Séverin AMEAU dit Saint-Séverin

Séverin Ameau dit Saint-Séverin (1620-1715) fut soldat, notaire royal à Trois-Rivières, greffier et huissier. Il est aussi regardé comme l'un des premiers instituteurs laïques de Trois-Rivières. Sa fille, Marguerite Ameau, épousa le seigneur René Godefroy de Tonnancour.

* * *

Fils de Jean Ameau et de Françoise Remogis de Saint-Sauveur de Paris, Séverin Ameau dit Saint-Séverin naquit en 1620; son corps fut inhumé à Trois-Rivières le 9 mai 1715.

Signataire, le 19 juin 1649, d'un contrat à Trois-Rivières, Ameau, soldat de la garnison, devait être dans la colonie depuis au moins l'été précédent. Il ne tarda pas, vu son instruction, à agir comme notaire et greffier de Trois-Rivières (en 1651 ou 1652); il y instrumenta aussi comme huissier. Simple justice seigneuriale encore, que celle de Trois-Rivières, mais qui allait bientôt se parer du qualificatif " royale ", en vertu d'une décision du nouveau Conseil souverain. Le 17 novembre 1663, Pierre Boucher était nommé juge royal, Maurice Poulin de La Fontaine, procureur du roi, et Ameau, greffier; Quentin Moral fut désigné notaire royal, mais ne semble pas en avoir exercé la charge, confiée dès le 28 juin 1664 à Séverin Ameau. Pour l'humble tabellion du petit bourg, c'était une éclatante promotion: il était désormais autorisé à recevoir des actes dans tout le gouvernement de Trois-Rivières; momentanément, en 1668, ses services furent même requis à Québec. Fonctionnaire consciencieux, Ameau ne fut qu'une fois réprimandé, en 50 ans. Il avait atteint l'âge de 81 ans quand l'intendant Bochart de Champigny, en 1701, lui donna pour successeur le notaire Jean-Baptiste Pottier.

La vie de Séverin Ameau se déroula active et paisible. Il avait déjà 42 ans quand, le 7 février 1662, il épousa à Trois-Rivières Madeleine Baudoin, âgée de 23 ans. Ils eurent deux fils et une fille. Tout comme ses collègues des régions rurales, le notaire Ameau fut aussi cultivateur. En 1667, il possédait 4 bestiaux et 6 arpents en valeur; en 1681, 6 bestiaux, 12 arpents en valeur et un fusil. Plus d'un colon, moins occupé que lui, n'en pouvait produire autant. Il est vrai qu'en 1666 et en 1681, il avait à son emploi un " domestique ", probablement affecté aux travaux de la ferme. Ameau vivait à Trois-Rivières dans une maison " consistant en une chambre à demeure, cave et grenier ", sise sur un emplacement de 30 pieds de front (sur la rue Saint-Jean) et de 24 pieds de côté (sur la rue Saint-Pierre), qu'il avait acquise le 7 mai 1662 de Guillaume Cotentin dit Lavallée, pour la somme de 4254.

Le 1er mai 1665, Jacques Leneuf de La Poterie concédait à Ameau un emplacement de trois quarts d'arpent dans l'île Ronde, où le notaire avait déjà acquis de Jean Garnier dit Nadeau, le 10 juillet 1662, une terre de 1 1/2 arpent sur 5; et, la même année 1665, le 3 août, Nicolas Marsolet lui concédait une terre de 3 arpents sur 60 à l'Arbre à la Croix, sur le bord du fleuve. Le 25 juin 1668, Ameau possédait en outre, dans la censive de Trois-Rivières, deux terres de 5 arpents sur 20, l'une sur le Saint-Maurice, concédée par Pierre Boucher le 27 juillet 1656, l'autre sur le Saint-Laurent, concédée par la Compagnie de la Nouvelle-France le 5 mai 1659.

Sa longue carrière fut à peine troublée par deux ou trois contestations mineures en justice, et par un vol dont il fut victime en 1673. Quatre malfaiteurs munis d'une fausse clé, pénétrant de nuit chez Ameau, lui dérobèrent du vin, de l'eau-de-vie et de l'anguille. Ils furent condamnés à diverses peines, et à rembourser 12ª 5s. à condition qu'Ameau assumât la moitié des frais de justice. Étrange sentence! Ameau en appela au Conseil souverain. Bien lui en prit: les coupables furent châtiés, et il reçut une indemnité de 50ª. En 1686, s'étant permis une malice, c'est lui qui paya 50 à une dame qu'il avait fait descendre de Trois-Rivières à Québec, pour affaires judiciaires, juste à l'époque où le conseil vaquait. C'était l'épouse de Pierre Le Boulanger, un marchand du Cap-de-la-Madeleine avec lequel il avait alors des démêlés.

Séverin Ameau s'efforçait d'être utile à la communauté. Dans une requête à l'intendant, du 28 mai 1687, il écrivait: " [...] depuis trente-cinq ans en ça, [il] a toujours exercé la Charge de greffier en la jurisdiction des Trois rivières, Et avec cela S'est toujours Employé a rendre service au public de cedict lieu, Soit a instruire les Enfants, ou a soustenir le chant au service divin qui se faisait en l'Eglise dudict lieu ".

Telle fut l'existence de ce citoyen exemplaire, décédé à l'âge vénérable de 95 ou 96 ans, en 1715, neuf ans après sa femme, inhumée le 13 novembre 1706.
André Vachon

AJQ, Greffe de Romain Becquet, 16 cet. 1680; Greffe de Laurent Bermen, 19 juin 1649; Greffe de Pierre Duquet, 6 nov. 1684.- AJTR, Greffe de Séverin Ameau.- ASQ, Polygraphie, III: 133.- Jug. et délib., I: 58s., 654s., 725-727, 752s.;II: 811s.; III: 91.- Papier terrier de la Cie des I. O. (P.-G Roy), 305-308.- Recensement du Canada, 1666 (RAPQ).- Recensements du Canada, 1667 et 1681 (Sulte).- A. Roy, Inv. greffes not., XI: 49-137.- P.-G. Roy, Inv. coll. pièces jud. et not., II: 403.- Godbout, Nos ancêtres, RAPQ, 1951-53: 486s.; 1953-55: 502s.-Les notaires au Canada, RAPQ, 1921-22: 16s.- J.-E. Roy, Histoire du notariat, I: 60-62, 191, 202,313.

Texte tiré du Dictionnaire biographique du Canada en ligne, août 2005.

* * *

Arrivé à Trois-Rivières en 1652 et logeant à l'angle des rues Saint-Pierre et Saint-Jean (1663), tout près de la résidence du gouverneur Pierre Boucher, le notaire Séverin Ameau enseigna aux garçons, pendant au moins 35 ans, les premières notions de lecture, d'écriture et de calcul.

Un sergent de la garnison de Trois-Rivières, arrivé vers 1663, René Rémy dit Champagne, fut le premier à réclamer le titre de "maître d'école". Concurrent ou peut-être même associé, pendant un temps, de Séverin Ameau, Rémy dit Champagne demandait une livre par mois "pour l'escholage" d'un enfant, comme le précise un document daté du 21 août 1666.
* * *

En 1659, Séverin Ameau obtint une concession de 5 arpents de front sur 1 lieue (84 arpents) de profondeur dans le fief de Vieuxpont. En 1723, cette concession n'était plus que de 2 arpents de front; elle était séparée du fief Labadie par la Quatrième Rivière).

Le 10 juillet 1662, Jean Garnier vendit sa terre dans l'île aux Cochons à Séverin Ameau pour la somme de 300 livres. Ameau paya aussi la somme de 25 livres en droit de lods et ventes au seigneur de l'île, Jacques LeNeuf de la Potherie.

En 1663, Séverin Ameau possédait aussi une terre en censive de 5 arpents de front sur la rivière Saint-Maurice, sur le deuxième coteau, à proximité du cap aux Corneilles. Cette terre, comme ses voisines, était couverte de pins; on surnommait cet endroit La Pinière.

En 1700, Ameau reçut une concession dans le fief Saint-Paul, en banlieue de Trois-Rivières.

* * *

La rue Séverin-Ameau fut l'une des voies de communication ouvertes par la Ville de Trois-Rivières dans le village de "La Pierre" (mission Notre-Dame-de-la-Paix) vers 1944-1946.

L'édifice Ameau (encore existant), érigé à l'angle des rues Notre-Dame et Radisson en 1929, fut le premier gratte-ciel à Trois-Rivières.

DateEnviron 1650
CollectionEncyclopédie Trifluviana
Source Hélène GÉLINAS, Daniel ROBERT, Louise VERREAULT-ROY et René VERRETTE, Inventaire des plaques et monuments commémoratifs, suivi d'un relevé des lieux-dits et des toponymes trifluviens, Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières, juillet 1994, p. 11. (TRI 971.4451 I62). Daniel ROBERT, "Les petites écoles à Trois-Rivières, XVIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 5, avril 1995, p. 1. Daniel ROBERT, "Le domaine des Ursulines de Trois-Rivières et l'espace urbain, XVIIe-XXe siècles", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 7, juin 1997, p. 5, 9, 10 et 11. Daniel ROBERT, "Le patrimoine religieux de Trois-Rivières", dans: Patrimoine trifluvien (bulletin annuel d'histoire de la Société de conservation et d'animation du patrimoine de Trois-Rivières), no 8, juin 1998, p. 14.

Poster le commentaire