Sise dans un endroit enchanteur, entourée de bocages, de bosquets, d'étangs magnifiques, de verdure parfumée, agrémentée de sentiers où l'on aimait "à promener ses rêveries et à étouffer son cafard" (Le Nouvelliste, 1er août 1923), la Villa Mon Repos (1895-1932) était, en réalité, un domaine privé d'une superficie de 15 arpents où se rencontraient les plus grandes familles bourgeoises de Trois-Rivières. Elle s'étendait le long de la rivière Sainte-Marguerite et du chemin de fer Saint- Maurice Valley et était située dans la partie nord de la ville, complètement inhabitée à cette époque, sur les lots 167, 168 et 169 du cadastre de la municipalité de la paroisse de Trois-Rivières (qui se trouvent en bordure du chemin du Rochon (actuel boulevard des Chenaux), au nord, et le boulevard des Récollets, au sud), dans l’axe de la rue Lavallée et le prolongement de la rue Cherbourg et du boulevard Rigaud, derrière le parc Lambert et la piste cyclable (parc linéaire).
Au moment de sa fondation, en 1895, la Villa Mon Repos se voulait la plus importante « summer resort » (station estivale) du Canada. La moitié du conseil d'administration du cercle était formée de membres de la grande famille Dufresne, propriétaire du meilleur hôtel de la ville, sur la rue du Fleuve: J.-Ulric (président), J.-A. (secrétaire), Louis-Edmond et Isaïe (directeurs). Les quatre autres administrateurs étaient Pierre Saint-Pierre (vice-président), employé de l'hôtel Dufresne, Anselme Bondy (trésorier), Adélard J. Gauthier et J.-A. Dupont (directeurs). Parmi les 40 membres du cercle, "recrutés parmi la bonne société trifluvienne", se trouvaient les avocats J.-A. Tessier et Narcisse Grenier, le comptable Arthur Nobert, le docteur Louis-Philippe Normand, Jos. A. Frigon, Narcisse Lymburner, Édouard Désy.
La Villa, traversée par la rivière Sainte-Marguerite, comprenait un étang (lac artificiel), un pont suspendu et un superbe boisé formé de pins, mélèzes, bouleaux. Des travaux d'amélioration d'environ 1 000$ furent exécutés en 1896. De petits chalets, divers bâtiments de service et un kiosque furent bâtis. Le 2 juin 1903, la Villa échappa à un incendie qui fit rage "à 7 ou 8 arpents de la propriété". Lieu de villégiature pour la bourgeoisie trifluvienne, "rendez-vous sélect des citadins en quête de silence, de fraîcheur et de repos" (Le Nouveau Trois-Rivières, 12 août 1910), la Villa Mon Repos était néanmoins fréquentée par des citoyens "ordinaires" qui allaient y pique-niquer sans autorisation. En 1920, le Cercle se vit dans la nécessité de publier un avis dans les journaux:
"Cet endroit devra à l'avenir être considéré comme strictement privé.
Que les membres seuls auront accès sur le terrain. Toutes personnes autres que les membres allant
à cette place sans être munis d'un permis est passible d'une amende" (Le Trifluvien, 30 avril 1920).
Mais la Villa n'était pas complètement fermée au public: les membres du Cercle y invitaient fréquemment leurs amis ou des groupes particuliers, par exemple pour une "fête des huîtres". Ainsi, le 27 juin 1920, les Chevaliers de Colomb y organisèrent un pique-nique. Puis, en juillet 1923, le club Rotary de Trois-Rivières, présidé par C.O. Baptist, y tint une journée champêtre en faveur des 150 orphelins et orphelines de l'orphelinat Saint-Dominique et de l'hôpital Saint-Joseph: pique-nique, jeux, chants, courses. L'année suivante, le Cercle de Villa Mon Repos organisa une journée "porte ouverte" et invita les citoyens à s'y rendre "pour prendre le frais et se reposer des fatigues de la semaine". Parmi les participants se trouvaient le maire Arthur Bettez et le chef de police Vachon.
Le domaine de l'ancienne Villa Mon Repos fut acquis par les Filles de Jésus le 12 mars 1936; les religieuses y inaugurèrent l’Institut secondaire Keranna le 7 août 1962.
