L'exposition régionale de 1896 fut la première exposition annuelle de Trois-Rivières.
Au mois de février 1896,1'idée fut lancée de préparer une exposition agricole et industrielle pour le district de Trois-Rivières, à l'exemple de celle des Cantons de l'Est, à Sherbrooke. La "Grande exposition canadienne de la Vallée du Saint-Laurent" avait pour patron l'Association agricole du district de Trois-Rivières (AADTR) et P.-E. Panneton, ancien maire de Trois-Rivières, présidait le comité d'organisation. Celui-ci partit en tournée de promotion, se rendant à Nicolet, Louiseville, Champlain et dans d'autres lieux afin d'obtenir la participation des sociétés d'agriculture du district. Il cherchait également à récupérer l'octroi gouvernemental de 800 dollars accordé à chacune des expositions locales.
Les appuis ne manquèrent pas. Ils vinrent notamment de la part de plusieurs maires du district, des personnages influents comme le conseiller législatif F.-X.-O. Méthot, du consul des États-Unis à Trois-Rivières, du commissaire de l'agriculture de la Province et de l'épiscopat trifluvien. Au mois d'avril, les gouvernements fédéral et provincial ainsi que les sociétés d'agriculture des cinq comtés donnèrent leur aval. Le 26 mai, l'AADTR décida d'acquérir la propriété du "parc Saint-Louis" appelée "Les courses", et d'y tenir la première exposition régionale qui sera agricole, commerciale et industrielle et à laquelle on greffa un important programme d'activités et d'attractions.
L'exposition s'ouvrit le lundi 14 septembre. Tentons, par l'imagination, de suivre un des très nombreux visiteurs. Nommons-le Royal, cultivateur de Pointe-du-Lac. Royal a pu bénéficier d'une réduction consentie par la compagnie de chemin de fer sur le prix du passage, à l'instar des visiteurs qui ont franchi gratuitement les ponts sur la rivière Saint-Maurice, ou de ceux qui traversèrent le fleuve à bord des bateaux à vapeur Glacial et Bourgeois. Il se dirige d'abord du côté du Pavillon de l'industrie laitière. Au centre du pavillon sont installés les exhibits de la ferme expérimentale d'Ottawa. Les tables sont garnies des spécimens d'une grande variété de grains: orge, blé, avoine, seigle, ainsi que des herbes, plantes, légumes et fruits parmi les espèces les plus rares. L'aile droite sert à montrer des produits de la ferme: beurre, fromage, miel, sirop, sucreries, par exemple. Dans l'aile gauche sont installées des fabriques modèles de beurre et de fromage ainsi qu'une laiterie en opération, sous la surveillance du surintendant de l'École laitière de Saint-Hyacinthe. Royal a l'opportunité d'examiner les échantillons de lait et d'obtenir toutes les explications sur les opérations de la fabrication du beurre.
Royal, qui est producteur laitier, est plutôt heureux de ce qu'il vient de voir car il a le sentiment de connaître et d'appliquer ces techniques. Il monte ensuite à l'étage où niche le "royaume des fées", le siège de l'industrie domestique: flanelles, étoffes, broderies soyeuses, tricots, dessins, peintures, objets d'art, mets culinaires, vins et liqueurs maison dégagent une atmosphère chaleureuse. L'invitation est grande à s'arrêter, à parler, à goûter. Mais la journée avance et il y a encore beaucoup à voir. Royal se rend ensuite au Pavillon de l'industrie.Ici sont alignés les stands de plusieurs entreprises bien connues: L.P. Langlois et Cie fabrique sur place des cigares qu'il distribue; C.P. Gélinas et Frère montre les produits de sa manufacture de bois: pelles, balais, chaises, etc.; James Tebbutt et Frère fait de même avec ses chaussures; Eugène Godin se livre devant tous à des expériences d'éclairage au gaz acétylène; P.-F. Pinsonneault expose une collection de photographies et de portraits au crayon. Bref, un éventail riche des produits offerts à la consommation de Royal qui, sorti du bâtiment, entreprend la visite des tentes qui servent d'annexes au Pavillon de l'industrie: les collections de voitures de Lymburner et Edmond Bellefeuille, des monuments en marbre de la compagnie E.-A. Lacroix, une série d'instruments aratoires et de machines agricoles.
Le tour de l'exposition s'achève avec la visite des bâtiments qui renferment les animaux: chevaux, bovins, ovins, porcs, volailles et différents oiseaux. Son oeil connaisseur le fait s'arrêter ici et là pour discuter, par exemple, avec un propriétaire qui bichonne ses bêtes. Mais l'heure du départ n'a pas encore sonné car Royal entend bien profiter des attractions. Déjà durant l'heure du midi, il a goûté le concert de la fanfare de l'Union musicale et il s'est bien promis d'aller voir les courses de chevaux entrecoupées du spectacle des acrobates, des trapézistes et des funambules. Il regrette de n'avoir pu assister à la conférence sur l'agriculture, lui préférant la séance de projection à la lanterne magique. Lorsqu'il pénètre dans la salle, oh surprise! Royal y voit réunis l'évêque Laflèche, le premier ministre E. J. Flynn et le père Frédéric. Décidément, la journée lui avait ménagé beaucoup de plaisir et de surprises. Au dire du journal local, il ne fut pas le seul car les éloges plurent sur l'organisation trifluvienne qui obtint un succès semblable l'année suivante.
Tous pensaient que l'exposition régionale de Trois Rivières était vouée à un brillant avenir. Le défi était de garder le haut niveau d'intérêt et de financement.