Voir aussi Boulevard du Saint-Maurice, Rue Champflour, Rue Bellefeuille, Boulevard Sainte-Madeleine , Rue Fusey et Rue Saint-Laurent
La route nationale numéro 138 à Trois-Rivières correspond plus ou moins au tracé du chemin du Roy. Elle est l'axe principal de traversée de l'agglomération de Trois-Rivières. Chaque jour des milliers de personnes empruntent son trajet pour se rendre, selon les cas, au domicile ou au travail, ou encore à un lieu d'études, de culte ou de loisir. De plus, chaque année, il est utilisé par un nombre considérable de visiteurs que drainent les services cultuels des Églises et les manifestations culturelles.
À l'est de la rivière Saint-Maurice
À cheval sur le chemin du Roy, Cap-de-la-Madeleine est un passage obligé pour quiconque, venant de l'est, se dirige vers Trois-Rivières ou Montréal. La rue Notre-Dame Est mène d'une extrémité à l'autre du secteur depuis la naissance du noyau villageois au XVIIIe siècle. L'église paroissiale s'implanta aux abords du fleuve. Les habitants, les commerçants, les services se fixèrent à proximité. Beaucoup de changements survinrent ensuite. En 1889, Napoléon Caron décrivait ainsi l'état des lieux dans Deux voyages sur le Saint-Maurice:
" Depuis les ponts du Saint-Maurice, le village se continue sans interruption
le long de la rivière et ensuite le long du fleuve Saint-Laurent jusqu'au delà de l'église
du Cap de la Madeleine. La plupart des maisons appartiennent à des ouvriers; elles
sont toutes en bois, à un seul étage et bien proprettes. Les ouvriers ont été attirés en
cet endroit par la scierie de M. Baptist, par la tannerie de M. Normand et par une […]
petite manufacture de barreaux, manches à balai, etc. "
L'industrialisation grandissante sur les rives de la rivière Saint-Maurice au début du XXe siècle et l'avènement de l'automobile contribuèrent activement à la reconfiguration du paysage urbain. Ils conférèrent davantage d'importance aux artères surplombant les limites nord de la future ville. Calquant la sinuosité de la rivière, la route 138 épousa le boulevard Sainte-Madeleine (d'abord connu sous le nom de boulevard Forget Est), la rue Saint-Laurent et la rue Fusey (nommée boulevard Forget Ouest). À la fonction résidentielle s'ajouta la dimension commerciale qui finit par prendre une place prépondérante dès l'après-guerre. La croissance des activités commerciales fut supportée par une population qui quintupla entre 1911 et 1941, passant de 2 101 à 11 961 habitants, puis à 31 463 en 1971.
Dans l'après-guerre, l'augmentation du trafic automobile dans ce secteur fit de l'axe Sainte-Madeleine / Saint-Laurent / Fusey la principale route entre Montréal et Québec; c'était la route 2. Plusieurs commerces reliés à l'automobile s'implantèrent, assurant de façon définitive le virage commercial du boulevard Sainte-Madeleine. L'industrie du divertissement prit aussi une place de choix: une salle de cinéma (Madelon) et une salle de quilles avaient désormais pignon sur rue. Pourtant, malgré un accroissement important de la population madelinoise, le flot de circulation baissa graduellement à partir de 1967 puis de façon drastique à partir de 1982: d'une moyenne journalière annuelle de près de 8 400 véhicules en 1967, elle passa à 2 480 véhicules en 1992. L'expliquent l'ouverture de l'autoroute 755, reliant la route 157 (en provenance de Shawinigan-Sud) et le tracé l'autoroute 55 (axe nord-sud), ainsi que le prolongement de l'autoroute 40 au début des années 1980. Le déclin commercial de l'artère en subit le contrecoup.
Mais la route 138 n'était pas seulement bordée de résidences et de maisons de commerce. En effet, il s'y trouvait et s'y trouve encore des industries ainsi que des manufactures. Certaines ont résisté au choc que l'économie leur a fait subir au cours des quarante dernières années; d'autres se sont transformées; d'autres, enfin, ont disparu.
Pour aller dans le détail et ainsi dresser un portrait plus précis de la partie madelinoise de la 138, nous allons entamer notre marche à partir de l'extrémité est de l'artère principale.
Le boulevard Sainte-Madeleine
De la rue Saint-Maurice à la rue de la Madone (auparavant Saint-Philippe), le boulevard Sainte-Madeleine est doté du noyau habituel d'établissements paroissiaux: au nord, l'église paroissiale et son presbytère ainsi que l'école Sainte-Madeleine; au sud, la façade arrière de l'école Sacré-Cœur avec sa cour jouxtent un des étangs du parc du Moulin. Un funérarium et une caisse populaire sont à proximité.
L'aménagement de l'église paroissiale, en 1953, consolida l'aspect institutionnel du quadrilatère partiellement formé du boulevard et des rues Notre-Dame Est et du Sanctuaire. Le presbytère adjacent est de l'architecte Jean-Louis Caron, membre de la célèbre famille d'architectes à qui l'on doit de nombreux autres édifices situés sur cette artère: l'école Sainte-Madeleine, la caisse populaire, ainsi que plusieurs agrandissements d'édifices commerciaux.
L'église offre un beau coup d'œil avec ses fenêtres en ogive et ses contreforts. Le clocher s'élève dans une tour carrée. Par contre, du côté sud, en diagonale de l'église, se trouve un garage de mécanique automobile qui dépare ses alentours.
De la rue Massicotte à la rue Saint-Laurent, le boulevard a fait l'objet de travaux de rénovation, tant au niveau du bâti que du tracé de la voie publique, dans le cadre du programme "Rues principales". Les interventions ont rendu ce tronçon plus agréable. La brique prédomine comme matériau de recouvrement du bâti, de la rue Massicotte à la rue Lorette, alors que ce sont l'aluminium et le vinyle à l'ouest de cette rue.
C'est en 1929 qu'une importante industrie, la Canadian T.S.R. of Lyon, se fixa. Elle porta ensuite plusieurs noms. Toutefois, la mémoire a retenu celui de Tooke Brothers Limited, dénomination adoptée en 1955. Durant la guerre, plus précisément à l'été 1942, la Wartime Housing Limited, un organisme fédéral, a favorisé la construction de résidences pour les travailleurs des usines de guerre - Electric Steel (bombes), Sterling Shirts and Overalls (chemises militaires). Ces habitations occupaient un secteur compris entre les rues Dorval, Brunelle et Saint-Laurent et le boulevard Sainte-Madeleine. La plupart de celles qui avaient leur façade sur le boulevard remplissent aujourd'hui une autre fonction: ainsi la rôtisserie Ti-Coq Bar-B-Q et la Bijouterie Dupuis. Le commerce de détail, un petit centre d'achat, a également récupéré le bâtiment occupé autrefois par la manufacture de textile Tooke Brothers Limited, un ancien atelier de confection de vêtements (chemises, pyjamas), propriété de la Canadian Converter.
La rue Saint-Laurent
La section de la rue Saint-Laurent comprise entre le boulevard Sainte-Madeleine au sud et la rue Fusey au nord a moins de 1 kilomètre de longueur. Elle se présente comme une discontinuité entre ces deux axes. Les fonctions résidentielle, commerciale et industrielle l'occupent.
Cette portion de la route 138 comptait un très grand nombre de maisons érigées durant les décennies 1910 et 1920, des maisons unifamiliales d'ouvriers dans la plupart des cas. Quelques-unes d'entre elles furent sans doute érigées par un entrepreneur qui en faisait ensuite la vente, puisqu'on peut encore discerner une certaine homogénéité quoique diluée par les nombreuses interventions apportées aux résidences du secteur. D'autres, construites plus tard, ont conservé leur style architectural de type bungalow avec toit à deux versants apparenté au type War Time House, pour loger les travailleurs de l'industrie militaire.
Dans l'après-guerre, avec l'usage grandissant de l'automobile, des hommes d'affaires établirent des commerces, notamment des garages de mécanique et des stations d'essence pour profiter de cette manne que constituait la clientèle de passage. La continuité du bâti s'interrompt toutefois à proximité de l'intersection de la rue Fusey avec la présence de deux sites industriels: Corus et Flexia.
FLEXIA:
En septembre 1926, la Bates Valve Bag Company de New York ouvrit une manufacture de sacs de papier à Cap-de-la-Madeleine. Les sacs étaient destinés principalement à l'emballage de poudres à ciment et à plâtre, de la chaux et autres matières industrielles. La manufacture, qui employait plus de 85 ouvrières, femmes et jeunes filles, devint plus tard propriété de la Saint-Regis Paper Company (usine St. Régis Consolidated Packaging), puis de la Consolidated Bathurst Packaging Limited (Emballage Consolidated Bathurst Ltée), de la Twinpack inc., et, enfin, de la corporation Flexia
CORUS:
En 1938, alors que l'économie locale était durement touchée par une crise économique depuis le début de la décennie, l'International Foil Limited - une compagnie filiale de l'entreprise britannique Imperial Tobacco - annonça l'implantation d'une usine à Cap-de-la-Madeleine. L'aluminerie était destinée à fabriquer de minces feuilles d'aluminium servant à l'emballage des cigarettes en paquets.
L'usine fut bâtie sur un terrain de près de 20 acres en bordure de la rue. On embaucha des techniciens formés par l'Institut de technologie de Shawinigan. Puis des instructeurs venus de Toronto formèrent le personnel en place sur les techniques de laminage. D'autres travailleurs le furent ensuite à l'École technique de Trois-Rivières.
À peine trois ans après l'ouverture de l'usine, en 1941, les contraintes de la guerre, en particulier les difficultés d'approvisionnement en aluminium, forcèrent la compagnie à cesser la fabrication des feuilles d'aluminium et à se tourner vers le traitement du plomb. Puis, en 1942, la compagnie dut même suspendre toutes ses activités quelque temps, avant de s'engager dans la production de guerre. En effet, en janvier 1943, l'usine fut vendue à la Dominion Rubber Munitions qui, avec plus de 1 100 employés, commença à fabriquer des cartouches de 50 millimètres pour les mitrailleuses.
La fin des hostilités entraîna évidemment la fin de la production de guerre. En août 1945, l'usine fut revendue à la Dominion Foil (Canada) Limited et peu après, en février 1946, elle reprit ses activités d'origine: la transformation d'aluminium (emballage). Propriété d'Aluminium Rolling Mills de 1952 à 1955, puis de Reynolds Aluminium Company of Canada Limited de 1955 à 1996, l'aluminerie prit le nom de Reycan S.E.C. en 1997 avant de passer aux mains du groupe anglo-néerlandais Corus S.E.C. en 2000. Puis, en octobre 2002, le groupe français Pechiney devint propriétaire de l'aluminerie dans le but de mettre en œuvre sa stratégie de croissance sur les marchés de l'aéronautique et de l'automobile. L'aluminerie fait partie du paysage de Cap-de-la-Madeleine depuis plus de 60 ans et d'aucuns continuent de l'appeler familièrement " la Reynolds ".
Cette section de la rue Saint-Laurent se termine à l'intersection de la rue Fusey où feux de circulation, poteaux, fils, pylônes d'électricité, voie ferrée et panneaux de signalisation masquent une petite place aménagée où s'élève une "croix de tempérance", visible de côté seulement puisqu'elle fait face à la rue Fusey. Petit coin d'humanité dans un monde d'asphalte.
La rue Fusey
La rue Fusey, renommée en l'honneur du curé Éphrem Fusey (1918-1930), fondateur de la paroisse Sainte-Famille, s'étend de la rue Saint-Laurent jusqu'au pont Duplessis. Elle se déploya dans les années 1910 à l'amorce de l'expansion urbaine vers le nord. À partir de 1920, la construction domiciliaire résulta de nombreuses maisons unifamiliales et des maisons à logements mitoyennes de deux ou trois étages. Il s'agissait essentiellement d'un quartier ouvrier peuplé de locataires. L'activité commerciale concentrée sur la rue Notre-Dame Est, à proximité de l'église paroissiale, connut un déplacement vers le nord. La rue Fusey en bénéficia grandement. Se développant d'ouest en est, l'artère bénéficia grandement de l'érection du pont Duplessis qui vint la relier au boulevard du Saint-Maurice à Trois-Rivières. Deux parties divisent l'artère.
De la rue Saint-Laurent à la rue Beauchemin, la rue Fusey a sensiblement le même aspect que le boulevard Sainte-Madeleine, comme si elle en était la continuité. Le bâti est souvent rompu et presque exclusivement à fonction commerciale ou institutionnelle. Le parc des Chenaux avec son étang et le Centre culturel Pauline-Julien apparaît comme un oasis de fraîcheur. Son étang attire les visiteurs, particulièrement en hiver avec une glace pour le patinage. Entouré d'un muret de pierres, une partie de ses rives a été re-naturalisée en pente douce.
De la rue Beauchemin au pont Duplessis, le bâti de la rue Fusey est continu. La voie de circulation semble se rétrécir et la fonction des édifices redevient mixte: résidentielle/commerciale. Le rez-de-chaussée est voué à l'usage commercial et l'étage sert de résidence. La brique est le matériau dominant des recouvrements. De nouvelles constructions, érigées à la suite d'incendies, s'intègrent assez bien à son environnement, alors qu'une Caisse populaire plus récente, à l'angle de la rue Saint-Henri, brise la continuité architecturale avec son modernisme de béton.
L'explosion du transport routier est-ouest et nord-sud en direction des villes de la Moyenne et de la Haute Mauricie firent de la sortie est du pont Duplessis un carrefour où s'implanta une importante activité commerciale. C'est alors que plusieurs résidences furent transformées en commerces, donnant ainsi vie à ce qu'on appela communément la "Plaza Fusey". Au cours de ces décennies, firent leur apparition: un supermarché d'alimentation Steinberg (1955-1975), la Compagnie de bois Saint-Laurent, une succursale de la Banque de Montréal (1955-1997), la Pharmacie Lanouette, un magasin Canadian Tire, etc. Le déclin s'amorça avec le développement du réseau autoroutier qui permit d'éviter tout ce secteur de la ville.
Des interventions effectuées au cours des dernières décennies ont substantiellement modifié le carrefour. Se voient, le terminus d'autobus de la Société de transport de Trois-Rivières et son espace paysager avec un monument à l'histoire du Cap-de-la-Madeleine, un édifice commercial de trois étages en brique, rénové sur deux de ses façades, la quincaillerie Canadian Tire, un établissement de santé communautaire et des services alimentaires.
À l'ouest de la rivière Saint-Maurice
La traversée de la rivière Saint-Maurice par le pont Duplessis, à partir du secteur de Cap-de-la-Madeleine, se fait sur 0,8 Km. Une traversée à pied ou à bord d'un véhicule surélevé (autobus, camion) offre un regard sur l'archipel du delta du Saint-Maurice. Quelques éléments retiennent l'attention: l'espace vert du terrain de golf aménagé sur les îles unifiées Saint-Joseph et Saint-Christophe, l'architecture du bâtiment récent de la Réserve navale canadienne (NCSM Radisson), l'aperçu au sud-est de la papeterie Kruger-Wayagamack sur l'île De La Potherie, le petit belvédère sur la pointe nord de l'île Saint-Quentin et - pour l'œil averti - la rénovation de l'ancienne station de pompage, devenue résidence privée, au pied du pont Duplessis, sur la berge ouest.
Le boulevard du Saint-Maurice
Il paraît intéressant de donner une chronologie des principaux faits qui marquèrent l'histoire de la culture matérielle d'une partie de cette espace. Le premier pont fut jeté sur la rivière Saint-Maurice en 1832. Mais ce n'est qu'en 1856 qu'on retrouve le tracé de la "rue du Pont" (future rue Saint-Maurice) sur les plans. Dès l'année suivante (1857), la Ville de Trois-Rivières divisa son territoire en quatre quartiers, dont celui de Notre-Dame au nord. Il comptait cependant très peu de constructions avant 1875.
Les terres en culture, notamment la ferme du protonotaire Edward Barnard et celle de John Houliston, limitaient l'expansion urbaine du côté nord. En 1867, Barnard vendit sa ferme à la Corporation du collège de Trois-Rivières qui devait quitter la rue des Casernes. Le Séminaire Saint-Joseph ouvrit ses portes en 1874. L'année précédente, les Sœurs de la Providence ouvraient leur hospice à l'angle des rues Sainte-Julie et Saint-Thomas, devenu hôpital Saint-Joseph en 1889. Puis, en 1876, la Ville de Trois-Rivières érigea une station de pompage. En 1917, on mit en chantier une nouvelle station de pompage, à proximité de l'ancienne. Appelée "usine élévatoire d'eau", la station de pompage de Trois-Rivières fut abandonnée en 1924, année où une usine de filtration entra en opération à l'angle de la rue Saint-Maurice et du chemin des Chenaux.
C'est en 1888 que les Franciscains établirent leur Commissariat de Terre-Sainte à l'angle de la rue des Champs (Laviolette). Puis, en 1889, la Compagnie canadienne de conduites d'eau érigea sa fonderie tout près de la station de pompage, entre la rivière Saint-Maurice et le chemin de fer de ceinture. Au cours de la décennie suivante, la National Tool and Axe Works inaugura une autre fonderie qui occupait alors un vaste terrain entre les rues Duplessis-Bochard (Nérée-Duplessis) et Sainte-Julie, fonderie incendiée en février 1908. Puis la North Shore Power Co. implanta sa centrale électrique près de la rue Saint-Paul, tandis que la glacière Levasseur occupa un petit espace entre les rues Saint-Paul et Saint-François-Xavier.
Or, vers 1900, tous ces apports n'avaient pas encore provoqué le déplacement de la population car la rue Saint-Maurice était encore très peu bâtie. L'arrivée de la manufacture de textile Wabasso, en 1907, et dans une moindre mesure le grand incendie du 22 juin 1908 jouèrent un rôle moteur dans l'expansion du tissu urbain vers le nord de la ville. De 1911 à 1931, la paroisse Notre-Dame-des-Sept-Allégresses absorba près de 70% de la croissance démographique de Trois-Rivières, si bien qu'on érigea deux nouvelles paroisses dès 1926 et 1927. Enfin, en 1929, on commença la construction d'un tunnel sous la ligne principale du chemin de fer afin de relier le bas du coteau Saint-Louis et la rue Saint-Maurice.
Du pont Duplessis à la rue Champflour, le boulevard du Saint-Maurice est à quatre voies et la circulation est rapide malgré les nombreux feux de circulation. Si bien qu'on garde une impression de vide en dépit du bâti servant à des fonctions variées: résidentiel, industriel, institutionnel et commercial. Cela vient de la désertion des lieux par des institutions publiques, comme Hydro-Québec, de la fermeture de la manufacture Wabasso et de sa malheureuse démolition, de la fermeture du commerce d'automobiles Sirois et des nombreux incendies qui ont entraîné la disparition des équipements. Il en résulte des espaces déserts, avec ou sans recouvrements d'asphalte, peu ou pas paysagés, tel le stationnement. Toutefois, cette artère présente une réelle richesse patrimoniale, diversifiée également. Afin d'en faire ressortir la spécificité, nous allons diviser le boulevard en deux parties.
La première va de la sortie ouest du pont Duplessis à la rue Saint-Paul. Le côté nord du boulevard est bordé par la "Place Jean-Nicolet", un bel édifice de pierre, un petit parc municipal qui occupe l'emplacement de l'ancienne usine de filtration, le parc-école de la Three Rivers High School, inaugurée en 1947, un ancien édifice d'Hydro-Québec, en brique et pierre, et par un ancien poste de distribution d'Hydro-Québec à l'angle de la rue Saint-Paul.
En face, du côté sud, se dressent deux usines: Tec Fab et GLV, qui occupent des bâtiments de l'ancienne fonderie Canron, et ce qui reste du commerce Sirois Automobile.
La fonderie Canada Iron ouvrit ses portes en 1889 sous le nom de Compagnie canadienne de conduites d'eau. Elle transformait en tuyaux le fer produit aux forges Radnor (1854-1910), à Saint-Maurice. Achetée par la Montreal Pipe Foundry en 1903, elle se spécialisa alors dans la fabrication et la réparation d'outils pour les scieries. Puis, en 1907, elle passa aux mains de la Canada Iron Corporation, fondée en 1883 sous le nom de Canada Iron Furnace Company par John McDougall et la famille Drummond. Incendiée en 1909, la fonderie Canada Iron fut aussitôt reconstruite afin de répondre à la forte demande de conduites pour les centrales électriques et aux besoins des chemins de fer et des compagnies papetières. Employant près d'une centaine d'ouvriers en 1908, la fonderie Canada Iron de Trois-Rivières comptait 550 salariés en 1928. Elle fut agrandie et modernisée en 1959. Elle prit le nom de Canron en 1968.
Un petit complexe commercial abritant restaurant et station-service, érigé récemment devant la façade de GLV, anime maintenant l'espace.
Du même côté de ce tronçon se trouve l'ancien garage du concessionnaire Sirois Automobile, ouvert en 1953 et fermé dans les années 1980. Il loge aujourd'hui le Regroupement des bingos de Trois-Rivières et connaît maintenant diverses utilisations.
De la rue Saint-Paul à la rue Champflour, le boulevard du Saint-Maurice diffère du premier tronçon par la densité de son bâti et une meilleure qualité architecturale. On y trouve un important noyau institutionnel composé de deux résidences pour personnes âgées: l'ancien Foyer Sainte-Claire, près de la rue Saint-François-Xavier, et le Foyer Joseph-Denys. Autrefois Collège séraphique, il est accolé au couvent des Franciscains et leur chapelle. Avec le presbytère de la paroisse et l'église Notre-Dame-des-Sept-Allégresses, ils forment un ensemble sans pareil à Trois-Rivières. Ajoutons-lui la caserne d'incendie no 2 et voilà que nous tenons là un îlot prestigieux. Resituons-le dans un espace plus large qui va de la rue Saint-François-Xavier à rue Champflour.
La fonction commerçante de ce secteur de la ville était nettement acquise au début des années 1940. La rue Saint-Maurice, prolongée par la rue Champflour, était l'une des principales artères de Trois-Rivières. Des concessionnaires d'automobiles (Garage Central de Bruno Quessy), des restaurants (Albert Bolduc, Le Cordon Bleu), des pharmacies (Aubin, Saint-Maurice), une quincaillerie (J.-A. Saint-Pierre), une bijouterie (Fontaine), des boutiques de vêtements pour hommes (Lambert & Cloutier, Barakett & Fils) étaient du nombre des établissements qui attiraient la clientèle dans ce deuxième secteur commercial de la ville, clientèle qui, pour beaucoup, habitait les paroisses qui l'environnaient, principalement celle de Notre-Dame-des-Sept-Allégresses.
La SCAP est d'avis que l'ensemble formé par le couvent des Franciscains, le Foyer Joseph-Denis, l'église et le presbytère Notre-Dame-des-Sept-Allégresses, ainsi que la caserne d'incendie no 2 devrait être déclaré "site patrimonial" par la Ville de Trois-Rivières.
Confiée à perpétuité aux Franciscains, déjà établis dans ce quartier depuis 1888, la paroisse Notre-Dame-des- Sept-Allégresses devait son patronyme, d'une part, au quartier Notre-Dame qui existait depuis 1857, d'autre part à la dévotion des pères de cette communauté à la Vierge Marie. Depuis l'érection canonique de la paroisse, en 1911, la chapelle conventuelle Saint-Antoine des Franciscains servait d'église paroissiale. La même année, la fabrique de la paroisse approuva l'achat d'un terrain jouxtant le Commissariat de Terre-Sainte, situé à l'angle des rues Saint-Maurice et Saint-François-Xavier. L'entreprise Filion et Frères de Montréal fut chargée de construire l'église paroissiale selon les plans de l'architecte J.-A. Turgeon, aussi de Montréal. Dès le mois d'août 1914, on aménagea une petite chapelle dans le sous-sol de l'église en construction pour célébrer les premiers offices. L'église fut inaugurée le 8 décembre suivant par l'évêque de Trois-Rivières, Mgr François-Xavier Cloutier. Le sous-sol fut transformé en salle paroissiale.
Construite en pierre grise de Deschambault, avec un toit de cuivre et une majestueuse façade, son architecture s'apparente au style néo-roman qui était en vogue au Québec au début du XXe siècle. Sa façade est ornée de trois statues de pierre du sculpteur trifluvien Télémaire Auger: celle de Notre-Dame, patronne de la paroisse, bénite par Mgr Cloutier le 28 août 1938, et celles de saint François et de saint Joseph réalisées vers 1940. Sa voûte est décorée de peintures exécutées en 1926 par l'artiste Guido Nincheri. Elles illustrent les mystères de Notre-Dame et des scènes de la vie de saint François.
L'année 1911 fut également celle où les Franciscains du collège de Montréal ouvrirent une succursale à Trois-Rivières, dans les locaux de l'ancien Commissariat de Terre-Sainte. En 1914, l'évêque manifesta son intérêt pour l'établissement d'un séminaire pour la formation des recrues franciscaines. Il autorisa alors la construction d'une aile neuve qui, en 1916, allait rassembler tous les collégiens de la maison de Montréal: c'est le Collège séraphique appelé également Séminaire Saint-Antoine. Le transfert du séminaire sur le coteau, à l'emplacement même de l'Université du Québec à Trois-Rivières, conduisit à la fermeture de l'aile. Elle est maintenant occupée par le Foyer Joseph-Denys.
Une récente étude a relevé l'excellente valeur de position de l'église ainsi que sa valeur d'usage en raison de sa fonction de culte et de son utilisation pour des événements artistiques. Sa capacité d'accueil, son excellente acoustique, la qualité de ses orgues lui donnent une valeur patrimoniale enviable.
Le site devient exceptionnel avec les terrains bien aménagés du Séminaire de Trois-Rivières, situés juste en face, ainsi que la proximité de la belle caserne de pompiers. En 1907, au moment où la Wabasso Cotton Co. Ltd. commença la construction d'une importante manufacture de textile sur la rue Saint-Maurice, le secteur presque inhabité n'offrait aucune protection contre les incendies. Le feu dévastateur de 1908 amena les propriétaires de ce secteur en développement à demander davantage de protection, selon Le Nouvelliste du 24 mai 1912. La première caserne de lutte contre les incendies fut ouverte en 1912 dans une maison en bois. Deux ans plus tard, en 1914, on érigea l'actuel édifice de brique.
La rue Champflour
Bien que l'arrivée du chemin de fer et la construction de la gare (1878) aient favorisé l'éclosion d'une petite zone ouvrière au pied du coteau Saint-Louis, leur apport dans le développement du quartier Notre-Dame est plutôt négligeable. Si bien qu'au début du XXe siècle, la rue Champflour ne comptait que quelques maisons, l'hôtel du Canada, une boulangerie et une scierie: la Three Rivers Planning Mill, devenue plus tard propriété de la Burrill Lumber Co. Sa vaste cour à bois occupait tout le quadrilatère formé des rues Champflour, Saint-Martin (Père-Frédéric), Nérée-Duplessis et Saint-Thomas. D'après des contemporains, le développement de la rue Champflour aurait longtemps été freiné par cette scierie. Le Nouvelliste du 30 octobre 1941 renseigne sur sa démolition, en mai 1941.
Tout comme ce fut le cas pour le boulevard du Saint-Maurice, le développement de la rue Champflour démarra après 1908. C'est là que se concentra une partie du parc hôtelier de Trois-Rivières. Vers 1912, on trouvait, outre l'hôtel du Canada, ouvert en 1878 par Jos. A. Grenier, en face de la gare, trois autres établissements: le Continental, le Dominion et le Windsor. L'hôtel du Canada fut pratiquement reconstruit en 1940. L'établissement de 52 chambres fut vendu en 1959 et rebaptisé hôtel Lido par les nouveaux propriétaires: Georges DeMontigny, Charles Champoux et Paul Crête. Il fut complètement rasé par les flammes le 26 janvier 1972. Depuis ce jour, le terrain a été laissé à l'abandon, laissant pour ainsi dire la gare ferroviaire comme unique témoin de cette période.
Le choix du site de la gare avait donné lieu à une polémique que relate le Journal des Trois-Rivières les 15 mai 1876 et 3 juin 1878. Certains citoyens demandaient qu'elle soit placée dans le quartier Saint-Philippe, mais les inondations printanières fréquentes ont pesé lourdement en défaveur de la Commune. Dès 1877, la ligne de chemin de fer de la Rive nord (Montréal-Québec) traversait la Commune de Trois-Rivières, d'un bout à l'autre, et longeait le pied du coteau Saint-Louis en direction de la rivière Saint-Maurice. La première gare fut inaugurée en février 1878 par la Quebec, Montreal, Ottawa & Occidental Railway Company, absorbée plus tard par la Canadian Pacific Railway Company. Construite en bois, elle fut témoin du va-et-vient continuel des voyageurs durant 46 ans. Le vieux bâtiment de bois fut remplacé en 1924 par un nouvel édifice en pierre de taille de Deschambeault. Selon Le Nouvelliste du 11 août 1922, ce site fut préféré à celui de la manufacture Tebbutt, sur la rue Sainte-Marie. De style beaux-arts, la gare fut construite de juin à octobre 1924 par la compagnie Canadian Pacific Railway, d'après des plans des architectes Ross & Macdonald de Montréal. Sa construction avait nécessité la démolition de l'hôtel Dominion érigé tout près de l'angle Père-Frédéric.
Décoré de plusieurs tableaux d'intérêt historique représentant notamment les blasons de Jacques Cartier, de Monseigneur de Laval et des gouverneurs de Trois-Rivières, l'édifice servit exclusivement de gare ferroviaire de 1924 à 1987. Acquise du Canadien Pacifique par VIA Rail Canada inc., en décembre 1985, elle fut rénovée par VIA Rail en 1986-1987, au coût de 1,8 million de dollars, pour en faire une gare intermodale, c'est-à-dire une gare où l'on retrouvait divers modes de transport: service de train pour passagers (disparu en 1990), service d'autocar (septembre 1987-octobre 1998 - Voyageur, puis Orléans Express), et service de taxi de 1987 à 1990.
En 1991, le gouvernement du Canada reconnaissait la valeur historique de l'ancienne gare ferroviaire de Trois-Rivières et la plaça sous la Loi sur la protection des gares ferroviaires patrimoniales. L'édifice fut mis en vente en février 1996. Puis, en 2000, VIA Rail Canada le céda à la Municipalité régionale de comté (M.R.C.) De Francheville pour que celle-ci y aménage ses bureaux administratifs. De mars à juin 2000, des travaux d'environ 800 000$ furent réalisés par la firme P.A. Buisson de Grand-Mère, d'après des plans de l'architecte François Beauchesne. L'aspect patrimonial du bâtiment a été préservé et toutes les boiseries ont été confectionnées de façon à conserver et mettre en valeur ses éléments architecturaux et historiques.
La rue Bellefeuille (auparavant la rue Sainte-Marie)
Entre la rue Champflour et les Cinq-Coins, se déroule un tronçon de la rue Bellefeuille (ancienne rue Sainte-Marie). Encore bien habitée, parfois de ses deux côtés, du moins jusqu'au pont Lejeune. De là on rejoint rapidement les points d'entrée et de sortie de l'autoroute Félix-Leclerc. Là se trouve un important carrefour à la rencontre des rues Bellefeuille, des Forges, Saint-Georges et Sainte-Marguerite, carrefour communément appelé "Cinq-Coins". Il tire son nom des cinq angles ou cinq coins de rues formés par la rencontre des quatre voies. Poteaux et fils aériens, feux de circulation, panneaux publicitaires et panneaux routiers occupent l'espace visuel. Mais ce qui retient surtout l'attention à ce carrefour est la présence de deux constructions d'importance: le pont LeJeune, dont l'esthétisme n'est pas des plus recherchés, et l'édifice Lampron.
Aussi connu sous le nom de « La Fabrique », durant les années 1990, l'édifice Lampron fut érigé en 1916 d'après des plans dressés par la firme d'architectes Asselin et Brousseau. Acquis par le Commissariat industriel de Trois-Rivières pour loger des entreprises, il fut, en quelque sorte, l'un des premiers incubateurs industriels à Trois-Rivières. On lui donna alors le nom de "Bâtisse municipale de Trois-Rivières".
La Balcer Glove Manufacturing logeait dans cet édifice en 1924. Le journal Le Nouvelliste de 1924 à 1953, ainsi que la manufacture de chemises Lampron Shirt l'occupèrent de même que, par la suite, plusieurs commerces et entreprises. La propriété fut acquise en décembre 2003 par le docteur Roch Parent, chiropraticien, qui se propose de la transformer en établissement hôtelier de luxe: l'hôtel Le Balcer.
Cet imposant édifice de brique de quatre étages est caractéristique de l'architecture industrielle du début du XXe siècle; il est en assez bon état de conservation. Notons aussi l'architecture particulière d'un petit édifice de brique rouge de deux étages à vocation résidentielle et commerciale, présentement inoccupé, qui épouse la forme en pointe de la jonction des rues des Forges et Saint-Georges.