles-Villeneuve); agrandissement de la piste de courses et rénovation des équipements de
l'hippodrome; aménagement d'une salle à manger au Club House.
1995 Reconstruction des écuries.
2003 La grande estrade peut accueillir 2 500 personnes avec service de restauration complet.

DateEnviron 1829
CollectionEncyclopédie Trifluviana
Source Jean-Philippe GLAUDE, "Hippodrome de Trois-Rivières. Une longue tradition", dans: Le Nouvelliste (Trois-Rivières), 31 août 2005, p. 23. En collaboration, « Le terrain de l'exposition de Trois-Rivières: d'une crise à l'autre » dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 2, avril 1992, p. 1, 10, 12 et 13. Daniel ROBERT, "Les parcs et lieux publics de Trois-Rivières, XVIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 6, mai 1996, p. 20. Daniel ROBERT, "Trois-Rivières et Duplessis", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 9, juin 1999, p. 18.

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